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La première ministre Kathy Dunderdale quittera prématurément

22/01/2014 09:45 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

ST-JEAN, T.-N.-L. - La première ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Kathy Dunderdale, a annoncé mercredi sa démission et cessera également d'être à la tête du Parti progressiste-conservateur de la province vendredi.

Mme Dunderdale faisait face à une pression croissante de membres de son caucus qui remettaient son leadership en question.

Il s'agit d'une fin prématurée à la victoire historique du 11 octobre, 2011, alors que la première femme à la tête de la province — fille de pêcheur et faisant partie d'une grande famille de onze enfants — a décroché un gouvernement majoritaire.

Ses conservateurs avaient remporté 37 des 48 sièges, et Mme Dunderdale disait à ce moment ne pas souhaiter un seul mandat de quatre ans, mais bien deux mandats dans les plus hautes fonctions héritées du départ de la politique de Danny Williams en décembre 2010.

«L'un des principaux défis sera que je ne suis pas Danny Williams», avait-elle exprimé en référence à l'un des premiers ministres les plus populaires que la province a connus.

Ces mots reviendront hanter Mme Dunderdale. Trois années seulement après qu'elle soit devenue la chef incontestée du Parti progressiste-conservateur, des observateurs politiques soutiennent que la pente sera dure à remonter pour son parti avant les prochaines élections.

«Les anciens écrits hébreux nous enseignent qu'il y a un temps pour tout et une saison pour chaque activité sous le soleil, a indiqué Mme Dunderdale, mercredi. J'ai découvert que cela s'applique aussi à la fonction publique. De la même façon que l'on sait quand il est temps de prendre les devants, on sait également quand il est temps de prendre du recul, et ce temps est arrivé pour moi.»

Lundi, le député Paul Lane a quitté avec fracas le caucus gouvernemental pour joindre les rangs des libéraux. L'an dernier, le député Tom Osborne avait aussi quitté, d'abord à titre d'indépendant, avant de se rallier aux libéraux.

Mme Dunderdale, 61 ans, a pris la parole dans le hall de l'Assemblée législative de la province, entourée de membres du caucus qui l'ont applaudie et lui ont offert des accolades. Bien que le soutien de sa garde rapprochée semble se maintenir, le geste surprise du député d'arrière-ban Paul Lane de joindre les libéraux, lundi, a été un autre coup dur à son leadership.

M. Lane avait été l'un des plus fervents partisans de Mme Dunderdale, mais a soutenu qu'elle avait perdu contact avec ses électeurs. Il a fait valoir l'insatisfaction des électeurs à l'égard des restrictions accrues à l'accès à l'information, et déploré sa piètre gestion d'une série de pannes majeures d'électricité plus tôt ce mois-ci qui a touché à un certain moment 190 000 clients.

L'impression qu'elle donnait d'être au-dessus de la mêlée et de donner des leçons a atteint un sommet au coeur de ces interruptions de courant, alors qu'elle a suscité la grogne de plusieurs résidants en refusant de parler d'une crise.

Le fait que Mme Dunderdale devait suivre dans les pas d'un dirigeant aussi populaire que Danny Williams n'a pas aidé, a souligné Kelly Blidook, politologue à l'Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador.

«Ce serait ardu pour quiconque dans cette situation, et, dans son cas, elle était simplement perçue comme n'ayant pas la même capacité de rejoindre (les gens)», a-t-il expliqué.

Tout de même, Mme Dunderdale a affirmé qu'elle laisse la province en meilleur état et a fait la liste des réussites de son gouvernement, incluant le projet hydroélectrique de Muskrat Falls et une économie plus vigoureuse.

«En tant que première femme à servir comme première ministre, j'espère que j'aurai allumé les flammes de l'imagination chez les jeunes filles de notre province, et que je les aurai inspirées à envisager le service public», a-t-elle déclaré, avant de prendre la main de sa fille.

Le départ de Mme Dunderdale laisse les conservateurs avec 34 sièges à la législature. Les libéraux en ont neuf, le NDP trois et deux membres siègent comme indépendants.

L'intérim sera assumé par le ministre des Finances, Tom Marshall.

Alors que Mme Dunderdale annonçait sa démission, mercredi, il y eut un moment où elle dû retenir ses larmes.

«Le service public signifie toujours de grands sacrifices pour les familles, et cela n'a pas été différent pour la mienne», a-t-elle exprimé, portant son regard sur sa fille Sara.

«Mais ma famille a été absolument extraordinaire. Je n'aurais pas pu servir autrement», a-t-elle ajouté.

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