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En quête de devises et de crédibilité, l'Argentine change de cap

25/01/2014 02:24 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

L'Argentine s'est depuis 10 ans tenue à distance des institutions financières internationales mais la présidente Cristina Kirchner a remisé ses idéaux tenaces et fait preuve de pragmatisme.

Au pouvoir depuis 2007, la présidente de centre gauche avait juré qu'elle ne dévaluerait jamais mais elle a laissé flotter la monnaie qui s'est brusquement dépréciée de 14% en deux jours, après une multitude de micro-dévaluations depuis un an (24% sur 2013). "Tant que je serai présidente, ceux qui veulent s'enrichir avec la dévaluation dont le peuple devrait payer la facture vont devoir attendre un autre gouvernement", avait dit Mme Kirchner, dont le mandat s'achève en 2015.

"Nécessité fait loi", avance l'économiste Dante Sica, directeur de l'institut d'études privé Acebeb.com, estimant que la dévaluation était devenue inéluctable car le peso était surévalué face au dollar, pénalisant les exportations argentines.

Outre la dévaluation jadis inimaginable, Mme Kirchner a dû mettre de l'eau dans son vin à plusieurs reprises.

Peu après la nationalisation de la compagnie pétrolière nationale YPF, filiale du géant espagnol Repsol, Axel Kicillof, actuel ministre de l'Economie, avait déclaré qu'il n'y aurait aucun dédommagement pour l'expropriation.

Fin 2013, un accord était conclu avec Repsol pour une indemnisation dont le montant n'a pas été communiqué. Pour cela, la 3e économie d'Amérique latine devra recourir à l'endettement via l'émission de bons du trésor, l'état des réserves de devises ne permettant un versement cash.

Depuis la crise économique de 2011 et un défaut de paiement historique faute de pouvoir payer la dette, l'Argentine avait renoncé à s'endetter à nouveau, procédant même à des remboursements anticipés grâce aux devises engrangées avec les exportations agricoles.

Fonte des réserves, inflation

Lundi, le ministre de l'économie s'est rendu à Paris pour présenter une proposition pour solder les comptes, près de 10 milliards de dollars, mais le Club de Paris qui réunit les créanciers ne semble pas convaincu par l'offre argentine.

L'Argentine est également sous la menace d'une condamnation d'un tribunal de New York enjoignant Buenos Aires à indemniser des fonds spéculatifs américains, autre revers pour l'Argentine qui se refusait à payer, même si depuis, la Cour suprême des Etats-Unis a décidé de se saisir du dossier, mettant en suspens l'application du jugement.

Enfin, l'Etat argentin s'est engagé auprès du FMI à publier à partir de 2014 des statistiques fiables sur l'économie argentine. Une promesse qui implique une volte-face, car le FMI accuse les autorités argentines de truquer leurs indicateurs, notamment l'inflation.

L'analyste Pablo Tigani voit dans les changements d'orientation une caractéristique de la mouvance péroniste de Cristina Kirchner.

"Le péronisme n'est pas dogmatique, dit-il. Ce n'est pas le socialisme, la droite dit qu'il se situe à gauche, la gauche affirme qu'il est de droite, c'est du pragmatisme à 100%. Cristina pense en ce moment que Paris vaut bien une messe et elle s'ouvre au monde".

Le député kirchnériste Fernando Navarro reconnaît sur la forme un "changement de style important".

Après une opération au cerveau en octobre, Mme Kirchner, 60 ans, a pris du recul et propulsé sur le devant de la scène le chef du gouvernement, Jorge Capitanich, et son ministre de l'Economie. Mercredi soir, elle a prononcé un discours après un mois dans l'ombre mais s'est gardée d'évoquer les questions économiques brûlantes, perçu comme un pied de nez aux milieux économiques et à l'opposition qui l'accuse de mauvaise gestion.

L'Argentine a perdu la confiance des marchés et semble vulnérable: les réserves fondent - de 52 début 2011 à 29 milliards de dollars aujourd'hui - et le pays peine à attirer des investisseurs sur le gisement de Vaca Muerta, 3e réserve mondiale de gaz et pétrole de schiste.

Sans investisseurs étrangers ni accès aux marchés de capitaux, l'Argentine est vulnérable, même si le pays, peu endetté, affiche pour 2013 une balance commerciale positive de 9 milliards et une croissance de 5%.

"L'objectif du gouvernement est de restaurer la compétitivité perdue. Une monnaie plus faible aidera. Mais la clé d'une amélioration fondamentale réside dans la capacité à faire baisser l'inflation", juge Neal Shearing, économiste chez Capital Economics.

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