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Isle-Verte: un homme de 84 ans a sauvé trois de ses voisines

24/01/2014 07:51 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT
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L'ISLE-VERTE, Qc - Réveillé par l'alarme qui sonnait, dans la résidence pour personnes âgées où un incendie a fait huit morts et une trentaine de disparus, jeudi, un homme de 84 ans a tiré ses trois voisines du sommeil afin de les évacuer avant l'arrivée des pompiers.

Moins de deux jours après le drame qui a secoué la petite municipalité de L'Isle-Verte dans le Bas-Saint-Laurent, à 30 km à l'est de Rivière-du-Loup, Arnaud Côté était déjà prêt, vendredi, à acheter des meubles qui iront dans le nouvel appartement qu'il a trouvé.

S'il va de l'avant, l'ancien agriculteur, qui a toujours vécu à L'Isle-Verte, avait la larme à l'oeil en nommant ses voisins disparus, qu'il ne reverra probablement pas.

«J'étais pire que ça (jeudi), a-t-il dit. Le soir du feu ça me faisait rien, je ne savais pas combien il y avait de morts. (Jeudi), durant la journée, j'avais le moral bas.»

Encore dans les vêtements qu'il a enfilés le soir de l'incendie, assis à une table du restaurant du motel du village où il s'est réfugié, M. Côté, qui n'a pas d'enfants, s'excusera aussi durant l'entrevue parce qu'il n'a pas pu changer sa chemise à fins carreaux pourtant toujours bien repassée.

Quand l'alarme a retenti, M. Côté dormait dans sa chambre dans la Résidence du Havre où il habitait depuis sept ans. Il a constaté rapidement la gravité de la situation.

«J'en entendais crier dehors: au secours, le feu est pris, au secours venez nous sauver, a-t-il dit. C'est des gens qui étaient au deuxième et troisième étages, qui demandaient de l'aide.»

Dans le corridor, il aperçoit un préposé, qui traverse une épaisse fumée et l'informe de l'incendie avant d'aller frapper à la porte de la copropriétaire de la résidence, Irène Plante, qui habitait sur place en permanence.

Après être allé s'habiller plus chaudement en prévision du froid glacial qui l'attend dehors, M. Côté appelle ses trois voisines, en les pressant de s'habiller et sortir. Il frappe à la porte de la dernière qui tarde à se montrer.

«Je leur ai dit 'gréez' vous, le feu est pris, a-t-il dit. Elles se sont 'gréées' et on est sortis.»

Les quatre personnes âgées se sont dirigées vers le bout du corridor pour s'engager dans l'escalier de secours, non sans difficultés puisqu'une des dames se déplaçait sans le déambulateur qu'elle utilise en temps normal.

«Quand on descendait, les pompiers sont venus au devant de nous, pour m'aider», a-t-il dit.

Selon M. Côté, la feu a embrasé rapidement l'édifice pour se propager à la toiture, au-dessus d'appartements où se trouvaient encore des résidants.

«Le feu passait à travers et ça ne faisait pas longtemps et il y avait du monde en dessous», a-t-il dit.

M. Côté a raconté que les pompiers ont réussi à évacuer un résidant atteint de la maladie de Parkinson, incapable de se déplacer.

«Les pompiers sont allés le sauver dans la fumée, a-t-il dit. Il a fallu qu'il reste assis dans son fauteuil, il ne marchait pas.»

Les sinistrés ont d'abord été emmenés dans un garage voisin, avant d'être dirigés dans le gymnase d'une école à proximité.

«Je ne les ai pas revues, je les ai laissées dans le garage. Je ne sais pas où elles sont», a-t-il dit à propos des dames qu'il a aidées à évacuer.

Devant les décombres où les pompiers et les policiers s'affairent à dégager les corps des personnes qui manquent à l'appel, Marc-Henri Saindon était résigné à ne plus revoir sa mère, Marie-Jeanne Gagnon, qui devait avoir 100 ans en avril prochain.

«Il n'y a plus d'espoir, a-t-il dit. Même hier.»

Mme Gagnon venait tout juste d'emménager dans la résidence, à la fin de l'année dernière, a expliqué M. Saindon.

Après avoir vécu avec sa famille à Cacouna, Mme Gagnon était retournée à L'Isle-Verte le 30 décembre dernier, dans la résidence.

Se déplaçant avec un déambulateur ou une chaise roulante, Mme Gagnon était réputée pour sa mémoire fidèle, et son fils n'hésitait pas à la consulter encore lorsque parfois des questions surgissaient au fil des conversations avec les clients de son garage de Cacouna.

«Je leur disais: attendez, je vais téléphoner à ma mère et elle va nous le dire, a-t-il dit. C'était la mémoire du village.»

À son domicile de L'Isle-Verte, Nicole Bélanger, préposée depuis quatre ans à la résidence de 52 appartements, ne parvenait pas encore à encaisser le coup qu'elle a ressenti en voyant à la télévision les images de l'édifice incendié, jeudi, où elle n'était pas de service au moment du drame.

«J'ai eu très mal à la poitrine, je ne le croyais pas, ç'a été un choc, a-t-elle dit. Je me disais que c'était trop horrible, ça ne se peut pas que j'aie perdu mes amis. Le matériel, ce n'est pas grave, c'est les personnes qui sont décédées dans cette tragédie, c'est terrible.»

Mme Bélanger avait récemment écrit une lettre qu'elle avait distribuée à tous les résidants pour leur annoncer sa retraite prochaine.

«Je m'étais attachée à eux-autres et eux-autres s'étaient attachés à moi, a-t-elle dit. Il y en a plusieurs là-dedans que je ne reverrai plus jamais.»

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