Michel Arsenault devant la commission Charbonneau dès lundi

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MICHEL ARSENAULT
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L'ex-président du C.A du Fonds de solidarité Michel Arsenault affirme n'avoir jamais réservé un traitement particulier aux dossiers de Jocelyn Dupuis. L'ancien président de la FTQ dit qu'il n'a rien fait d'autre que de transmettre les dossiers de l'ex-directeur général de la FTQ-Construction aux équipes chargées de traiter tous les dossiers.

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Un texte de Bernard Leduc

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L'ex-président de la FTQ soutient que Jocelyn Dupuis avait « une fausse perception » s'il pensait qu'il pouvait passer des dossiers au Fonds. Il soutient avoir toujours dit au Fonds : c'est vous qui prenez la décision, pas moi.

« J'ai jamais essayé d'utiliser un fast track pour lui », se défend en conséquence Michel Arsenault, qui ajoute : « Il n'y a pas eu de dossiers de Jocelyn Dupuis qui ont passé sous ma présidence ».

Michel Arsenault soutient que s'il n'avait jamais tourné le dos à Jocelyn Dupuis jusqu'à ce qu'il apprenne, à l'hiver 2009, qu'il était lié au mafieux Raynald Desjardins dans Carboneutre, c'est parce qu'il voulait ménager « la chèvre et le chou » dans la querelle entre les clans de Jocelyn Dupuis et Jean Lavallée à la FTQ-Construction.

Michel Arsenault soutient en fait qu'il ne savait pas que M. Desjardins était un personnage central du crime organisé avant que Ken Pereira ne lui apprenne. Aussi, lorsqu'il apprend par M. Pereira que ce dernier est derrière Carboneutre, il a aussitôt averti le Fonds de cesser d'étudier le dossier.

Selon lui, cette version serait d'ailleurs ce qui ressort de plusieurs écoutes présentées à la commission depuis cet automne.

La commission a présenté plusieurs extraits d'une conversation entre Michel Arsenault et son prédécesseur Henri Massé du 20 avril 2009, dans laquelle les deux hommes prévoient une rencontre prochaine avec Jocelyn Dupuis. La rencontre, demandée par M. Dupuis, selon M. Arsenault, aura bel et bien lieu.

Dans cette conversation, Michel Arsenault affirme que M. Dupuis lui a caché « des affaires terribles ». « Moé je vais t'apporter des preuves, M'as te conter des petites affaires », lance M. Arsenault, qui affirmera devant la commission qu'il est alors question de la présence de M. Desjardins dans Carboneutre. Il a ajouté que le dossier de Carboneutre avait alors déjà été écarté par le Fonds.

Selon M. Arsenault, Jocelyn Dupuis voulait notamment le rencontrer parce qu'il était en colère contre lui pour ne pas avoir pris sa défense à la suite de la révélation par les médias de ses dépenses scandaleuses lors de son mandat à la FTQ-Construction.

Mais selon les deux hommes, c'est dépenses sont indéfendables sur la place publique. M. Arsenault rappelle qu'il avait d'ailleurs convaincu M. Dupuis de démissionner en septembre 2008, peu après voir appris leur existence par Ken Pereira.

Arsenault fréquente toujours Accurso

L'ex-président de la FTQ Michel Arsenault (2007-2013) a admis d'entrée de jeu entretenir toujours des liens avec l'entrepreneur Tony Accurso.

« C'est pas un ami que je vois toutes les semaines, mais on se voit à l'occasion », a expliqué celui qui était aussi président du C.A du Fonds de solidarité FTQ, mentionnant notamment avoir soupé avec lui peu après sa retraite en novembre 2013.

L'ex-syndicaliste a transformé le début de son témoignage en un plaidoyer vantant les bienfaits du syndicalisme et du Fonds de solidarité pour le Québec.

Michel Arsenault a, à cet effet, souligné que, derrière les « cinq ou six » dossiers toxiques qui ont contraint le Fonds, sous la pression des médias, à faire le grand ménage au printemps 2009, se trouvent quelque 5000 dossiers bons pour le Québec.

