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Syrie: les combattants européens utilisent les failles de Schengen

24/01/2014 06:15 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

Souvent sans histoires, inconnus des services de police, les jeunes Européens partis combattre en Syrie contre le régime utilisent les failles de Schengen, l'espace de libre circulation, ce qui fait d'eux une menace et devrait conduire l'UE à réviser son système.

"Tous nos instruments de contrôles aux frontières extérieures ont été conçus à l'égard des étrangers, pas des Européens", a déclaré vendredi à l'AFP le coordinateur de la lutte antiterroriste de l'UE, Gilles de Kerchove, au cours d'un entretien en marge d'une réunion des ministres européens de l'Intérieur à Athènes.

L'enrôlement de jeunes Européens dans des mouvements djihadistes, notamment les forces de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, lié à Al-Qaïda), un des groupes "les plus extrémistes", est devenu un sujet de préoccupation majeur pour les Européens, a reconnu M. de Kerchove.

"Nous ne voulons pas que de jeunes Allemands partent pour participer à la guerre civile en Syrie, et nous ne voulons pas qu'ils reviennent de cette guerre entraînés et commettent des attaques ici", a affirmé le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, à son arrivée à la réunion.

Plus de 2.000 jeunes Européens ont gagné la Syrie où veulent le faire, selon les informations regroupées par les Etats membres. Ils sont Français, Belges, Allemands, Néerlandais, Britanniques, Suédois, Danois, Espagnols et Italiens, précise M. de Kerchove. Selon M. de Maizière, 270 Allemands sont engagés en Syrie. Les Français sont 700, les Belges 250 et les Britanniques évaluent à "plusieurs centaines" le nombre de leurs ressortissants.

Ils s'agit de jeunes nationaux ou binationaux. Les candidats au départ sont aussi parfois des étrangers résidant légalement en Europe, note Gilles de Kerchove.

"Il apprennent à combattre"

"Ils ont des documents d'identité (...) et ils peuvent par exemple aller très facilement de Bruxelles à Rabat avec un passeport marocain, entrer sans visa en Turquie, aller en Syrie et revenir en Belgique avec un passeport belge", explique-t-il.

"Ils représentent une menace, car ils rejoignent un groupe extrêmement violent, vivent dans un environnement très cruel, apprennent à combattre et a manier des explosifs", souligne-t-il. "Cela ne signifie pas que la totalité de ceux qui vont revenir vont sombrer dans la violence, mais une infime minorité suffit", prévient-il.

"L'Europe toute entière doit travailler pour prévenir cette menace, et pour cela nous avons besoin d'une Europe qui marche", souhaite Thomas de Maizière.

Or Schengen, l'espace sans frontière intérieure et sans contrôle, montre ses failles. "Le Code Schengen dit qu'on ne peut pas contrôler systématiquement les Européens à l'entrée et à la sortie. On ne peut pas vérifier les noms sur toutes les bases de données, seulement vérifier les passeports, mais on ne peut le faire que ponctuellement, pas systématiquement", déplore M. de Kerchove.

Les Etats "préconisent de développer" un fichier des donnée des passagers des avions (PNR), "mais le Parlement européen s'y oppose", affirme-t-il. C'est pourtant selon lui "le système le plus efficace pour détecter des personnes qu'on ne connaît pas", alors que la plupart des jeunes Européens partant en Syrie sont inconnus des services de police.

Les responsables européens tentent de combler les failles. La réunion d'Athènes a été l'occasion d'une première discussion sur une série de propositions faites par Cecilia Malmström, la commissaire européenne en charge des questions de sécurité.

"Nous avons besoin de mieux comprendre les motivations" de ces jeunes, a soutenu M. de Maizière, relevant que leur nombre "est très élevé, plus élevé que celui de Européens qui sont partis pour l'Afghanistan".

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