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Isle-Verte: cinq morts confirmés et une trentaine de personnes manquantes

23/01/2014 05:28 EST | Actualisé 25/03/2014 05:12 EDT

L'ISLE-VERTE, Qc - Les victimes coincées dans l'incendie d'une résidence pour personnes âgées, qui a fait au moins cinq morts et une trentaine de disparus jeudi, criaient et sautaient de leur balcon, pendant que les pompiers et voisins de l'édifice étaient impuissants à cause de l'intensité du brasier et de la fumée, a raconté jeudi un témoin.

Pascal Fillion a été réveillé par sa colocataire, peu après 1h jeudi matin, parce que l'immeuble de 52 logements près duquel il habite était la proie des flammes.

Quelques heures après l'incendie, vers midi, alors que les pompiers venaient de l'éteindre, M. Fillion n'avait pas encore dormi, aux prises avec les images d'horreur dont il a été témoin lorsqu'il est sorti de chez lui pour aider les secours sur place.

Selon M. Fillion, la puissance de l'incendie et les forts vents ont forcé les pompiers et les autres personnes accourues sur place à assister, impuissants, à la détresse des victimes coincées dans la Résidence du Havre.

«C'était vraiment intense, j'entendais du monde crier dans le bâtiment. J'ai même vu un gars brûler», a-t-il dit.

Des pompiers ont réussi à secourir certains résidents, dans le tiers de l'édifice qui était encore debout après l'incendie, mais leur intervention a été compliquée par l'épaisse fumée qui s'en dégageait, a observé M. Fillion.

«Il y en a qui ont essayé de sauver du monde, mais si ça n'avait pas été du vent, ça aurait été plus facile, a-t-il dit. J'ai vu du monde tomber à terre, intoxiqués par la boucane parce qu'ils essayaient de sauver du monde. Ce n'est pas chose vraiment agréable à voir.»

À un certain moment, les pompiers ont tenté en vain d'atteindre un homme qui était prisonnier sur son balcon. Même si une échelle a été déployée, il était impossible d'aller le chercher, a raconté M. Fillion.

«Il criait, il criait, je suis allé chercher les pompiers, mais c'était rendu trop intense, on ne pouvait plus rien faire, a-t-il dit. Je l'ai vu tomber par terre, le feu avait pris sur lui, il est mort vraiment horriblement. Mais il n'y avait rien à faire.»

M. Fillion a affirmé que sur place, les témoins du drame étaient en état de choc à cause de leur impuissance.

«Je voyais du monde pleurer, j'ai vu du monde s'écrouler, parce qu'ils voyaient ce monde-là brûler et les entendaient crier, a-t-il dit. Il y a du monde, je voyais ça, ça tombait à terre. Je n'ai jamais vu quelque chose aussi horrible que ça.»

Le chef des pompiers Yvan Charron a déclaré que la force du brasier, jumelée au vent et au froid, a compliqué l'intervention des pompiers volontaires de la petite municipalité de L'Isle-Verte, 30 km à l'est de Rivière-du-Loup, qui a reçu l'aide de services d'incendie de la région.

«C'était un brasier total, on a sorti un tiers de la bâtisse qui était encore debout, qui a été évacuée à 100 pour cent, mais le froid complique bien les choses.»

Le feu s'est déclaré durant la nuit alors que le mercure se situait sous la barre des 20 degrés Celsius, ce qui a causé le gel des équipements des pompiers, a indiqué M. Charron lors d'une conférence de presse des autorités.

«Il y a des camions qui ont gelé, des pompes qui ont gelé, des boyaux, mais on s'en est quand même bien sorti par rapport à ça parce qu'on a réussi à dégeler», a-t-il relaté.

En soirée jeudi, le nombre total de victimes demeurait inconnu, tout comme l'identité des cinq résidents dont les décès ont été constatés.

Malgré la violence du brasier et la glace qui recouvre maintenant les corps de certaines des victimes, le Bureau du coroner a indiqué, jeudi soir, qu'il serait néanmoins possible de procéder à l'indentification des corps.

