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"Mort subite" à Bangui

24/01/2014 09:40 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

Un jeune homme saute par la fenêtre de la gendarmerie du quartier PK12 de Bangui. Torse nu, il s'enfuit en courant, un gendarme tire, crie "arrêtez-le!". "C'est un musulman!", hurle la foule, et le fugitif tombe sous les coups de machettes et de pierres.

Un tir de Famas (fusil d'assaut) de soldats français qui tiennent le proche check-point au sol noirci éclate au-dessus des assaillants pour les disperser. Trop tard, en moins d'une minute, l'homme est mort, achevé d'un coup de grosse pierre sur le crâne.

"Ah, c'est une mort subite!", constate l'adjudant Maurice de la gendarmerie centrafricaine, qui aide les Français à contrôler le très volatil et très tendu PK 12, à la sortie nord de Bangui, à l'intersection des routes conduisant vers le Tchad et le Cameroun.

Il raconte à l'AFP comment "ce jeune de la Séléka", l'ex-rébellion musulmane qui a pris le pouvoir en mars 2013 et terrorisait la population, très affaiblie depuis le début de l'opération française Sangaris, a couru vers une mort certaine.

"Je lui ai dit +ne traverse pas le carrefour, ils vont te tuer+. Mais son frère lui avait téléphoné au matin, lui demandant de le rejoindre de l'autre côté. Il n'a pas écouté, il a sauté par la fenêtre, ils l'ont vite tué".

"Ils", ce sont les milices chrétiennes anti-balaka, mais aussi de simples chrétiens qui traquent, tuent et pillent les derniers musulmans de Bangui qui n'ont pas fui.

Des centaines de musulmans apeurés attendent à moins de 300 mètres, à l'ombre de camions surchargés de ballots, une escorte de l'armée tchadienne pour s'aventurer sur la longue et périlleuse route qui traverse la brousse où vivent une majorité de chrétiens et où sont nées les milices anti-balaka. Direction le Tchad.

Mais les jeunes pillards ne sont pas tous des miliciens bardés de gris-gris, machette en main, et à l'oeil féroce. Ce sont souvent des habitants des quartiers qui, à chaque fois qu'un musulman s'enfuit sous la menace, fondent sur ses biens.

A côté du cadavre, passent des jeunes qui portent sur la tête des tôles rouillées, mais aussi neuves, frôlant les mamas venues vendre manioc et bananes en bord de route.

"On ne sait plus qui tire sur qui"

Cette fois, c'est un commerçant chrétien, Serge Gbadé qui vient d'être pillé, et arrive, pieds nus, en short, essoufflé, se réfugier auprès des militaires français.

"Oui, je suis chrétien, les anti-balaka m'accusent d'avoir vendu aux musulmans. Ils me disent +c'est vendredi, le jour des musulmans+, rien à voir". Sa maison est à à peine cent mètres du check-point de Sangaris.

Il dit s'être échappé en crevant le toit de paille de sa maison, puis en sautant. Ses bras tout éraflés saignent. "Ils voulaient me tuer. Ils m'ont pris tout mon bétail, 417 boeufs, 28 porcs, 30 cabris, des poulets". "Ah, des gros boeufs que je vendais 500.000, 600.000 FCFA (800 à 900 euros)!", se lamente-t-il auprès d'un soldat français qui ne lâche pas ses jumelles pour observer le pillage.

Un blindé Sagaie français, monté d'un canon de 90mm, se met ensuite en mouvement pour calmer les ardeurs des voleurs, qui ont pratiquement fini leur pillage.

Moins d'une minute après, la foule crie et désigne un pillard qui, monté sur un toit à 10 mètres du check-point, entreprend de couper des câbles électriques. Puis trois jeunes passent en poussant une brouette, un cadavre dessus: "C'est un pillard tué par un autre voleur", explique Victor.

Dans une capitale livrée aux armes, sans force publique, à la population miséreuse (l'une des dernières au monde selon l'indice de développement humain de l'ONU), "on ne sait plus qui tire sur qui", dit Bertrand du quartier Yassara.

Un peu plus loin, des habitants "dévorent" deux belles concessions, auparavant squattées par des Séléka, et les "décoiffent" en arrachant leur toiture. Une femme, qui revenait du marché, vient d'être tuée par balle.

Des soldats rwandais de la force africaine Misca, alertés, avancent dans la rue défoncée, à pied. Dans cette ambiance électrique, un coq crie à tue-tête.

Les habitants ont très mal dormi. "Il y a toujours des tirs", murmure Norbert. "Les gens, dès qu'ils se lèvent le matin, ils jettent l'oreille avant de tenter une sortie".

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