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L'impact d'Eugenie Bouchard sur le tennis, comme Nadia Comaneci en gymnastique

23/01/2014 12:23 EST | Actualisé 25/03/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'engouement entourant Eugenie Bouchard pourrait avoir un impact aussi important sur le tennis québécois que celui qu'a eu Nadia Comaneci sur la gymnastique après les Jeux olympiques de Montréal.

C'est ce qu'a indiqué Eugène Lapierre, vice-président du tennis professionnel au Québec, jeudi, au lendemain du dernier match de Bouchard aux Internationaux d'Australie.

Le grand patron de la Coupe Rogers de Montréal a dit n'avoir jamais vu autant de fébrilité autour d'un exploit de tennis, même quand Sébastien Lareau a raflé une médaille d'or aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, et même lors de l'étonnant parcours de l'équipe canadienne masculine jusqu'en demi-finale de la Coupe Davis, l'an dernier.

«J'ai l'impression que c'est le début d'une nouvelle ère pour le tennis», a-t-il lancé lors d'un point de presse de Tennis Canada, auquel il a participé en compagnie de Louis Borfiga, vice-président du développement de l'élite, et de Mike Bouchard, le père d'Eugenie.

«On se souvient des Jeux olympiques de 1976 et de Nadia Comaneci, alors que pendant quelques années, tous les clubs de gymnastique ont accueilli bon nombre de petites filles qui voulaient l'imiter. On a eu le même phénomène au tennis en Russie avec Anna Kournikova, et ensuite Maria Sharapova, alors que toutes les jeunes sportives russes se sont mises à graviter sans y penser vers le tennis.»

Le fabuleux parcours de la Québécoise de 19 ans s'est arrêté face à la Chinoise Li Na, jeudi, en demi-finale à Melbourne. Bouchard était la première Canadienne depuis 1984 à atteindre le carré final d'un des quatre tournois du Grand Chelem.

Mais surtout, cette percée inattendue a attiré l'attention de bon nombre de gens en dehors des cercles habituels du tennis.

«Ça va certainement amener beaucoup plus d'enfants à jouer au tennis, a convenu Borfiga. Et quand on aura une base plus importante, on pourra avoir encore plus de bons joueurs. C'est un peu là que se situe la différence entre le Canada et des pays comme l'Espagne et la France — la base est beaucoup moins nombreuse ici que là-bas.»

«En élargissant la base, on va décupler nos chances de développer d'autres champions, a renchéri Lapierre. Et aussi, ça va amener les gens à faire du sport toute leur vie puisqu'en adoptant le tennis, ils vont pratiquer un sport qu'ils peuvent jouer à n'importe quel âge.»

L'exploit de Bouchard, qui lui permettra de se faufiler parmi les 20 premières joueuses au monde, a eu un impact qui s'est fait sentir de manière tangible depuis trois jours aux bureaux de Tennis Canada, a reconnu Lapierre. Celui-ci a estimé que depuis le début de la semaine, il s'est vendu de 500 à 600 billets par jour en vue de la prochaine Coupe Rogers — qui accueillera les femmes cet été au stade Uniprix — et du duel de la Fed Cup qui mettra aux prises le Canada et la Serbie en février à Montréal.

«Le téléphone sonne déjà pour la Coupe Rogers, c'est inhabituel au mois de janvier, a-t-il noté. On a eu de belles performances (de Canadien et des Canadiennes) par le passé, mais là on a l'impression d'être assis sur quelque chose.

«On pense maintenant que ce sont nos joueurs qui vont faire le spectacle (à la Coupe Rogers), et je pense que ça va changer la donne», a ajouté Lapierre, en faisant allusion aux succès des Canadiens Milos Roanic et Vasek Pospisil, l'été dernier, à Montréal.

Borfiga a qualifié la progression de Bouchard de «fulgurante», reconnaissant que celle-ci a été plus rapide qu'il ne s'y attendait. C'est pourquoi il a prévenu que malgré sa percée des deux dernières semaines, il faut «lui laisser le temps de progresser».

«Elle doit s'améliorer au niveau physique et devenir un peu plus rapide dans sa couverture du terrain, mais c'est un peu normal, elle n'a que 19 ans, a dit Borfiga. Elle doit aussi prendre l'habitude de jouer régulièrement contre des joueuses de premier plan. Et ça, ça ne s'apprend pas à l'entraînement. C'est à force d'affronter les Williams, Li Na, Sharapova et Azarenka qu'elle va hisser son niveau de jeu.»

Mike Bouchard, le père d'Eugenie, sait depuis longtemps que sa fille fait preuve d'une belle maturité. Mais il a quand même été impressionné par l'aplomb qu'elle a affiché à Melbourne.

«J'ai été très heureux de constater sa force mentale dans le match contre Ivanovic, alors qu'elle a haussé son niveau de jeu après le premier set, a-t-il souligné. Je savais qu'elle avait cette qualité-là, mais je l'ai vraiment constaté cette semaine.»

Sylvain Bruneau, l'entraîneur de l'équipe canadienne féminine, a vécu le même phénomène, sauf qu'il était sur place pour y assister.

«Elle a d'ailleurs montré cette capacité de s'accrocher dès le début du tournoi, a souligné en conférence téléphonique celui qui a travaillé de concert avec Nick Saviano, l'entraîneur personnel de Bouchard, pendant le tournoi. Elle a sauvé des balles de set à ses deux premiers matchs, puis elle est revenue en force après avoir perdu le premier set à ses deux matchs suivants, dont celui contre Ivanovic.

«Et ça s'est manifesté aussi par sa capacité à contrôler sa nervosité, alors qu'elle a su garder ses repères peu importe le contexte.»

Malgré le tourbillon des derniers jours, Mike Bouchard vit bien avec toute l'attention dont sa fille fait l'objet.

«Je suis content de la façon dont elle se comporte sur le court mais aussi en dehors, a-t-il affirmé. Je la félicite, je trouve qu'elle a une attitude fantastique. Et si elle peut être une ambassadrice pour le tennis et avoir des partisans partout dans le monde, tant mieux pour le sport, tant mieux pour elle.

«Je la suis un peu comme un fan qui s'adonne à être son père, et je regarde son évolution en disant que c'est formidable.»

Bouchard pourra profiter de quelques jours de congé puisque c'est seulement dans un peu plus d'une semaine que commencera le camp d'entraînement en vue du duel de la Fed Cup. Celui-ci aura lieu les 8 et 9 février au Complexe sportif Claude-Robillard.

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