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Ukraine: l'opposition lance un ultimatum au pouvoir après les affrontements meurtriers

23/01/2014 04:04 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

L'opposition ukrainienne a menacé le président Viktor Ianoukovitch d'une offensive jeudi faute de concessions, après plusieurs jours d'une flambée de violences qui a fait cinq morts dans le centre de Kiev.

Manifestants et forces anti-émeutes étaient tenus à distance jeudi matin par une barricade de pneus enflammée. Mais le face à face restait très tendu et les leaders de l'opposition ont lancé un ultimatum au pouvoir.

"Il y a deux solutions: faire cesser le bain de sang et maintenir en vie tous ceux qui sont sur Maïdan", l'autre nom de la place de l'Indépendance, a lancé mercredi soir Arséni Iatseniouk, chef de file du parti de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko.

"Si cette voie n'est pas celle qui est choisie, je le dis pour moi: je ne vivrai pas dans la honte. Nous irons tous ensemble de l'avant, même si le résultat doit être une balle en plein front", a-t-il poursuivi, devant des dizaines de milliers de personnes.

"Si Ianoukovitch ne fait pas de concessions, demain (jeudi) nous passons à l'offensive", a déclaré de son côté l'ex-boxeur Vitali Klitschko, réclamant la convocation d'élections anticipées.

Nouvelle rencontre jeudi

Les représentants de l'opposition devaient rencontrer le chef de l'Etat dans la journée de jeudi, après de premières négociations qui n'ont rien donné la veille.

Le mouvement, lancé il y a deux mois par le refus du pouvoir de signer un accord avec l'Union européenne au profit d'un rapprochement avec la Russie, a repris de l'ampleur depuis l'adoption d'une loi renforçant nettement les sanctions contre les manifestants, entrée en vigueur mercredi.

Il a tourné depuis dimanche à la guérilla urbaine, donnant lieu à des combats d'une violence inédite dans cette ex-république soviétique.

Les affrontements se sont encore intensifiés mercredi avec plusieurs assauts des forces anti-émeutes, assistées d'un véhicule blindé, sur les barricades dressées par les manifestants rue Grouchevski, à quelques centaines de mètres de la place de l'Indépendance.

Les assauts ont donné lieu à des tirs nourris de grenades lacrymogènes et assourdissantes de la part de la police, équipée de canons à eau malgré une température de -10 degrés, les manifestants répliquant à l'aide de cocktails Molotov.

Le coordinateur du centre médical de l'opposition, Oleg Musiy, a indiqué mercredi avoir dénombré cinq morts et environ 300 blessés.

Selon le site Ukrainska Pravda, quatre des cinq personnes tuées avaient des blessures par balles.

Moscou n'interviendra pas

Protégés par des casques et des protection de fortune, des dizaines de manifestants restaient mobilisés jeudi derrière la barrière de pneus enflammées, constituant un rideau d'épaisse fumée noire de plus de dix mètres. Ils lançaient épisodiquement cocktails Molotov et pavés, dont ils ont constitué d'importantes réserves. La police répliquait avec des grenades assourdissantes.

Même très tendu, le face à face restait relativement calme au vu des combats des jours précédents, qui ont été condamnés par les pays occidentaux.

L'Union européenne a averti qu'elle allait "étudier de possibles actions et les conséquences" pour ses relations avec l'Ukraine, tandis que Washington a annoncé de premières sanctions.

La Russie, de son côté, a promis de ne pas intervenir, se disant "convaincue" que les autorités ukrainiennes "savent ce qu'il faut faire et trouveront la meilleure solution pour faire revenir la situation à la normale et rétablir la paix".

"Nous ne pensons pas avoir le droit d'intervenir dans les affaires intérieures de l'Ukraine de quelque manière que ce soit", a expliqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, dans un entretien publié jeudi sur le site du quotidien populaire Komsomolskaïa Pravda.

Les affrontements à coups de cocktails Molotov, tirs de balles en caoutchouc et grenades assourdissantes, qui n'ont pas cessé depuis dimanche, ont fait plus de 1.700 blessés, selon l'opposition.

Les autorités ont annoncé l'arrestation d'au moins 70 personnes.

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