«On a confiance de pouvoir en arriver à des identifications par nos méthodes habituelles, soit des identifications visuelles, circonstancielles, des particularités physiques, de l'ADN ou de l'odontologie. Il est cependant difficile de donner des délais précis», a indiqué Geneviève Guilbault, porte-parole du Bureau du coroner, à l'occasion d'un point de presse.

Les services ambulanciers ont effectué au total 23 transports de résidents, dont 13 vers des hôpitaux, tandis que les 10 autres sinistrés ont été dirigés vers des centres d'hébergement.

Les enquêteurs de la Sûreté du Québec ont pu avoir accès au site en fin de journée jeudi, mais la glace qui recouvre les décombres rend complexe la recherche des dépouilles des victimes, a expliqué le capitaine Guy Lapointe, sans pouvoir préciser d'échéancier.

«Il a fallu utiliser de l'eau pour circonscrire les flammes, on parle d'un édifice de trois étages qui s'est effondré. Ajouter à cela que l'eau a gelé, comme il fait très froid à l'extérieur, alors tout cela complique l'intervention sur la scène», a-t-il expliqué.

Les autorités ont fait savoir que même en fin de soirée, le feu couvait encore sous les décombres, empêchant d'explorer librement le site de la tragédie.

La Sûreté du Québec a indiqué qu'elle devrait entamer la fouille des décombres seulement vendredi matin, et ce, pour des raisons de sécurité.

«Pendant la nuit, nous allons déployer des équipements pour pouvoir travailler au matin, à la lumière du jour et en toute sécurité. Nous aurons un travail colossal dans des conditions climatiques très difficiles», a indiqué M. Lapointe.

Plusieurs personnes âgées habitant dans l'immeuble avaient une mobilité réduite, a expliqué le fils d'une des résidentes qui était toujours sans nouvelles de sa mère, jeudi avant-midi.

Devant la Résidence du Havre, Jacques Bérubé, regardait les décombres de l'immeuble ravagé par les flammes.

Adrienne Dubé, âgée de 99 ans, est non voyante mais autonome, a expliqué M. Bérubé, qui s'est rendu en vain pour la retrouver à l'hôpital de Rivière-du-Loup, ainsi qu'à une école de L'Isle-Verte où les résidents ont d'abord été transportés.

L'homme de 70 ans se préparait au pire.

«Je suis allé voir près du bâtiment: le coin où était sa chambre est brûlé, a-t-il laissé tomber. Il reste à suivre les autres événements, que j'aime pas. Mais je n'ai pas le choix, ça fait partie d'une réalité.»

Selon M. Bérubé, l'autonomie limitée des résidents a certainement nui à leur évacuation.

«Il y a 58 personnes; ça aurait pris quelqu'un pour chaque personne», a-t-il souligné.

M. Charron a affirmé que l'édifice était équipé de gicleurs tant dans sa partie construite plus récemment que dans celle qui était plus vieille et qui a été rasée par les flammes.

Le chef des pompiers n'était pas en mesure de préciser le nombre de gicleurs, dans la vieille partie où il n'a pu entrer mais il a constaté qu'ils fonctionnaient.

«Oui ils fonctionnaient, on les entendait derrière la porte», a-t-il dit.

Des représentants du bureau du coroner, de la Sécurité civile et de l'Agence régionale de la santé et des services sociaux sont allés sur place.

Six psychologues et travailleurs sociaux ont aussi été dépêchés pour prendre soin des citoyens et proches éprouvés par la tragédie, a indiqué Daniel Lévesque, un représentant du Centre de santé et services sociaux de Rivière-du-Loup.

Des voisins immédiats de la résidence étaient toujours évacués, jeudi soir, en raison du périmètre de sécurité qui avait été érigé, a confirmé Jacques Bélanger, un représentant de la sécurité civile.

En raison du froid intense, les personnes affectées au site effectuent des rotations de 30 minutes, a ajouté M. Bélanger.

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