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Au Nigeria, la réforme du secteur pétrolier, sans cesse repoussée, inquiète les investisseurs

25/01/2014 03:28 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

Le projet de réforme de l'industrie pétrolière au Nigeria, premier producteur d'or noir du continent africain, fait l'objet de nombreux atermoiements depuis six ans, gelant des milliards de dollars d'investissement.

Annoncée en 2008, cette réforme doit restructurer un secteur représentant 96% des exportations du Nigeria.

Dans les grandes lignes, le projet de loi prévoit de redéfinir les conditions fiscales d'exploitation dans le secteur pétrolier et gazier, afin d'augmenter la part qui revient à l'Etat nigérian, et aussi de restructurer la compagnie pétrolière d'Etat NNPC.

"Il y a un manque de volonté politique de la part de l'exécutif", regrette Babatunde Oke, porte-parole du PENGASAN, un des principaux syndicats du secteur pétrolier. "Pendant des mois, la chambre basse du parlement a promis d'activer l'adoption de cette loi, mais elle n'a toujours pas été votée".

Selon le projet de loi, les sociétés pétrolières internationales devront aussi allouer 10% de leurs bénéfices nets à un fonds en faveur des régions d'exploitation du pétrole et du gaz nigérians.

Les députés du Nord ont critiqué cette mesure, faisant valoir qu'elle risquait d'appauvrir d'autant plus leur partie du pays, la production pétrolière étant concentrée dans le Sud.

Dans la région pétrolifère du Delta du Niger, à l'inverse, des militants réclament que 100% des revenus de leurs ressources naturelles leur reviennent.

Si les acteurs principaux du secteur s'accordent à dire qu'un réforme est nécessaire, certains des géants pétroliers tels que Shell et ExxonMobil considèrent que les conditions qui leur seront imposées, trop drastiques, vont faire fuir les investisseurs.

"Shell et Chevron vendent certains de leurs blocs pétroliers, notamment ceux qui se trouvent onshore (sur les terres, ndlr), à cause des problèmes de vol de pétrole et de vandalisme", confie le responsable d'une des grandes sociétés pétrolières sous couvert d'anonymat.

"Les incertitudes quant au vote de la loi comptent tout autant", ajoute-t-il, "les investisseurs hésitent à placer leur argent, ne sachant pas ce que va devenir la loi".

La ministre du Pétrole Diezani Alison-Madueke a assuré que le projet de loi, dans sa dernière version datant de juin 2012, "est très proche d'une situation "gagnant-gagnant" à la fois pour le gouvernement, l'économie et le peuple nigérians ainsi que les acteurs du secteur et les potentiels investisseurs".

Mais pour M. Oke, il est temps de faire appel à une instance indépendante capable de proposer une réforme acceptable pour tous.

Sam Amadi, le président de la comission de régulation de l'électricité nigériane, espère que l'adoption de cette réfome va aussi permettre d'attirer de nouveaux investisseurs dans le domaine des centrales électriques à gaz.

Dans le pays le plus peuplé d'Afrique, les 170 millions d'habitants sont privés de courant plusieurs heures par jour, par manque d'infrastructures. Le Nigeria ne produit que 3.000 megawatts d'électricité par an. En comparaison, l'Afrique du Sud, trois fois moins peuplée, produit plus de 43.000 mégawatts annuels.

Cette réforme "est cruciale si l'on veut aller de l'avant avec les centrales électriques à gaz", qui manquent cruellement d'investisseurs, estime M. Amadi. "Nous souhaitons que la question soit résolue afin que le gaz puisse être transformé en électricité de façon viable et profitable".

"Pour fin 2013, nous avions prévu d'atteindre (une production de) 7.000 mégawatts. Cela aurait été possible si nous avions eu assez de gaz pour nos centrales".

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