NOUVELLES

Transport par rail: les villes veulent des plans pour le pétrole et l'éthanol

22/01/2014 01:10 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

OTTAWA - Les municipalités canadiennes souhaitent l'instauration de plans d'intervention d'urgence pour le transport du pétrole brut et autres liquides inflammables, une mesure qui pourrait diminuer les risques du transport par rail, selon elles.

La Fédération canadienne des municipalités (FCM) a formulé cette requête à la ministre des Transports, Lisa Raitt, lors d'une rencontre mercredi. Elle a par ailleurs demandé à ce que le fédéral s'assure que la facture des interventions d'urgence ne soit pas systématiquement refilée aux contribuables, en exigeant des assurances suffisantes de la part des compagnies.

Cette réunion est survenue à la veille de la présentation de trois recommandations du Bureau de sécurité des transports (BST) liées à son enquête sur l'accident ferroviaire de Lac-Mégantic l'été dernier.

Depuis la tragédie, les procédures en cas de déraillement et la sécurité ferroviaire en général sont scrutées à la loupe.

Si le président de la FCM, Claude Dauphin, se dit heureux des progrès dans ses discussions avec le gouvernement fédéral, il note cependant que la «prochaine étape» sera de s'attaquer de front aux risques de sécurité des produits dangereux par rail.

Selon la loi, le transport de certaines marchandises dangereuses doit être accompagné d'un plan d'intervention d'urgence (PIU). Mais cette exigence ne s'applique pas au pétrole et autres liquides inflammables comme l'éthanol, une importante «lacune» du système, aux yeux de M. Dauphin. Transports Canada serait toutefois en train d'étudier la pertinence d'étendre les PUI à certains types de pétrole, une mesure qui pourrait être mise en vigueur cet été, selon M. Dauphin.

«À cela, on applaudit, mais en plus, on dit qu'il faut étendre ça à tous les liquides inflammables», a-t-il ajouté en entrevue.

Municipalités au front

Dans la foulée de l'accident du train de la Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA) dans le village estrien qui a coûté la vie à 47 personnes, le ministère fédéral des Transports avait émis de nouvelles directives quant à la sécurité ferroviaire. Désormais, les trains transportant des matières dangereuses doivent compter deux conducteurs, ils ne peuvent être laissés sans surveillance sur une voie principale et les cabines doivent être verrouillées.

En novembre, la ministre Raitt avait par ailleurs annoncé que les compagnies ferroviaires devront informer les municipalités du contenu de ce qu'elles transportent. Les villes n'ont toutefois pas cette information avant que le convoi traverse leur territoire. Si les liquides inflammables faisaient l'objet de PIU, elles pourraient avoir accès à ces données en amont et se préparer en conséquence.

«Nous, les municipalités, on est au front. Et jusqu'à tout récemment, on n'était au courant de rien», a lancé M. Dauphin.

«(On veut être) consultées, autant par le gouvernement canadien que par l'industrie privée des chemins de fer. Lorsqu'il y a une gestion des risques à faire, qu'on ait un siège à la table.»

La rencontre entre les représentants des municipalités et Mme Raitt — une troisième du genre depuis la catastrophe — a duré un peu plus d'une heure. La ministre n'a pas accordé d'entrevue par la suite, mais elle a indiqué dans un communiqué que la responsabilité de la sécurité ferroviaire est partagée entre les acteurs de divers paliers.

«En travaillant en collaboration avec nos partenaires, en nous échangeant l'information et en disposant des outils et des ressources nécessaires, nous pouvons rendre le réseau ferroviaire du Canada plus sûr et plus sécuritaire», a-t-elle noté.

La question des polices d'assurance des compagnies de chemin de fer a également fait l'objet de discussions mercredi, a noté M. Dauphin, même si aucune décision n'a été prise pour l'instant.

«Il faut trouver un mécanisme pour que les compagnies ferroviaires soient adéquatement assurées, pour pas que le payeur de taxes soit pris avec la facture», a-t-il tranché. Il ignore toutefois quel devrait être le montant minimal de cette police d'assurance exigée par le gouvernement pour l'industrie.

Les craintes suscitées par le spectaculaire accident de Lac-Mégantic l'été dernier n'ont pas été apaisées par les récents déraillements. Au début du mois, les habitants de Plaster Rock au Nouveau-Brunswick ont frôlé la catastrophe quand un convoi du Canadien National a déraillé et pris feu tout près du village. L'incendie a forcé l'évacuation de 150 personnes.

PLUS:pc