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A Kiev, la place de l'Indépendance prend des airs de forteresse imprenable

24/01/2014 01:19 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

Cernée de barricades de plus en plus nombreuses, de plus en plus hautes et de plus en plus épaisses, la place de l'Indépendance à Kiev n'avait jamais autant ressemblé à une forteresse imprenable.

"Oui, nous avons peur, mais nous n'avons pas d'autre choix: nous allons nous battre", assure Mykola Sirochtan, un manifestant de 35 ans, désignant l'un de ces véritables murs de planches, panneaux d'affichage, armatures métalliques en tout genre, scellés par le froid et des amas de neige.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les défenses ont été encore renforcées avec l'édification de nouvelles barricades de près de cinq mètres de haut, sur la rue Institutska qui débouche sur "Maïdan", le nom presque affectueux par lequel les Kiéviens désignent cette place, haut lieu de la Révolution orange de 2004.

Edifiées en un temps record avec des sacs remplis de neige, par des températures approchant les -20 degrés, elles s'ajoutent à un autre barrage aussi massif une centaine de mètres plus bas dans cette artère proche de la présidence.

Cocktails Molotov

Avec un tel dispositif, "les forces de l'ordre ne peuvent pénétrer dans Maïdan qu'avec un bulldozer", résume Evguéni, qui garde l'une des barricades bloquant les accès à la place.

"Et en cas d'assaut, s'ils essaient de franchir la barricade, alors nous préparerons des cocktails Molotov, avec de l'essence, de l'huile, des bouteilles en verre et nous les jetterons sur eux", prévient le militant.

Au fil des deux mois de la contestation, la vaste place centrale de la capitale, qui a accueilli plusieurs manifestations d'au moins 200.000 personnes, a pris progressivement des airs de camp retranché.

Maïdan s'est voulu dans un premier temps un lieu de rassemblement convivial, presque bon enfant, avec son village de tentes animé par des concerts, comme lors de la Révolution orange qui avait porté des pro-occidentaux au pouvoir.

Mais une première étape est franchie le 11 décembre lorsque des centaines de forces anti-émeutes lancent l'assaut de la place et démontent sans peine les barrages de fortunes montées à l'aide de bancs publics ou de planches.

La police a fini par refluer devant l'afflux de manifestants, qui décident alors de dresser de véritables barricades composées de sacs de sable remplis de neige tassée, renforcés de barbelés et des pneus.

Un mois plus tard, ces barricades ont gagné en hauteur et épaisseur et se sont multipliées. Du côté nord-est de la place, où la police a lancé son assaut en décembre, il faut désormais se faufiler entre deux barrages hauts de trois mètres, ce qui parfois crée des engorgements.

Les contestataires qui y montent la garde sont aussi plus organisés, montant la garde en permanence, voire filtrant les entrées, casque sur la tête et bâton à la main. L'ambiance est moins festive et de nombreux commerces des alentours ont désormais fermé.

"C'est eux ou nous"

Cette semaine, les violents affrontements qui ont fait au moins deux morts -- cinq selon l'opposition -- ont épargné la place, restant cantonnés à la rue Grouchevski, à quelques centaines de mètres de là.

Mais ils ont convaincu les manifestants qu'il fallait se préparait au pire. Jeudi soir, après l'échec de négociations, les chefs de file de l'opposition ont appelé les contestataires à étendre le territoire occupé.

Très rapidement, les militants, hommes et femmes, jeunes et vieux, Kiéviens pour le plus grand nombre mais aussi venus d'autres villes du pays, ont donc monté de nouvelles barricades sur la rue Instituska.

Posté en tenue de camouflage, Leonid Symtchouk, 54 ans, est sûr que cette nouvelle barricade arrêtera les "Berkout", ces hommes casqués et équipés des unités anti-émeute.

"C'est sûr qu'elle résistera au premier coup de boutoir et après les gens afflueront de Maïdan et se battront", assure-t-il.

"Nous n'avons pas le choix, c'est eux ou nous", dit-il.

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