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Match Pékin-Tokyo à Davos dans un contexte de "très mauvaises relations"

25/01/2014 07:24 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Les tensions diplomatiques entre Pékin et Tokyo ont gagné les Alpes suisses cette semaine, paraissant éclipser, dans les débats du Forum économique de Davos, d'autres crises autrement plus dramatiques telles que la crise syrienne et ses 130.000 morts.

Les relations entre la Chine et le Japon sont "très mauvaises", a déclaré sans détours le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, dans une interview au Financial Times (FT), publiée samedi. Il s'est dit aussi "stupéfait" des déclarations du Premier ministre japonais Shinzo Abe, en marge du Forum, rapprochant la situation actuelle de celle précédant la Première guerre mondiale entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne.

Soulignant que les échanges économiques denses entre ces deux pays ne les avaient pas empêchés d'entrer en conflit, M. Abe s'est dit persuadé que Chine et Japon étaient "dans une situation similaire". "Nous ne voulons pas qu'un conflit éclate de façon non intentionnelle", s'est-il inquiété, devant des journalistes.

"Ce qui me frappe, a réagi vendredi M. Wang devant les leaders politiques et économiques mondiaux réunis à Davos, c'est que sa déclaration est un peu anachronique parce que nous vivons actuellement dans un monde différent de celui d'il y a 100 ans". "Les forces de paix dans le monde, et cela inclut la Chine, sont croissantes", a-t-il observé.

"Il dépasse les limites"

Avant de décocher une flèche: "Revisiter ces épisodes de l'Histoire montrerait clairement qui était l'instigateur de la guerre et le fauteur de troubles", a poursuivi M. Wang.

Invité à donner sa vision des choses lors d'une débat économique à Davos samedi, un banquier chinois, Jiang Jianqing, n'a pas hésité à enfoncer le clou. Le président de la banque privée ICBC a affirmé qu'au cours du siècle dernier, "le Japon avait été l'envahisseur et pas une victime de l'invasion. La Chine est un pays amoureux de la paix, nous n'avons jamais envahi personne. (... ) Beaucoup de mauvaises actions ont été faites par le Japon".

Wang Yi est aussi revenu sur la visite très controversée du Premier ministre japonais en décembre au sanctuaire Yasukuni à Tokyo, à la mémoire des combattants morts pour le Japon mais aussi de 14 criminels de guerre condamnés après 1945.

"Quand un dirigeant japonais dépose une gerbe dans un tel endroit, il dépasse les limites, il heurte la conscience de l'humanité et de la justice internationale. Il conteste l'issue de la seconde guerre mondiale et l'ordre international qui en a découlé", a déclaré M. Wang, à la tribune.

"Ces criminels de guerre du Japon étaient comme les nazis. Pouvez-vous imaginer qu'un dirigeant européen pourrait aujourd'hui déposer une gerbe sur un mémorial dédié à des criminels de guerre ?", a affirmé le chef de la diplomatie chinoise, en répondant par la négative .

Dans son discours à Davos mercredi, M. Abe s'était défendu d'avoir voulu offenser la Chine et la Corée du sud, affirmant que le Yakusuni était dédié à "toutes les victimes des guerres dans le monde" et pas seulement du Japon.

Il avait appelé surtout à mettre fin à la course aux armements dans la région alors que la Chine, deuxième économie mondiale, et son propre pays, au troisième rang, augmentent leurs budgets militaires.

Depuis plus d'un an, les relations bilatérales sont au plus bas en raison d'un différend territorial au sujet d'un petit archipel inhabité en mer de Chine orientale, contrôlé par le Japon sous le nom de Senkaku et vigoureusement revendiqué par Pékin qui le désigne comme Diaoyu.

La Chine envoie régulièrement des patrouilles de garde-côtes dans les eaux territoriales de ces îles situées à 200 km au nord-est de Taïwan et à 400 km à l'ouest d'Okinawa (sud du Japon), faisant redouter un incident avec les navires japonais croisant dans la zone.

"J'ai prêté serment pour qu'il n'y ait plus de guerres dévastatrices et que plus personne n'en souffre", a souligné M. Abe à Davos.

Dans la résolution des conflits, "la diplomatie doit aller jusqu'au bout pour garantir les meilleures perspectives, sinon à quoi servent les diplomates?", a déclaré de son côté M. Wang, à qui le FT a demandé si Pékin écartait une action militaire en cas d'échec de la diplomatie.

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