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La Pologne, avocate de l'Ukraine dans l'UE, inquiète par la situation à Kiev

23/01/2014 07:01 EST | Actualisé 25/03/2014 05:12 EDT

La Pologne, grande promotrice du rapprochement de l'Ukraine, sa voisine, avec l'Union européenne, suit avec une inquiétude particulière les affrontements sanglants entre manifestants pro-européens et forces de l'ordre à Kiev.

"La situation en Ukraine rappelle énormément celle en Pologne, peu avant l'introduction de l'état de siège" en décembre 1981 par le général Wojciech Jaruzelski pour mater le syndicat Solidarité, s'inquiète Zbigniew Bujak, l'un des dirigeants historiques du syndicat, qui s'est vu interdire mercredi l'entrée en Ukraine.

Dawid Dabrowski, un Varsovien d'une trentaine d'années interrogé par l'AFP, dresse tout de suite le même parallèle. "A l'époque de Solidarité, le pouvoir tirait aussi sur les gens. Mais les Polonais n'étaient pas aussi divisés que les Ukrainiens. L'ouest de l'Ukraine veut l'adhésion à l'UE et l'est ne la veut pas", souligne-t-il.

David n'a aucun mal à suivre les événements en Ukraine. Tout au long de la journée, les télévisions d'informations en continu polonaises retransmettent en direct les images de Kiev, alors que les politologues ne quittent pratiquement pas les studios de télévision en commentant la situation.

Les journaux, toutes tendances confondues, s'inquiétent de l'avenir de l'Ukraine. "Ce régime a franchi le Rubicon. L'Ukraine est au bord d'un précipice. En ce moment dramatique, il faut le dire clairement : la démocratie polonaise se range du côté de la démocratie et de la souveraineté ukrainiennes", a déclaré l'historien Adam Michnik, grande figure de l'opposition anticommuniste et directeur du quotidien Gazeta Wyborcza.

"Il y a une forte communauté d'esprit avec l'Ukraine, du fait d'un passé communiste commun, et puis il y a beaucoup d'Ukrainiens qui vivent et travaillent aujourd'hui en Pologne où ils sont très bien reçus",", explique à l'AFP Maria Przelomiec, spécialiste de l'espace post-soviétique.

Selon les estimations, quelques 200.000 Ukrainiens travaillent en Pologne, effectuant principalement des travaux peu rémunérés.

"Certains Polonais s'inquiètent aussi de ce qui pourrait arriver si la situation devait encore s'aggraver en Ukraine, et si la Pologne devrait accueillir les réfugiés de ce pays", ajoute Mme Przelomiec.

L'épiscopat catholique de Pologne a adressé jeudi une lettre de solidarité au peuple ukrainien. "C'est avec une profonde préoccupation que nous suivons la lutte du peuple frère ukrainien", ont écrit les évêques.

"Aussi, à une période si difficile pour la nation ukrainienne, souhaitons-nous renouveler l'expression de notre unité et proximité fraternelles, et assurer de la solidarité de tous les évêques polonais avec vous", ont-ils souligné.

Les hommes politiques suivent la situation de très près. La Pologne fut, avec la Suède, promotrice du Partenariat oriental destiné à rapprocher les anciens pays du bloc soviétique à l'UE.

"Nous appelons les deux parties à la retenue, mais la raison première de ce qui s'est passé, c'est l'abandon du chemin vers l'Europe et des réformes, et l'adoption (par le Parlement ukrainien) de lois répressives", a déclaré mercredi le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski, tout en dénonçant "la kleptocratie et la répression" en Ukraine.

L'Ukraine "s'éloigne de l'Union européenne de façon évidente et rien ne semble indiquer qu'elle fera demi-tour", a-t-il ajouté.

Le président polonais Bronislaw Komorowski s'est, lui, entretenu au téléphone avec son homologue ukrainien Viktor Ianoukovitch.

"Profondément inquiet de l'aggravation du conflit interne en Ukraine, il a appelé à l'arrêt de l'effusion du sang", selon son conseiller Jaromir Sokolowski.

Les Polonais dans la rue soulignent l'impuissance du monde politique occidental face aux événements en Ukraine.

"Le gouvernement polonais, de même que toute l'UE, ne fait rien pour l'Ukraine, comme s'ils ne savaient pas s'ils voulaient vraiment l'Ukraine dans l'UE. Il n'y a ni sanctions, ni d'autres réactions", estime Dawid Dabrowski.

Pour Piotr Kaczor, un employé de banque de 30 ans "la Pologne ne peut pas se mêler des affaires internes de l'Ukraine, seulement si les Ukrainiens nous demandent une aide, financière, médiatrice ou autre".

"C'est aux Ukrainiens seuls de faire leurs propres choix, même de commettre des erreurs", dit-il.

Selon un habitant de Varsovie qui refuse de dévoiler son nom, "on ne peut rien faire pour eux".

"Que voulez-vous qu'on fasse? Envoyer nos chars? La Russie y a ses intérêts et elle ne lâchera pas", dit-il.

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