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Thaïlande: la justice ne change pas la date des législatives controversées

24/01/2014 05:50 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

La justice thaïlandaise n'a pas modifié vendredi la date des législatives controversées du 2 février, estimant qu'un report était de responsabilité conjointe de la commission électorale et la Première ministre, visée par un mouvement de rue réclamant sa tête.

Mettant en avant cette crise politique qui a déjà fait neuf morts, la commission électorale avait demandé au gouvernement de reporter le scrutin, mais avait essuyé un refus, le gouvernement arguant d'imprécisions dans la Constitution sur sa possibilité de le faire.

La commission s'est donc cette semaine adressée à la Cour constitutionnelle, qui a renvoyé la balle aux deux institutions.

"Les élections législatives peuvent être reportées" et la programmation d'une nouvelle date "est de la responsabilité conjointe de la Première ministre et du président de la commission électorale", selon le jugement rendu vendredi.

La Première ministre Yingluck Shinawatra est depuis l'automne sous la pression de manifestants qui réclament son départ, mais aussi la fin de l'influence de sa famille en politique, en particulier de son frère Thaksin qu'ils haïssent.

Les protestataires, qui veulent remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple" non élu, accusent l'ancien chef de gouvernement renversé par un coup d'Etat militaire en 2006 de continuer à diriger le pays à travers sa soeur malgré son exil pour échapper à la prison pour malversations financières.

Ils rejettent également les législatives anticipées qui ont toutes les chances d'être remportées une nouvelle fois par le parti Puea Thai au pouvoir, tandis que le principal parti d'opposition, le Parti démocrate, les boycotte.

Certaines circonscriptions, en particulier dans le sud, bastion démocrate, n'ont aucun candidat, les manifestants ayant bloqué l'enregistrement des candidatures, ce qui pourrait empêcher la nomination d'un nouveau gouvernement, quels que soient les résultats.

Le meneur des manifestants Suthep Thaugsuba a de son côté menacé jeudi de "fermer toutes les routes" menant aux bureaux de vote, ne faisant aucun cas de l'état d'urgence désormais en place à Bangkok.

La Cour constitutionnelle avait infligé un coup au gouvernement en novembre en jugeant que la tentative d'élus du Puea Thai de réformer la Constitution pour faire du sénat une assemblée entièrement élue était inconstitutionnelle.

Des dizaines de députés de Puea Thai sont menacés par une interdiction de politique pour cinq ans dans cette affaire.

La Cour avait chassé du pouvoir deux Premiers ministres pro-Thaksin en 2008.

"Le statut de la Cour constitutionnelle est très controversé", a commenté Sunai Phasuk, de Human Rights Watch, notant qu'elle était "un produit du coup d'Etat de 2006".

Ce putsch accompagné par des manifestations des "chemises jaunes" royalistes anti-Thaksin avait précipité la Thaïlande dans une série de crises à répétition faisant descendre en masse dans la rue les partisans ou les opposants du milliardaire qui reste malgré son exil le facteur de division de la société.

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