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Egypte: trois ans après la révolution, le chef de l'armée acclamé sur Tahrir

25/01/2014 09:46 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

"Je suis ici pour soutenir notre armée et notre police": comme Sayyed Abdallah, ils étaient venus par milliers samedi sur la place Tahrir du Caire pour acclamer leur héros, le général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l'armée et nouvel homme fort de l'Egypte.

Le 25 janvier 2011, la révolution a débuté sur cette place emblématique aux cris de "Moubarak, dégage!" Trois ans après son départ après 30 ans de pouvoir absolu, la foule noyée sous une nuée de drapeaux égyptiens et de portraits du général scandait sans discontinuer "Sissi! Sissi!"

Le 3e anniversaire de la révolution a aussi été marqué par la mort de 29 personnes à travers le pays, dans des manifestations rivales entre opposants et partisans du pouvoir installé par le général Sissi.

Pour rejoindre Tahrir, il fallait passer des portiques, présenter sa carte d'identité et subir une fouille. Mais une fois sur la place, l'ambiance était à la fête.

La foule reprenait en choeur "La police, l'armée et le peuple, unis", tandis que sur une estrade une fanfare égrenait des chansons patriotiques. Plusieurs personnes se prenaient en photo avec des policiers ou des soldats.

Si les forces de sécurité et le peuple doivent s'unir, c'est pour affronter les Frères musulmans du président islamiste Mohamed Morsi, destitué début juillet par l'armée, assuraient les manifestants, les accusant, à l'unisson des médias, d'être des "terroristes".

Vendredi, quatre attentats revendiqués par un groupe jihadiste ont frappé le Caire, visant la police et faisant six morts. Samedi, deux attentats ont visé la police au Caire et à Suez.

Dans la foule à Tahrir, fusaient quelques appels à l'"exécution des Frères". Depuis l'éviction de leur champion, plus de 1.000 personnes ont été tuées, et des milliers arrêtés.

Un Coran dans une main, une croix dans l'autre, un char en plastique juché sur sa tête, M. Abdallah jure qu'il fera "tout pour soutenir policiers et soldats" contre les Frères musulmans.

Tout au long de la journée, des familles continuaient d'affluer sur Tahrir, se pressant devant les entrées ménagées au milieu des fils barbelés tendus autour de la place gardée par des blindés et survolée par un hélicoptère militaire.

Depuis un autre hélicoptère, dans lequel étaient installés des journalistes dont un cameraman de l'AFP, un général lançait des drapeaux sur la foule.

Lacrymogènes et chevrotines

Côté anti-pouvoir en revanche, la fête a été de courte durée. Les opposants s'étaient rassemblés en début d'après-midi sur la place Mostafa Mahmoud du Caire, avec pour objectif de rallier Tahrir à l'issue d'une longue marche. Mais la police est venue doucher leurs espoirs.

La foule de plusieurs centaines de personnes -autant d'islamistes pro-Morsi que de jeunes issus des mouvements révolutionnaires- a tout juste eu le temps de commencer à scander les slogans phares de la révolte de 2011: "Le peuple veut la chute du régime" et "Du pain, la liberté, la justice sociale".

Au bout de quelques minutes, un camion blindé est arrivé, des policiers en sont descendus et une pluie de grenades lacrymogènes entrecoupée de tirs de chevrotine s'est abattue sur la place.

Le rassemblement, éparpillé en quelques instants, s'est brièvement reformé dans une rue adjacente, aux cris de "A bas le régime militaire".

Avant la dispersion, Aly Ghoneim, membre d'une coalition de jeunes rassemblant différents courants laïques et progressistes, expliquait avoir quatre ennemis: "l'armée, le ministère de l'Intérieur, les caciques de l'ex-régime et les Frères musulmans". Mais si les islamistes acceptent d'endosser les slogans de la révolution, ils sont les bienvenus, jure-t-il.

"La révolution du 25-Janvier continue pour libérer l'Egypte des militaires", lance Mamdouh Mohammed, médecin de 51 ans.

"Tous ceux qui crient 'A bas le régime' sont avec nous", renchérit Ahmed Amine, cigarette aux lèvres et cheveux longs. Derrière lui, des manifestants islamistes achèvent de prier avant de se lever pour entonner "Sissi, ton tour arrive", en référence au slogan utilisé dans les différents pays du Printemps arabe.

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