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Ukraine : l'opposition veut continuer la «lutte» malgré la proposition du président

25/01/2014 05:13 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT
AFP via Getty Images
Opposition activists storm the Ukrainian House, where the riot police have based their troops, in Kiev on January 25, 2014. Ukrainian President Viktor Yanukovych on Saturday offered sweeping concessions for the opposition, including the prime minister's post, to end a deadly crisis but his opponents vowed to press on with protests until all their demands are met. AFP PHOTO / VASILY MAXIMOV (Photo credit should read VASILY MAXIMOV/AFP/Getty Images)

Les dirigeants de l'opposition ukrainienne ont annoncé qu'ils entendaient poursuivre leur mouvement de protestation malgré les concessions sans précédent faites samedi par le président Viktor Ianoukovitch en vue de tenter de régler la crise.

Signe que la situation demeurait tendue, des manifestants ont lancé un assaut dans la nuit de samedi à dimanche contre un bâtiment du centre de Kiev actuellement occupé par des membres des forces de sécurité et proche de la place de l'Indépendance, haut lieu de la contestation, d'après un journaliste de l'AFP.

Environ 2.000 contestataires se sont massés de long de la "Maison ukrainienne", où certains ont réussi à pénétrer, et ont lancé des cocktails Molotov à l'intérieur. Les policiers ont répliqué avec des grenades assourdissantes.

Sans se prononcer explicitement sur la proposition de Viktor Ianoukovitch de nommer deux d'entre eux à la tête d'un gouvernement aux pouvoirs élargis, les chefs de files de l'opposition ont assuré qu'ils resteraient mobilisés jusqu'à satisfaction de toutes leurs exigences, en premier lieu la convocation d'une élection présidentielle dès cette année et non l'année prochaine comme cela est actuellement prévu.

"La lutte continue", a ainsi lancé l'opposant nationaliste Oleg Tiagnybok devant des dizaines de milliers de personnes réunies place de l'Indépendance.

"Nous sommes déterminés et nous ne reculons pas", a affirmé de son côté Vitali Klitschko, auquel le chef de l'Etat a proposé de devenir vice-Premier ministre, tout en reconnaissant que "Ianoukovitch a satisfait un grand nombre de nos exigences".

"Les négociations se poursuivent", a ajouté l'ancien boxeur.

"nous n'allons pas bouger"

Arséni Iatséniouk, qui s'est vu offrir par le président d'être le chef du gouvernement, s'est dit "prêt à prendre ses responsabilités", mais a ajouté ne "pas croire un mot" de ce qu'affirme le pouvoir.

"Nous n'allons pas bouger", a martelé le leader du parti Baktivchtchina de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko.

Les trois opposants ont en outre rappelé qu'ils exigeaient l'abolition des lois répressives adoptées le 16 novembre et qui ont entraîné une nette radicalisation du mouvement.

Les manifestants interrogés par l'AFP n'ont pas caché pour leur part leur déception face aux propositions faites par Viktor Ianoukovitch, dont ils réclament le départ pur et simple.

"C'est absurde pour le pouvoir de nous faire des concessions afin de sortir de la crise après ce qu'il a fait", a ainsi réagi Irina Pavlenko, une étudiante.

"Les gens n'accepteront aucun compromis qui ne prévoie pas la démission de Ianoukovitch", a commenté Miron Kotsoba, un manifestant de 52 ans venu de Lviv, bastion nationaliste de l'ouest.

Après deux mois de crise, cette ouverture surprise de Viktor Ianoukovitch est intervenue à l'issue d'une semaine marquée par des violences dans la capitale et par un renforcement de la contestation dans les régions.

Le chef de l'Etat a aussi accepté la création d'un groupe de travail chargé de "modifier la législation sur les référendums et peut-être, via ce mécanisme, de proposer des amendements à la Constitution", pour que des prérogatives accrues soient octroyées au gouvernement.

Le mouvement s'étend

L'opposition demande, quant à elle, un retour à la Constitution de 2004, adoptée après la Révolution orange qui avait doté l'Ukraine, ancienne république soviétique, d'un régime parlementaire et donc un puissant Premier ministre.

La Constitution avait plus tard été révisée, donnant cette fois l'essentiel du pouvoir au président.

L'opposition est mobilisée depuis le refus de Viktor Ianoukovitch fin novembre de signer un accord avec l'Union européenne, lui préférant un rapprochement avec la Russie.

La contestation s'est radicalisée la semaine dernière avec l'adoption de lois controversées prévoyant des peines plus sévères, allant jusqu'à la prison ferme, pour les manifestants.

Influent soutien du pouvoir, Rinat Akhmetov, l'homme le plus riche d'Ukraine et proche du chef de l'Etat, avait plaidé pour une solution pacifique.

"Tout emploi de la force, tout recours aux armes est inacceptable", avait mis en garde le milliardaire.

Le ministre de l'Intérieur Vitali Zakhartchenko avait toutefois, de son côté, jugé "vaines" les tentatives de parvenir à un accord politique, affirmant que l'opposition avait perdu le contrôle de manifestants "radicaux".

Le bilan officiel des affrontements de la semaine a atteint samedi trois morts avec le décès à l'hôpital d'un homme de 45 ans. Selon le parti d'opposition Svoboda, il avait été blessé par balle à la poitrine mercredi.

L'opposition fait état de son côté de six morts.

Hors de Kiev, les sièges des administrations de la plupart des régions de l'Ouest, davantage tournées vers l'Union européenne, sont occupées par des milliers de manifestants qui réclament le départ des gouverneurs nommés par le président.

Fait nouveau samedi, ce mouvement s'est propagé à certaines régions du Nord (Tcherniguiv) et de l'Est (Poltava).

M. Ianoukovitch est aussi sous la pression de l'Union européenne, qui avait demandé samedi des "gestes concrets" en vue d'un retour au calme.

Mme Catherine Ashton, le chef de la diplomatie européenne, est attendue à Kiev jeudi et vendredi.

D'ici là, mardi, un sommet doit réunir l'UE et la Russie, que les Européens accusent d'avoir usé de son influence pour convaincre l'Ukraine de renoncer à un accord d'association avec Bruxelles.

bds/gmo/ob

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