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Paris réorganise son dispositif au Sahel et le présente à Washington

24/01/2014 10:21 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

La France devait présenter vendredi aux autorités américaines une réorganisation de son dispositif militaire au Sahel pour renforcer l'efficacité de ses forces dans la lutte contre les groupes jihadistes qui opèrent dans cette zone immense.

La coopération franco-américaine de défense "n'a jamais atteint une telle intensité", souligne-t-on côté français.

En Centrafrique, où elle a engagé 1.600 hommes début décembre, comme lors de l'opération Serval contre les groupes jihadistes au Mali, la France bénéficie d'un soutien américain en matière de transport aérien, de ravitaillement en vol et de renseignement, notamment grâce aux drones américains qui opèrent dans la région.

Paris et Washington ont la même analyse de la menace, en particulier des risques de recomposition dans la bande sahélienne de groupes jihadistes armés. La France entend donc structurer sa coopération avec les Etats-Unis et souhaite davantage d'échanges stratégiques avec les responsables américains pour développer des "synergies opérationnelles".

"Le danger d'une recomposition des groupes islamistes existe, même s'il n'est pas encore avéré. Il faut contenir cette menace, continuer d'exercer une pression suffisante pour l'empêcher de se développer", souligne un responsable du ministère français de la Défense. Paris a donc décidé de rapprocher son dispositif de la zone où ses forces sont le plus susceptibles d'intervenir. C'est à dire essentiellement dans le nord du Mali, du Niger et du Tchad voisins.

Le nouveau dispositif devrait maintenir environ 3.000 hommes dans la zone, au moment où la France est au contraire en train de réduire ses effectifs au Mali. Il s'agit de réarticuler les forces autour de quatre pôles spécialisés - Gao, au Mali, N'Djamena, Niamey et Ouagadougou - pour faire face à une menace devenue régionale.

A terme, il ne devrait pas y avoir plus de soldats français en Afrique, mais ils seront répartis légèrement différemment. Serval a en effet rappelé aux états-majors l'importance des "élongations", les milliers de kilomètres à parcourir pour acheminer les hommes et le matériel dans la zone d'action.

Régionaliser la lutte contre la menace jihadiste

Au Mali, où le contingent français doit être ramené à un millier d'hommes dans quelques mois, Gao devrait devenir une sorte de "hub", une plaque tournante d'où les forces poursuivront leurs opérations dans le nord du pays au côté de l'armée malienne.

Les forces terrestres stationnées à N'Djamena (950 hommes) joueront, selon la Défense, en cas de besoin le même rôle dans le nord du Tchad. L'essentiel des moyens aériens français (avions de chasse Rafale et Mirage 2000 D) restant stationnés dans la capitale tchadienne.

Niamey, où sont déployés les deux drones Reaper acquis récemment aux Etats-Unis, doit servir de plateforme logistique et de pôle de renseignement. Enfin Ouagadougou servira de base aux Forces spéciales, les premières en action en cas de coup dur.

A cette "ligne de déploiement principale", s'ajouteront des bases avancées, beaucoup plus au nord, en cours de négociations avec les capitales de la région. Tessalit au Mali, à moins de 100 km de la frontière algérienne, Faya-Largeau dans le nord du Tchad, près de la frontière libyenne, devraient accueillir de petits contingents de quelques dizaines d'hommes.

"Il s'agit pour nous de prépositionner des stocks logistiques et un petit effectif", indique un responsable militaire. Des stocks de carburant ou de munitions qui permettront de renforcer la réactivité des forces françaises "là où les choses se passent vraiment".

Cette "régionalisation" de la lutte contre la menace jihadiste doit se dérouler "dans le temps relativement long", et Paris compte sur la poursuite du soutien américain en matière de renseignement.

Le "troisième rideau" des forces françaises en Afrique de l'Ouest devrait globalement rester le même, avec ses implantations au Sénégal (350 hommes), au Gabon (940), en Côte d'Ivoire (450), auxquelles s'ajoutent les 1.600 soldats engagés dans l'opération Sangaris en Centrafrique.

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