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La crise au Soudan du Sud loin d'être finie malgré le cessez-le-feu, selon les analystes

24/01/2014 05:06 EST | Actualisé 25/03/2014 05:12 EDT

Le cessez-le-feu signé par les belligérants sud-soudanais ne garantit pas que la crise est terminée tant s'annoncent difficiles l'application de l'accord sur le terrain et la réconciliation de communautés qui se sont entredéchirées, avertissaient vendredi des analystes.

Le conflit, déclenché par un affrontement mi-décembre entre unités aux allégeances politiques rivales de l'armée sud-soudanaise, pourrait bien désormais échapper au contrôle des dirigeants politiques.

Il leur a fallu trois semaines de chicaneries dans un hôtel de luxe d'Addis Abeba - pendant que sur le terrain les atrocités se poursuivaient - pour aboutir à un simple accord de cessation des hostilités, première étape vers un éventuel règlement global qui s'annonce autrement compliqué.

Le cessez-le-feu enfin paraphé, reste à le faire respecter.

Dès sa signature, le chef de la délégation gouvernementale Nhial Deng Nhial exprimait son scepticisme sur la capacité du camp adverse à contrôler ses forces, "essentiellement des (...) civils", dans un pays où pullulent les armes après des décennies de guerre contre Khartoum.

Selon un diplomate occidental, "tout ce qui permet d'arrêter les combats est bienvenu, mais il est évident que la mise en oeuvre (de l'accord) est la clé (...) Les deux camps ont été si loin (dans la violence) en quelques semaines (...) il a été déjà tellement difficile d'amener les délégations à s'asseoir, ne parlons pas de ceux qui combattent sur le terrain".

Vendredi, il était impossible de connaître la situation sur le terrain, l'armée gouvernementale affirmant qu'aucun combat n'avait lieu, l'autre camp accusant les forces régulières de l'avoir attaqué.

Durant la signature, les médiateurs n'ont pas caché les risques qui persistent. "Un échec à mettre fin à la crise et à ces atrocités conduira à un conflit prolongé qui rejaillira sur nous tous", a averti Seyoum Mesfin, l'envoyé spécial au Soudan du Sud de l'Igad, bloc régional ayant assuré la médiation.

Le plus dur semble à venir: trouver un règlement politique définitif de la crise, née de la rivalité entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar au sein du régime sud-soudanais, issu de la rébellion ayant combattu Khartoum durant la guerre civile (1983-2005) qui a débouché sur la partition du Soudan en juillet 2011.

A cette rivalité, se greffent de vieux antagonismes - prenant pour partie racine dans la guerre civile - entre Dinka et Nuer, les deux principaux groupes ethniques, dont sont respectivement issus les deux hommes.

Les combats - auxquels ont pris part des milices ethniques - ont été accompagnés des deux côtés par de nombreuses atrocités, soldant parfois de vieux comptes entre communautés. En un peu plus d'un mois plusieurs milliers de personnes ont été tuées et plus d'un demi-million chassées de chez elles.

Hors de contrôle?

Même les plus attentifs des observateurs des très complexes luttes de pouvoir au sein du pouvoir sud-soudanais ont été choqués par la rapidité avec laquelle le conflit a dégénéré et par sa brutalité.

Réconcilier les deux camps nécessitera de profonds changements politiques, expliquait Mahmood Mamdani, professeur à l'Université américaine de Columbia, dans un article écrit avant l'accord: avant le conflit, M. Kiir avait "sapé ce qui restait de structures de contrôle au sein de l'Etat et du parti afin de tenir fermement le pouvoir".

"L'opposition à Kiir est à plusieurs niveaux: personnel, ethnique et idéologique", selon M. Mamdani, qui met en garde contre "la manipulation à des fins politiques de l'identité ethnique".

Un règlement politique, incluant potentiellement un compromis pour le partage du pouvoir, pourrait "accroître l'impunité et récompenser ceux qui choisissent la violence pour obtenir des positions politiques", estime Jok Madut Jok, directeur de l'Institut de recherche Sudd sur le Soudan du Sud.

Et la réconciliation ne devra pas se limiter aux dirigeants à Juba, soulignent les observateurs.

"Avec les atrocités commises par les deux parties, prétendre que les communautés en conflit peuvent simplement pardonner et oublier est absurde", estime le diplomate occidental interrogé.

"Oeuvrer à une réelle réconciliation, pas seulement parmi les politiciens, mais surtout au niveau des communautés, sera la clé (...) et très compliqué", poursuit-il.

M. Jok propose la conclusion d'accords de paix au niveau local, qui "lanceraient un message à nos dirigeants: sont désormais révolus les temps où nous étions englués dans des luttes de pouvoir pour le compte de gens pour lesquels nous ne comptons pas".

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