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"Merdous garçon": un guide de conversation en français médiéval à l'usage des Anglais

25/01/2014 01:55 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

Comment s'adresser à un aubergiste négligent ou à un écuyer trop lent dans la France du Moyen-Âge? Exposé à l'université de Cambridge, un guide de conversation à l'usage des voyageurs anglais offre une panoplie d'expressions de l'époque aussi instructives que fleuries.

Rédigé en 1396 par un Anglais anonyme à Bury St Edmunds (est) en français, le guide "Maniere de language" (sic) fournit des exemples de dialogues correspondant à des situations très précises.

Ainsi, si un marchand souhaite réprimander un jeune apprenti qui préfère passer du temps avec des prostituées plutôt que de travailler, il peut menacer d'émasculer l'impudent: "tu as esté avecque tes filletes putaignes et makerelles, et pour ce je pri a Dieu que de malle faucille roillie (rouillée NDLR) peus tu avoir le vit coupee".

Si le fautif persiste à démentir les faits: "je te dounrai un ytel soufflet que tu penseras de moy de cy as quatre jours".

Le seigneur voyageant avec son valet pourra le rudoyer s'il n'est pas assez empressé: "Ore sourdez vous le cul tost et apareillez a diner". Mais la réciproque n'est jamais acceptable, prévient le guide, l'écuyer ne pouvant se montrer impoli qu'avec les gens de sa classe, comme par exemple un aubergiste.

Des disputes entre compagnons de voyage dormant dans la même auberge peuvent donner lieu à de vifs échanges, tels: "Tei te, senglant, merdous garçon, vilain mastif, meschant paillart cornart qui tu es".

Sur un registre plus tendre, un minimum d'égards s'impose à un seigneur qui courtise une demoiselle avant "que se couchera avecque s'amie en très grant joye et esbatement".

Ce guide, dont il existe quatre exemplaires au Royaume-Uni, fait aussi la part belle à la bonne chère. L'auteur mentionne comme menu possible de petit déjeuner pas moins de 45 types de poissons et 19 sortes de viandes, tandis que les légumes sont quasiment absents, note Bill Burgwinkle, professeur de français médiéval au King's College de Cambridge, l'un des commissaires de l'exposition.

"The moving word: French medieval manuscripts in Cambridge", qui se tient jusqu'au 17 avril dans la bibliothèque de l'université de Cambridge, présente au total une cinquantaine de manuscrits en français. L'un d'eux, datant du XIIIe siècle sur les aventures de Lancelot et la quête du Saint Graal, est resté 500 ans dans l'oubli avant d'être retrouvé.

L'exposition se penche sur "l'énorme impact culturel et historique de la langue française sur la vie quotidienne en Angleterre, en Europe et au Moyen-Orient à une époque où le français était la langue internationale de la culture, du commerce et de la politique", selon ses organisateurs.

Si la langue française s'est imposée en Angleterre avec l'arrivée des Normands en 1066, elle était présente avant cette date et a continué à être utilisée jusqu'au XIVe siècle, explique Bill Burgwinkle.

Elle est restée la langue de la royauté, de la politique et de la littérature jusqu'à l'époque Tudor: Henry VIII écrivait encore ses lettres d'amour à Anne Boleyn en français, rappelle-t-il.

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