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Présidente centrafricaine assermentée, mais la violence persiste

24/01/2014 02:10 EST | Actualisé 25/03/2014 05:12 EDT

La présidente de transition centrafricaine, Catherine Samba-Panza, a prêté serment, jeudi, sur fond de violences persistantes qui illustrent l'ampleur de la tâche qui l'attend face aux tensions intercommunautaires et à une crise humanitaire d'ampleur.

De nouvelles violences à Bangui, la capitale, ont fait 16 morts dans la journée, a rapporté la Croix-Rouge locale.

Des centaines de personnes se sont livrées à des pillages dans des secteurs musulmans de la ville, incendiant plusieurs maisons, a dit Antoine Mbao Bogo, président de la Croix-Rouge centrafricaine.

Les violences ont particulièrement visé le quartier de PK12, dans le nord de Bangui. « Ce sont des scènes de xénophobie, on voit des gens en poignarder d'autres parce qu'ils ne sont pas de la même ethnie. Il y a eu 16 personnes tuées dans ces conditions atroces », a ajouté Antoine Mbao Bogo.

Depuis décembre, date du début de l'intervention militaire française aux côtés de forces africaines pour rétablir la sécurité dans le pays, les violences ont fait plus de 2000 morts et un million de déplacés selon l'ONU.

Mercredi, 10 personnes avaient été tuées dans des affrontements, selon des ONG présentes sur place.

Jeudi, c'est la mort d'un homme dans un camp de déplacés musulmans, tué par balle par des milices chrétiennes, qui a mis le feu aux poudres.

Poussés par la colère, des manifestants, certains armés de machettes, se sont approchés d'un point de contrôle des forces françaises pour dénoncer le manque de protection dont pâtit, selon eux, la communauté musulmane, a rapporté Peter Bouckaert, directeur des urgences de Human Rights Watch.

« Ce sont les Français! »

« Nous n'avons pas vu les échanges de coups de feu mais nous avons vu [les manifestants] ramener un corps de l'endroit où ils étaient allés manifester, ils ont dit : "Ce sont les Français, ce sont les Français!" », a-t-il raconté à Reuters, faisant état d'un autre homme blessé.

À Paris, le porte-parole de l'état-major des forces armées françaises, le colonel Gilles Jaron, a déclaré que la force Sangaris avait été prise à partie dans la matinée à PK12 par un groupe d'individus armés.

« L'armée française a riposté, touchant un des membres du groupe », a-t-il dit, ajoutant ne pas être en mesure de confirmer la mort de cet homme.

C'est dans ce contexte tendu que la nouvelle présidente a prêté serment lors d'une cérémonie au palais de l'Assemblée nationale à Bangui à laquelle a assisté, entre autres, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Première femme élue à la tête de la Centrafrique depuis l'indépendance du pays en 1960, l'ancienne maire de Bangui a dit, mardi, son intention d'ouvrir le dialogue avec les représentants des groupes armés pour tenter de ramener le calme dans le pays.

Des élections sont prévues au plus tard d'ici février 2015.

Reçu jeudi par François Hollande à Paris, Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, a appelé à l'aide de la communauté internationale pour reconstruire l'État centrafricain.

« Cela permettra de préparer les élections dans de bonnes conditions afin que demain, on puisse être heureux de dire que l'élection a été crédible, que l'élection a été transparente, comme nous venons de le vivre avec l'élection de notre présidente où le vaincu a salué celle qui a gagné et tous se sont embrassés », a-t-il dit à la sortie de l'Élysée.

« Beaucoup de gens sont sans nourriture, cela fait deux années maintenant que les gens ne plantent plus, si rien n'est fait, [s'il n'y a] pas de sécurité, et bien nous allons vers la famine ».

Renforts européens

Réunis lundi à Bruxelles, pays donateurs et organisations internationales ont promis près d'un demi-milliard de dollars d'aide humanitaire à la République centrafricaine.

Sur le terrain, la présence de 1600 soldats français et de 5000 soldats africains n'a pas permis pour l'heure d'apaiser les tensions dans le pays, et les affrontements entre miliciens chrétiens « anti-balaka » et ex-rebelles de la Séléka, à majorité musulmane, se poursuivent.

« Les pics de violence tels que nous avons pu les connaître aux alentours du 24-25 décembre et dans les premiers jours de janvier ne sont pas des schémas que nous retrouvons aujourd'hui à Bangui, mais cela ne veut pas dire que le calme est rétabli », souligne le colonel Jaron.

« La tension a tendance aujourd'hui à se focaliser sur les sorties nord de Bangui, à hauteur du PK12 », et en d'autres points. « En cela on peut dire qu'il s'agit d'un calme extrêmement précaire », ajoute-t-il.

Dans une entrevue au Parisien-Aujourd'hui en France publiée jeudi, la présidente de transition dit avoir besoin de plus de soldats pour sécuriser le pays.

Répétant qu'aucun renfort français n'était pour l'heure à l'ordre du jour, Laurent Fabius a estimé qu'il incombait désormais à « la communauté internationale de se mobiliser. »

L'Union européenne a annoncé l'envoi d'une force de 500 militaires. Elle sera basée dans les environs de Bangui et devrait rester sur place pendant six mois avant de passer le relais à la force de l'Union africaine.

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