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Les émergents et leurs problèmes, un des thèmes phare de Davos

25/01/2014 06:14 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Les pays émergents, les prodiges économiques de ces dernières années, ont lutté à Davos pour tenter de convaincre de leur solidité un Forum économique mondial circonspect, un plaidoyer perturbé par les turbulences en Argentine et en Turquie.

Plusieurs signaux inquiétants en provenance du monde émergent ont résonné dans les couloirs de Davos jeudi et vendredi. La chute du peso argentin, la glissade de la livre turque ou le recul de la production manufacturière chinoise ont renforcé le sentiment général de ces quelques jours de débat: la fête pour les émergents est bel et bien finie et ils font face à de multiples défis, internes ou internationaux.

"Quand vous investissez dans les pays émergents, il faut être prêt à des hauts et à des bas", a tempéré le patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, tempérant l'impact de ces données. "Ce qui est important n'est pas la volatilité des trois prochains mois, la crise d'hier ou la volatilité de la semaine prochaine".

"Il ne faut pas surréagir (à la volatilité des changes). Bien sûr, il y a peut-être des problèmes de balance des paiements mais cela reste des épiphénomènes", a déclaré à l'AFP un dirigeant d'une banque européenne en marge du forum.

Pour 2014, plusieurs nuages assombrissent tout de même leur horizon.

"La Chine pourrait ralentir encore plus, la Fed américaine pourrait commettre une erreur et resserrer sa politique trop tôt, ou la correction sur le marché des matières premières pourrait être plus forte qu'attendu", a égrené l'économiste Nouriel Roubini, résumant les facteurs exogènes pouvant affaiblir un peu plus les pays émergents, qui connaissent des difficultés (ralentissement, instabilité monétaire et financière) depuis plusieurs mois.

Le ministre sud-africain des Finances Pravin Gordhan a déclaré mercredi que "s'il allait y avoir des changements" pour les émergents, il n'y aurait pas de chocs.

Pour le directeur général adjoint du FMI, Min Zhu, "la première chose à faire, c'est de surveiller le +tapering+", la fin de la politique monétaire ultra-généreuse de la Fed américaine.

Dans un long discours à la tribune, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a dit que "les retraits de capitaux" que cela provoquait "généraient de la volatilité", tout en affirmant que son pays, assis sur un matelas de 376 milliards de dollars de devises, pouvait faire face.

Le ministre indien des Finances avait aussi mercredi affirmé que son pays était prêt: "il y aura des conséquences dans les économies en développement et émergentes mais je pense que nous sommes mieux préparés", a affirmé Palaniappan Chidambaram.

Et d'ajouter "la consolidation budgétaire a eu lieu" ainsi qu'il "il y a plus d'investissements étrangers directs en Inde".

La présidente Rousseff a aussi appelé les investisseurs à affluer. "Le Brésil (en) veut et (en) a besoin".

Car c'est là un des autres défis pour les pays émergents, selon les participants au Forum: corriger les déséquilibres et réformer l'économie, soit pour en modifier le profil comme en Chine, soit pour la libéraliser et attirer les investisseurs, comme en Inde ou au Brésil.

"Il va falloir lutter"

Compte tenu de son poids et des débouchés qu'elle représente pour d'autres pays émergents exportateurs de matières premières, la Chine doit se réformer sans trop affaiblir sa croissance.

Le Chinois Li Daokui, ancien banquier central, pense que "cette année et l'année prochaine, il va falloir lutter pour maintenir un taux de croissance de 7-7,5%, qui est le minimum pour créer chaque année les 7,5 millions d'emplois dont la Chine a besoin".

"Je ne pense pas qu'il y ait de gros risques pour l'économie chinoise à court terme, cette année ou la suivante, parce que le gouvernement a compris le besoin de réformer le système économique, y compris le financier, mais ils comprennent aussi le besoin de maintenir une croissance relativement élevée", a déclaré le gouverneur de la banque centrale japonaise Harihuko Kuroda.

Pour les autres, les défis sont multiformes.

"Les cinq pays fragiles, Inde, Indonésie, Brésil, Turquie, Afrique du Sud, ont en commun des déficits des comptes courants, une croissance ralentie, une inflation croissante, mais aussi le fait qu'il va y avoir des élections", a déclaré M. Roubini, ajoutant à la liste des risques "les incertitudes politiques".

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