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Zakaïb: les projets de concurrents d'Accurso étaient mis de côté au Fonds

22/01/2014 11:17 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Dans un extrait d'écoute électronique entendu mercredi par la Commission Charbonneau, on apprend de la bouche d'Élaine Zakaïb, qui est aujourd'hui ministre du gouvernement Marois, que des dossiers ont été bloqués au Fonds de solidarité de la FTQ parce qu'ils émanaient d'entreprises concurrentes de Tony Accurso.

En mars 2009, Mme Zakaïb, qui travaillait à l'époque aux fonds régionaux du Fonds de solidarité, en informe Michel Arsenault, alors président de la FTQ et président du conseil d'administration du Fonds de solidarité.

«Tu sais que tous les dossiers qui étaient proches de la région de Montréal, ils les ont bloqués, hein?» lui confie Mme Zakaïb, aujourd'hui ministre déléguée à la Politique industrielle.

«Qui les a bloqués?» demande M. Arsenault.

«Bien, la construction. Ils les ont bloqués à cause de la concurrence d'Accurso, précise Mme Zakaïb. C'est sûr qu'on ne sortira jamais ça public, mais j'aime mieux que tu sois au courant. Tout ce qui a été présenté autour de Montréal, que ce soit Montérégie, Laval, Montréal est ou ouest, qui pouvait d'une manière ou d'une autre _ et des fois, ils étiraient l'élastique 'en bibitte' _ qui pouvait avoir de la compétition avec Accurso, ils ont été bloqués et on n'a pas pu les faire», avoue Mme Zakaïb.

Cette conversation a eu lieu lorsque M. Arsenault a appelé Mme Zakaïb pour obtenir une liste des entrepreneurs en construction avec lesquels les fonds régionaux ont fait affaires, parce qu'il voulait être mieux armé pour répondre aux questions des journalistes qui laissaient entendre que le Fonds ne fait pratiquement affaires qu'avec Accurso.

Jean Lavallée, ex-président de la FTQ-Construction, a vigoureusement nié que ce soit le cas. «Je n'ai jamais bloqué personne pour Tony Accurso!» a-t-il tonné devant la commission. «C'est pas moi qui ai bloqué, moi je ne bloque rien.»

Mme Zakaïb relate également à M. Arsenault que lorsqu'il est parti à cause de la controverse concernant ses notes de frais, l'ex-dg de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, lui avait confié qu'il songeait à se défouler et à dire ce qu'il savait sur le bras immobilier du Fonds, la SOLIM, et l'entrepreneur Accurso. Une guerre sévissait alors entre M. Dupuis et le président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée.

Mme Zakaïb avait alors tenté de calmer M. Dupuis en lui disant de réfléchir avant d'éclabousser l'organisation où il a passé toute sa vie, relate-t-elle à Michel Arsenault.

«Moi je n'ai pas posé aucune question, parce que le moins j'en sais, le mieux je me sens, tu sais?» ajoute-t-elle dans ce contexte.

Vingtaine de voyages

L'audience de mercredi a justement été consacrée en grande partie à la proximité qui existait entre Tony Accurso et Jean Lavallée, qui a également été président du conseil d'administration de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds.

M. Lavallée a admis être allé «une vingtaine de fois» en voyage aux frais de l'entrepreneur Tony Accurso, un homme qui est «un frère» pour lui.

Malgré ces nombreux voyages qu'il payait, Tony Accurso n'attendait rien en retour, assure M. Lavallée. «C'est un gars qui a un coeur large» et, avec lui, «tu n'es pas capable de payer», a justifié M. Lavallée

Il a objecté qu'il lui achetait parfois de bonnes bouteilles en cadeau, pour compenser, et payait parfois le repas au restaurant.

Le procureur de la commission, Me Cainnech Lussiaà-Berdou, lui a demandé s'il n'était pas indisposé par une si grande proximité. «Non, ça ne me gêne pas, puis je vous l'ai dit: c'est comme un frère pour moi. Puis je fais partie de sa famille. C'est plus qu'un ami, je le calcule comme un frère», s'est exclamé M. Lavallée.

La commission a fait un relevé des arrivées simultanées de MM. Accurso et Lavallée à l'aéroport et a comptabilisé 27 voyages seulement entre 2001 et 2010.

En plus de voyages aux Bahamas, Barbades, Maui (archipel d'Hawaii), St. Thomas (dans les Îles vierges américaines), il a fait trois cures d'amaigrissement en Allemagne.

Il a admis que M. Accurso payait pour lui, parfois aussi pour son épouse, et même pour ses neveux et nièces.

Le commissaire Renaud Lachance lui a demandé «combien ça vaut tout ça?» mais il a été incapable de l'évaluer.

M. Accurso a certes bénéficié des investissements du Fonds. «C'est vrai que des fois, il avait de super projets. Puis on le disait 'prenez Accurso, à cause que c'est avec lui qu'on fait de l'argent'. Regardez les rendements qu'on a faits avec Accurso. Et regardez avec le Fonds ce qu'il a fait. Je jasais avec, l'autre jour, et il m'a dit qu'il a fait au moins 100 millions $ de profits avec le Fonds», a rapporté M. Lavallée.

De nombreuses photos ont été déposées devant la commission, parfois prises sur Le Touch, le yacht de Tony Accurso, ou en Allemagne ou près d'une villa aux Barbades, à la plage, au golf, dans la mer, etc.

Sur certaines de ces photos, on voit aussi Robert Abdallah, qui a longtemps été directeur de la gestion des projets de construction chez Hydro-Québec avant d'occuper le poste de directeur général de la Ville de Montréal de février 2003 à mai 2006.

On y voit aussi Louis Bolduc, qui vient du syndicat des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce, affilié à la FTQ, et qui a également siégé au conseil du Fonds de solidarité et à celui de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds.

On y voit également l'ex-maire de Mascouche Richard Marcotte, de même que l'entrepreneur en construction Normand Trudel, arrêtés après une enquête sur des contrats municipaux sur la Rive-Nord de Montréal.

D'autres représentants de la FTQ-Construction paraissent sur certaines photos: Bernard Girard, de la section locale des opérateurs de machinerie lourde, affiliée à la FTQ-Construction, Eddy Brandone, un ancien secrétaire financier de la FTQ-Construction, et Rénald Grondin, de la section des manoeuvres, affiliée à la FTQ-Construction.

Après avoir abordé les dossiers de Tony Accurso, la commission s'est penchée sur ceux de Denis Vincent, un pilote d'hélicoptère, décrit devant la commission comme un proche de membres des Hells Angels.

M. Lavallée a d'abord nié que M. Vincent, un de ses amis, soit un proche de Hells Angels. Et il s'en est pris à la commission, qui laisse planer des rumeurs, selon lui. «Je ne suis pas un bum madame. J'ai travaillé toute ma vie!» s'est exclamé M. Lavallée en s'adressant à la juge France Charbonneau.

«Vous avez eu quelques moments de vacances quand même!» lui a répliqué du tac-au-tac le commissaire Renaud Lachance, en faisant référence aux nombreuses photos de voyage que la commission avait vues.

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