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Un chef de l'opposition croit possible la fin des violences en Ukraine

23/01/2014 11:05 EST | Actualisé 25/03/2014 05:12 EDT

KIEV, Ukraine - Un chef de l'opposition en Ukraine a pressé jeudi les manifestants à maintenir un cessez-le-feu chancelant avec la police, à la suite de la mort d'au moins deux militants dans les affrontements cette semaine, mais certains d'entre eux ont semblé résister, huant et criant «révolution» et «honte».

Au terme de discussions de quelques heures avec le président Viktor Ianoukovitch, le leader de l'opposition Oleh Tyahnybok a demandé à des manifestants à Kiev pour plusieurs autres jours de trêve, affirmant que le président avait accepté d'assurer la libération de dizaines de militants détenus et d'éviter d'autres arrestations.

Mais d'autres leaders de l'opposition ont offert un bilan mitigé de la rencontre, Vitali Klitschko affirmant que les négociations avaient apporté peu de résultats.

MM. Tyahnybok et Klitschko ont été hués aux barricades par des manifestants en colère, et l'atmosphère semblait tendue.

Le ministre de l'Intérieur, Vitali Zakharchenko, a déclaré par communiqué garantir que la police n'interviendrait pas dans un vaste camp de tentes érigé à la Place de l'indépendance. Il a aussi appelé la police à faire en sorte de ne pas répliquer aux provocations.

Une porte-parole d'un leader bien en vue de l'opposition, Arseniy Yatsenyuk, a aussi affirmé après une rencontre avec le président que les chances étaient grandes de mettre fin à la violence ayant décimé la capitale.

Olha Lappo, une porte-parole pour Arseniy Yatsenyuk, a fait cette déclaration sur sa page Facebook, jeudi. Elle n'a pas fourni de détails, mais ces propos semblent représenter le premier signe de progrès dans la résolution d'une crise de deux mois ayant menacé de s'étendre bien au-delà de la capitale, Kiev.

Plus tôt jeudi, des manifestants en colère sont entrés de force dans des édifices gouvernementaux de trois villes de l'ouest de l'Ukraine, forçant un gouverneur à écrire une lettre de démission, alors que les manifestations contre le président s'intensifiaient à l'extérieur de la capitale.

Depuis deux mois, la capitale, Kiev, est l'épicentre d'imposantes manifestations contre le président Viktor Ianoukovitch, qui ont pris une tournure violente cette semaine.

Les leaders de l'opposition avaient lancé un ultimatum au président, lui donnant jusqu'à jeudi soir pour faire des concessions, faute de quoi ils promettaient de nouveaux affrontements avec la police à Kiev. Entre-temps, les manifestants avaient éteint les barricades de pneus enflammés qui projetaient une épaisse fumée noire en direction des policiers antiémeute dans le centre de la ville. En soirée, certaines barricades avaient été de nouveau enflammées.

Le président a répondu en convoquant une séance parlementaire extraordinaire la semaine prochaine afin de discuter des tensions politiques dans le pays. Rien n'indique toutefois que cette initiative soit un signe de compromis avec les manifestants qui réclament la démission de M. Ianoukovitch, puisque les partisans du président détiennent la majorité au Parlement.

Les manifestants reprochent à M. Ianoukovitch d'avoir tourné le dos à un accord avec l'Union européenne au profit d'un retour dans le giron de la Russie. La mobilisation a pris une tournure violente cette semaine après l'adoption de lois limitant le droit de manifester. Mercredi, au moins deux manifestants ont été tués lors d'un violent affrontement avec la police.

Ce regain de tensions semble avoir galvanisé les résidants de l'ouest de l'Ukraine, où les appuis envers le président Ianoukovitch sont très faibles, voire inexistants. Les Ukrainiens de l'ouest sont nombreux à souhaiter un rapprochement de leur pays avec l'Europe.

À Lviv, une ville située près de la frontière polonaise, à environ 450 kilomètres de Kiev, des centaines de manifestants sont entrés jeudi dans les bureaux du gouverneur de la région, Oleh Salo, un partisan du président Ianoukovitch. Ils ont scandé «Révolution!» et ont entonné des chants de Noël.

Après l'avoir encerclé et forcé à signer une lettre de démission, des manifestants lui ont arraché le document des mains, suscitant les applaudissements de la foule.

Pendant ce temps, des centaines de manifestants fracassaient des vitres, défonçaient des portes et saccageaient le bureau du gouverneur à Rivne, scandant «À bas la bande!», en référence au gouvernement de M. Ianoukovitch. Une fois à l'intérieur, la foule a chanté l'hymne national.

Des manifestants en colère ont aussi attaqué des bureaux gouvernementaux dans deux autres régions de l'ouest du pays.

Les manifestations sont surtout concentrées sur une grande place du centre-ville de Kiev, où des opposants maintiennent un vaste camp de tentes depuis près de deux mois. Mercredi, la police antiémeute a donné l'assaut pour démanteler des barricades érigées près du district gouvernemental, et deux manifestants ont été tués par balle dans les affrontements.

L'opposition a accusé la police d'être responsable des décès, mais le premier ministre Mykola Azarov a déclaré jeudi que les blessures des deux hommes avaient été causées par des fusils de chasse, des armes que la police ne possède pas, a-t-il dit.

Le ministère de l'Intérieur avait déclaré jeudi que 73 personnes avaient été arrêtées, dont 52 qui font l'objet d'une enquête pour «émeutes de masse», une accusation criminelle récemment créée qui prévoit une peine pouvant aller jusqu'à huit ans de prison.

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