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Soudan du Sud: Juba accuse les rebelles d'avoir violé la trêve

25/01/2014 07:35 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Le gouvernement du Soudan du Sud a accusé samedi les rebelles d'avoir violé le cessez-le-feu censé mettre fin au conflit dans le jeune pays, moins de 24 heures après son entrée en vigueur.

Le porte-parole de la présidence a cependant réaffirmé - après des déclarations à tonalité belliqueuse du ministre de l'Information - l'engagement de Juba à respecter l'accord de cessation des hostilités.

"Nous allons vraiment maintenir le cessez-le-feu. Tout ce que nous espérons c'est que les deux camps vont respecter l'accord de paix", a déclaré samedi Ateny Wek Ateny, porte-parole du président Salva Kiir, soulignant que les forces gouvernementales s'étaient seulement défendues face aux attaques des rebelles.

Samedi matin, le ministre de l'Information Michael Makuei avait déclaré que "les forces rebelles" avaient "continué d'attaquer" et que l'armée allait "devoir se défendre".

Aucun responsable rebelle n'était joignable samedi après-midi pour commenter ces déclarations.

Le cessez-le-feu, signé jeudi à Addis Abeba, est entré en vigueur vendredi à 17H30 GMT, après la tombée de la nuit. L'ONU avait fait état de "combats sporadiques" en fin de journée vendredi.

A quelques heures de la trêve, les rebelles ont affirmé avoir été attaqués vendredi par l'armée gouvernementale, qui a nié, accusant au contraire les rebelles.

Aux premières heures du jour samedi, le porte-parole de l'armée gouvernementale Philip Aguer avait indiqué que la situation était calme et donc le cessez-le-feu globalement respecté.

Comment croire les belligérants "sur parole"?

Le Soudan du Sud est ravagé depuis le 15 décembre par des combats opposant les forces loyales au président Salva Kiir à des troupes fidèles à l'ex-vice-président Riek Machar, limogé en juillet. Le conflit a fait des milliers de morts - peut-être 10.000 selon des observateurs - et environ 700.000 déplacés.

Quelque 76.000 civils sont désormais réfugiés sur des bases de l'ONU dans le pays en raison du conflit.

Après trois semaines de laborieux pourparlers à Addis Abeba sous la médiation de l'organisation régionale Igad - qui regroupe des pays d'Afrique de l'Est - les deux camps ont finalement signé jeudi soir un cessez-le-feu qui devait entrer en vigueur sous 24 heures, soit vendredi vers 17H30 GMT.

Selon des diplomates africains, l'Igad doit organiser la semaine prochaine d'autres réunions à propos du cessez-le-feu, notamment sur la manière d'en surveiller l'application.

"Il est crucial que les deux parties appliquent complètement et immédiatement l'accord sur la fin des hostilités ", a souligné vendredi soir un porte-parole des Nations Unies, Farhan Haq.

Il a précisé que l'ONU était prête à apporter une "aide essentielle" au contrôle du cessez-le-feu.

Les deux parties ont affirmé vouloir respecter la cessation des hostilités, mais ont dit chacune douter des capacités du camp adverse de contrôler leurs forces sur le terrain.

Les belligérants se disputent depuis plusieurs semaines certaines villes stratégiques, dont Bor dans l'Etat de Jonglei, et Malakal, la capitale de l'Etat pétrolier du Haut-Nil.

Un cessez-le-feu "ne peut pas s'instaurer d'un jour à l'autre quand les combats ont été si intenses", a estimé un diplomate du Conseil de sécurité qui suit le dossier.

La trêve pourrait en effet être difficile à appliquer: Riek Machar ne contrôle sans doute pas l'ensemble des troupes qui le soutiennent, alliance plus ou moins stable de militaires mutins et de diverses milices ethniques.

Les combats ont par ailleurs donné lieu à des atrocités perpétrées par les deux camps, et le conflit a pris un caractère interethnique, MM. Kiir et Machar instrumentalisant les rivalités entre les peuples Dinka et Nuer dont ils sont respectivement issus.

Le conflit au Soudan du Sud prend sa source dans de vieilles rivalités politiques et ethniques, héritées de la longue guerre civile (1983-2005) qui a déchiré le Soudan avant sa partition et la sécession du Soudan du Sud en juillet 2011.

Samedi, des déplacés disaient toujours craindre de sortir des camps où ils se sont réfugiés, doutant de la bonne volonté des belligérants.

"Nous n'allons pas rentrer chez nous maintenant, car je ne leur fais pas confiance pour respecter la trêve", a commenté Peter Biel, l'un des milliers de déplacés qui s'agglutinent autour d'un camp de l'ONU dans la capitale Juba.

"Peuvent-ils s'arrêter comme ça, soudainement, de s'entretuer?", se demandait Peter. "J'en doute. Je ne vais pas risquer la vie de ma famille en les croyant sur parole!".

str-pjm/de

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