Il a aussi mis la table en vue d'éventuelles questions sur son rôle dans les conflits à la FTQ-Construction en 2008-2009, en soulignant qu'en tant que président de la FTQ, son influence sur les syndicats affiliés était limitée.

Le président de la FTQ n'est pas « le grand patron »

Michel Arsenault estime, à la lecture des médias et au regard de propos entendus à la commission, que le rôle et les pouvoirs du président de la FTQ sont mal compris.

« Tu peux pas donner d'ordre, ta job c'est de convaincre », souligne M. Arsenault, qui a précisé que tous les 37 locaux affiliés, dont la FTQ-Construction, sont liés à la FTQ sur une base volontaire. Les locaux affiliés décident donc qui embaucher, qui renvoyer, ou encore comment gérer leur budget.

Ce sont « des gens sur qui tu n'as aucune autorité hiérarchique », le président de la FTQ n'est pas le « grand patron ».

Il a aussi tenu à souligner que l'influence de la FTQ auprès des gouvernements est plus limitée qu'on voudrait bien le croire, mais admet que le syndicat est consulté par ces derniers, tout comme d'autres groupes d'importance.

Le Fonds est intègre, soutient Arsenault

Michel Arsenault a défendu avec vigueur la façon dont les dossiers d'investissement reçus par le Fonds sont traités. Il a souligné que depuis le début de 2000, ils passent d'abord entre les mains d'équipes multidisciplinaires - avocats, conseillers financiers, évaluateurs - avant d'arriver entre celles de conseils de décision sectoriels, puis enfin au C.A du Fonds qu'il présidait.

Dans la foulée de la lutte contre les dossiers toxiques - cinq ou six au plus, a-t-il soutenu - tous les conseils sectoriels doivent désormais être composés à majorité de personnes externes au Fonds et à la FTQ ».

À chaque étape, le dossier peut être bloqué, a tenu à souligner Michel Arsenault afin de mettre en lumière l'intégrité du processus.

L'ex-président du Fonds a tenu à souligner la grande confiance qu'il accordait aux membres externes qui siégeaient sur son C.A., « des gens d'une grande rigueur et honnêteté ».

Michel Arsenault a souligné qu'entre 2001 et 2013, ce sont pas plus de cinq dossiers qui n'ont pas été adoptés à l'unanimité par son C.A.

« J'ai référé des dizaines de dossiers au Fonds [qui] ne se sont jamais fait », a-t-il aussi fait valoir.

Un cumul de fonctions nécessaire

L'ex-président de la FTQ ne croit pas qu'il soit nécessaire de séparer les fonctions de président du syndicat et de président du C.A et soutient que la présence de syndicalistes au Fonds est garante du maintien de sa mission : créer et sauver des emplois. Selon Michel Arsenault, un C.A entre les mains de seuls externes risquerait de favoriser la spéculation au détriment de l'emploi.

Michel Arsenault n'a pu se retenir de souligner l'importance du Fonds de solidarité, sous le feu des projecteurs depuis des années. Le Fonds, dont il a présidé pendant des années le C.A., a permis de maintenir et créer 500 000 emplois dans les 20 dernières années, a-t-il tenu à souligner.

Il a aussi, de façon plus générale, vante l'impact positif du syndicalisme sur le partage de la richesse et la valeur de la forme pratiquée par la FTQ, qui valorise le dialogue avec les employeurs pour assainir les relations de travail :« présider la FTQ, c'est parler aux patrons ».

Michel Arsenault a fait l'essentiel de sa carrière syndical au syndicat des Métallos. Il a expliqué avoir œuvré quelques années, entre 1995 et 2000, pour les Métallos au Canada anglais, avant de revenir au Québec en décembre 2000, cette fois pour devenir président des Métallos.

Il dirigera ce syndicat jusqu'en novembre 2007, où il est élu président de la FTQ. M. Arsenault a soutenu n'avoir jamais eu cette ambition, mais que ce goût lui est venu en côtoyant son prédécesseur Henri Massé. Lorsque ce dernier annonce son départ en septembre de cette même année, il annonce donc sa candidature qui rallie une majorité. Il est réélu en 2010 pour un autre mandat.

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