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La Tunisie va découvrir samedi son nouveau gouvernement

24/01/2014 10:00 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

Un gouvernement d'indépendants doit être présenté samedi en Tunisie, à la veille du vote d'adoption de la nouvelle loi fondamentale, des avancées devant résoudre une profonde crise politique et achever la "transition démocratique" engagée avec la révolution de 2011.

Le ministre sortant de l'Industrie Mehdi Jomaâ va présenter au président Moncef Marzouki ce cabinet apolitique vers 17H00 GMT, le parti islamiste Ennahda ayant accepté de quitter le pouvoir pour résoudre la longue crise politique provoquée par l'assassinat du député d'opposition Mohamed Brahmi fin juillet.

Le vote d'adoption de la Constitution a d'ailleurs été reporté à dimanche pour permettre aux députés d'adopter samedi une réforme de la motion de censure. Il s'agit de rendre plus difficile pour la Constituante (ANC) de limoger le gouvernement de M. Jomaâ qui doit entrer en fonction la semaine prochaine et conduire le pays vers des élections en 2014.

La nature précise de ce changement faisait encore l'objet de négociations vendredi soir.

Les élus reviendront ensuite dimanche matin à l'ANC pour le vote d'adoption de la future loi fondamentale du pays, en cours d'élaboration depuis plus de deux ans.

Ils l'ont déjà au préalable approuvé article par article du 3 au 23 janvier, si bien qu'elle devrait obtenir l'assentiment de la majorité requise des deux tiers des 217 députés. Les partis ont négocié, après moult disputes et controverses, des compromis sur les articles problématiques, notamment ceux traitant de l'islam.

Le cas échéant, la Constitution sera promulguée lundi, autrement une deuxième lecture devra être organisée. Si elle échoue aussi, un référendum devra avoir lieu.

Constitution de compromis

La Constitution consacre un régime avec un exécutif bicéphale où le Premier ministre aura le rôle dominant mais où le chef de l'Etat dispose d'importantes prérogatives en matière de défense et de politique étrangères notamment.

L'islam n'y a pas été inscrit comme source de droit, mais les références à la religion sont nombreuses, laissant une place importante à l'interprétation.

Ainsi, la Tunisie y est définit comme "un Etat libre, indépendant et souverain, l'islam est sa religion". Si "la liberté de croyance et de conscience" est garantie, l'Etat s'engage aussi à "interdire toute atteinte au sacré".

Cette version de compromis a cependant été critiquée à droite comme à gauche. Vendredi, des centaines d'islamistes radicaux ont manifesté à Tunis pour dénoncer ce texte.

Sur le plan des droits humains, les grandes libertés y sont inscrites, même si des ONG de défense des droits de l'Homme s'inquiètent de dispositions souvent vagues. L'objectif de parité homme-femme dans les assemblées élues, une disposition exceptionnelle dans le monde arabe, y a été inclue.

"C'est une Constitution progressiste, répondant aux espoirs de la révolution", a estimé le président de l'Assemblée Mustapha Ben Jaafar, reconnaissant qu'il "peut y avoir des améliorations".

Le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi a lui loué une des "meilleures constitutions au monde" qui fera "de la Tunisie la première démocratie arabe".

Moins dithyrambiques, des détracteurs des islamistes ont jugé plutôt positif le résultat final.

Ce n'est "probablement pas la plus belle, ni la plus équilibrée, ni la plus révolutionnaire des Constitutions, mais (c'est) certainement un grand pas vers un avenir à bâtir", a jugé la députée Selma Mabrouk sur sa page officielle.

Pendant plus de deux ans, les travaux sur la Constitution n'ont eu cesse d'être ralentis par la profonde méfiance régnant entre les islamistes et leurs opposants ainsi qu'une succession de crises politiques.

Le chantier des élections

Les travaux de l'ANC ne sont pas pour autant finis. Les députés doivent encore adopter dans les jours à venir une législation électorale, alors que la commission chargée d'organiser les élections, cruciales pour achever la transition et permettre l'entrée en vigueur de la loi fondamentale, vient tout juste d'être formée.

Les partis militent pour qu'elles aient lieu en 2014, mais aucun calendrier précis n'a été avancé.

"La date des élections sera déterminée par l'Instance électorale en fonction des délais qu'elle estime nécessaire pour la tenue de scrutins libres, transparents et intègres", a souligné, un représentant d'Ennahda, Ajmi Lourimi.

La Tunisie, berceau du Printemps arabe, a réussi à ne pas basculer jusqu'à présent dans le chaos, mais sa stabilité reste minée par l'essor de groupes jihadistes et par de profonds problèmes économiques et sociaux, déjà à l'origine de la révolution de janvier 2011.

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