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La conférence de paix sur la Syrie bloque sur l'avenir du président El-Assad

22/01/2014 05:25 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

MONTREUX, Suisse - La conférence internationale sur la paix en Syrie a débuté, mercredi en Suisse, par un affrontement verbal acrimonieux concernant l'avenir du président Bachar el-Assad, un désaccord qui menace de faire dérailler les discussions avant même qu'elles aient commencé.

Quelques heures après le début de la conférence à Montreux, les positions des deux camps semblaient impossibles à réconcilier. Tant les représentants du régime syrien que les délégués de la Coalition nationale syrienne ont affirmé qu'ils étaient les représentants légitimes du peuple syrien.

«Nous ne nous attendons pas à des progrès instantanés. (...) Personne n'a sous-estimé les difficultés», a déclaré aux journalistes le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, à la fin de la journée. «Le peuple syrien souhaite désespérément un soulagement du cauchemar dans lequel il est pris.»

Un médiateur de l'ONU rencontrera séparément les deux parties syriennes jeudi pour voir si elles sont en mesure de s'asseoir face à face lors des négociations formelles, qui doivent commencer vendredi.

Le médiateur, Lakhdar Brahimi, a déclaré que les deux parties avaient montré une certaine ouverture à permettre un plus grand accès de l'aide humanitaire et à respecter des cessez-le-feu locaux. Il a dit espérer pouvoir faire progresser les discussions sur cette base.

À l'ouverture de la conférence, le secrétaire d'État américain, John Kerry, a déclaré que la décision du président syrien de répondre aux manifestations pacifiques par la force lui enlevait toute légitimité, tandis que le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Moallem, a affirmé que personne, à l'extérieur de la Syrie, n'avait le droit de changer le gouvernement.

L'opposition syrienne a pour sa part affirmé que l'objectif principal de la conférence était de mettre sur pied un gouvernement de transition sans Bachar el-Assad.

«Nous devons vraiment faire face à la réalité», a déclaré M. Kerry. «Il n'est pas possible (...) que l'homme qui a mené la réponse brutale à son propre peuple puisse retrouver la légitimité de gouverner. Cet homme et ceux qui l'ont soutenu ne peuvent plus garder tout un pays et une région en otage.»

«Le droit de diriger un pays ne vient pas de la torture, des barils d'explosifs et des missiles Scud. Il vient du consentement du peuple», a ajouté le secrétaire d'État américain.

La réponse a été claire et ferme.

«Il n'y aura pas de transfert du pouvoir et le président Bachar el-Assad reste en poste», a affirmé le ministre syrien de l'Information, Omran el-Zoubi, devant les journalistes.

Le discours de M. Kerry a été suivi de celui du ministre syrien des Affaires étrangères, qui a refusé de descendre de la tribune après avoir écoulé le temps qui lui était accordé, malgré les demandes répétées du secrétaire général de l'ONU.

«Vous vivez à New York. Je vis en Syrie», lui a lancé M. Al-Moallem avec colère. «J'ai le droit de donner la version syrienne ici dans ce forum. Après trois ans de souffrances, c'est mon droit.»

M. Al-Moallem a affirmé que personne, sauf les Syriens, ne pouvait déloger Bachar el-Assad du pouvoir. Il a aussi accusé les pays occidentaux et des pays voisins de la Syrie — particulièrement l'Arabie saoudite, qu'il n'a pas nommée — de fournir de l'argent, des armes et des combattants étrangers à la rébellion.

«L'Occident affirme publiquement qu'il lutte contre le terrorisme, tout en l'alimentant secrètement», a-t-il dit. «Les Syriens présents dans cette salle (les membres de l'opposition) ont participé à tout ce qui s'est passé, ils ont mis en place et facilité le bain de sang, tout cela au détriment du peuple syrien qu'ils affirment représenter.»

Au moins 130 000 personnes ont été tuées depuis le début du soulèvement et de la guerre en Syrie, en mars 2011. Les affrontements ont forcé des millions de Syriens à quitter leur maison pour trouver refuge ailleurs, sur le territoire syrien ou dans les pays voisins.

La question de l'avenir du président Bachar el-Assad est au coeur de la conférence de paix à Montreux, dont l'objectif affiché est de mettre sur pied un gouvernement de transition en Syrie. L'un des grands absents à la conférence est l'Iran, le plus important soutien international du régime syrien avec la Russie. Le secrétaire général de l'ONU avait invité l'Iran à la dernière minute, puis a retiré son invitation lundi, après que l'opposition syrienne eut menacé de boycotter les discussions moins de 48 heures avant leur commencement.

Le chef de la Coalition nationale syrienne, Amhad al-Jarba, a déclaré mercredi que toute discussion visant le maintien au pouvoir de Bachar el-Assad provoquerait la fin immédiate des négociations. La mise sur pied d'un gouvernement de transition «est le seul sujet de discussion pour nous», a-t-il dit.

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