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La Colombie appelle à Davos à la coordination avant de légaliser l'usage de drogue

25/01/2014 11:57 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Comment expliquer aux paysans colombiens que cultiver de la drogue est illégal alors que d'autres pays la légalisent: le président colombien Juan Manuel Santos a exposé ce paradoxe devant le Forum économique de Davos cette semaine et préconisé une coordination internationale.

"Comment puis-je dire au paysan qui cultive de la marijuana dans les montagnes de Colombie qu'il va aller en prison pour cela, quand fumer de la marijuana est légal dans les Etats du Colorado et de Washington?" aux Etats-Unis, a déclaré M. Santos lors d'un débat sur les drogues en présence de responsables politiques et économiques, réunis à Davos, une station de ski des Alpes suisses.

"Nous devons aborder ce problème au niveau international car sinon nous le déplacerons d'un endroit à l'autre", a préconisé le chef de l'Etat colombien.

La consommation de marijuana à des fins médicales est autorisée dans plusieurs Etats nord-américains. Dans le Colorado, une loi votée en novembre, permet aux consommateurs d'acheter, à condition d'avoir au moins 21 ans, jusqu'à 28 grammes de cannabis à chaque visite. L'Etat de Washington, sur les rives du Pacifique, devrait voir l'ouverture des premiers magasins de ce type dès le printemps.

L'Uruguay a légalisé en décembre le marché de la marijuana, une première mondiale. Sont autorisées la production, la distribution et la vente de cannabis et les particuliers ont le droit de le cultiver en petite quantité, sous le contrôle de l'Etat.

"le secret bancaire est un obstacle"

M. Santos a souligné que l'Organisation des Etats américains (OEA) qui regroupe tous les pays du continent à l'exception de Cuba avait été mandatée pour examiner à fond la question de la légalisation dans le contexte de la lutte contre les narcotrafiquants.

L'OEA avait conclu en 2012 que les méthodes traditionnelles de répression des cartels de la drogue, préconisées par les Etats-Unis, n'avaient pas donné les résultats escomptés.

Un outil efficace, selon le président colombien, est la confiscation des gains des barons de la drogue mais "le secret bancaire est un obstacle", a-t-il regretté à Davos.

Les Etats-Unis soutiennent actuellement la Colombie dans le cadre d'un programme de 9 milliards de dollars (6 milliards d'euros) lancé en 2000 contre les narcotrafiquants.

En mai 2013, l'OEA a publié un rapport invitant à étudier une éventuelle légalisation du cannabis pour contrecarrer les trafics, une initiative soutenue notamment par l'ancien président mexicain Vicente Fox (droite).

Pour Juan Manuel Santos, avant de prendre une décision sur la légalisation, il convient d'étudier tous les aspects, y compris de santé publique, parce que "la marijuana est différente de la cocaïne, et la cocaïne est différente de l'héroïne", a-t-il dit.

Rick Perry, le gouverneur du Texas dont les propos suscitent régulièrement la controverse, a dit ne pas être favorable à l'idée de mettre en prison tout jeune consommateur de drogue. "Je pense que la science a un rôle très important à jouer avant de décider la légalisation ou la dépénalisation", a estimé le gouverneur.

Le président de l'Equateur Rafael Correa, devant la presse à Quito cette semaine, a également réclamé "une discussion plus approfondie".

"Il est clair que la stratégie actuelle contre la drogue et le trafic a été un échec complet, il ne faut ainsi écarter aucune possibilité, parmi lesquelles la légalisation de certaines drogues".

Le président américain Barack Obama, qui a admis avoir consommé du cannabis dans sa jeunesse, avait accueilli favorablement la décision du Colorado et Washington mais il avait coupé court aux appels à la légalisation du cannabis au niveau fédéral, jugeant que la légalisation de la marijuana n'était pas la panacée.

Selon les Nations unies, près de 90% de la cocaïne consommée aux Etats-Unis transitent via le Mexique et l'Amérique centrale, une région parmi les plus violentes au monde.

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