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Sundance s'interroge sur le pouvoir et les dangers de la télévision

25/01/2014 12:45 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

Après son documentaire à succès "Bébés", le documentariste français Thomas Balmès présente à Sundance son dernier film, "Happiness", dans lequel il observe les conséquences de l'arrivée de l'électricité et de la télévision dans un village reculé du Bhoutan.

"Happiness" est en compétition au festival américain du cinéma indépendant, dont la 30e édition se tient jusqu'à dimanche dans les montagnes de l'Utah (ouest de Etats-Unis).

En 1999, les autorités du Bhoutan décident, après mûre réflexion, d'autoriser la télévision et l'accès à internet dans le royaume himalayen. Le village de Laya, situé à deux jours de marche de la première route, devra cependant attendre plus de dix ans avant de voir arriver l'électricité et la télévision.

L'occasion pour Thomas Balmès d'observer l'impact du petit écran sur une communauté qui en était jusque-là privée.

"L'idée était de faire un film sur la télévision et j'ai même pensé, un moment, venir le faire aux Etats-Unis. Je suis quotidiennement surpris par le peu de films traitant le sujet des écrans, que ce soit le smartphone, la télévision ou l'ordinateur", explique-t-il à l'AFP.

"Après avoir hésité à faire le film dans un lieu où l'on regarde énormément la télévision, il m'est apparu comme une évidence que je devais aller à l'opposé de cela. Quel meilleur moyen de parler de la télévision que d'aller dans un endroit où elle n'existe pas?".

Le film est raconté à travers le personnage de Peyangki, un futur moine de huit ans, "le seul pratiquement à n'avoir jamais quitté le village. Cela le rendait encore plus vierge dans sa confrontation avec l'électricité et la télévision", dit-il.

"Le moins bavard possible"

En s'intéressant à l'arrivée de la télévision dans le village, Thomas Balmès a voulu montrer le pouvoir transformateur -- parfois pour le pire -- d'un média aujourd'hui omniprésent, et interroger la notion de progrès.

Le réalisateur -- dont les films sont pourtant en partie financés par les chaînes de télévision -- assure d'ailleurs ne pas avoir de petit écran chez lui. "L'énorme problème de la télévision, sans même parler du contenu, c'est que cela devient envahissant", note-t-il.

"Avec +Happiness+, je soulève juste de manière symbolique -- ce film est presque un conte -- l'espèce d'évidence avec laquelle on accepte cela, en suivant pendant trois ans la vie du village avant la télévision. Aujourd'hui, si vous revenez à Laya, il n'y a plus un enfant qui joue à l'arc dans la rue. Jeunes et vieux, ils sont tous devant la télévision et ne font plus rien d'autre", déclare-t-il.

"Pour moi, c'est un mystère absolu qu'on demande un certain nombre de qualifications aux professeurs qui éduquent nos enfants, mais qu'on n'ait pas la moindre préoccupation de qui va produire les six ou sept heures de télé quotidienne que l'on regarde en moyenne", ajoute-t-il.

Comme à son habitude, Thomas Balmès a soigné l'image et le film est visuellement somptueux.

"Je voulais être photographe, donc l'image a toujours été importante pour moi", explique-t-il. "Depuis 25 ans -- et ça s'est accentué encore plus avec +Bébés+ -- mon objectif est de me servir de la spécificité du média documentaire, qui reste avant tout l'image, et d'essayer d'être le moins bavard possible".

"Bébés", qui suivait un an de la vie d'un bébé dans quatre pays du monde, allait au bout de l'expérience en se passant de tout dialogue. "Il n'était pas question de refaire la même chose avec +Happiness+, mais il y a toujours l'idée de faire un film qui puisse être compris sans le moindre commentaire", souligne-t-il.

"Au niveau de l'image elle-même, on a utilisé des optiques fixes de cinéma, très rarement utilisées en documentaire, qui donnent un aspect visuel plus proche de la fiction que du documentaire", précise encore le cinéaste.

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