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Guerre des mots, accusations: début tendu de la conférence de Genève sur la Syrie

22/01/2014 07:37 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

Guerre des mots, accusations de "trahison", appels répétés au départ de Bachar al-Assad: la conférence de paix de Genève II à Montreux a connu mercredi un début difficile, grandes puissances et négociateurs syriens campant sur leurs positions dans un climat très tendu.

Réunis sur les bords suisses du Lac Léman, la quarantaine de représentants de pays et d'organisations n'ont pas attendu longtemps avant de constater que le fossé restait gigantesque entre le régime de Bachar al-Assad et l'opposition syrienne en exil.

Ouvrant la conférence, prélude avant des négociations entre les seules délégations syriennes dès vendredi à Genève, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a rappelé à tous l'enjeu de la rencontre, synonyme "d'espoir" après trois ans d'affrontements meurtriers.

"Tous les Syriens ont les regards tournés vers vous aujourd'hui", a-t-il dit en s'adressant aux deux délégations syriennes qui se faisaient face à quelques mètres de distance.

La Russie et les Etats-Unis, qui ont oeuvré en coulisses pour la tenue de cette conférence, ont également appelé les Syriens à saisir une opportunité "historique", le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov prévenant que les négociations ne seraient"ni simples, ni rapides".

Mais avec l'intervention du secrétaire d'Etat américain John Kerry, le ton a changé. "Bachar al-Assad ne prendra pas part au gouvernement de transition. Il est impossible, inimaginable, que cet homme qui a mené une telle violence contre son propre peuple puisse conserver la légitimité pour gouverner", a-t-il lancé.

Piqué au vif, le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem lui a répondu vertement: "Monsieur Kerry, personne au monde n'a le droit de conférer ou de retirer la légitimité à un président (...) sauf les syriens eux-mêmes".

La question du sort de M. Assad, au centre de tous les débats depuis le début du mouvement de contestation en mars 2011, a plané sur toute la conférence.

Russes et Américains continuent ainsi de s'opposer sur l'interprétation des principes édictés en juin 2012 lors de la conférence de Genève I. Les Occidentaux parlent de formation d'un gouvernement de transition sans Bachar al-Assad, une condition que réfutent les Russes et les Syriens pro-Assad.

Sergueï Lavrov a mis en garde contre "les tentatives d'interpréter ce document (Genève I) d'une façon ou d'une autre".

Se joignant à l'appel de John Kerry, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a martelé que la conférence n'avait pas pour but de parler de "terrorisme", comme le souhaite Damas, mais d'un "gouvernement de transition".

"Il s'agit (...) non pas de lancer des invectives ou des slogans de propagande, non pas de gagner du temps non pas de prononcer des discours en répétant le mot terrorisme", a déclaré M. Fabius. "Il s'agit de rechercher un accord politique pour la Syrie concernant cette autorité de transition dotée des pleins pouvoirs exécutifs", a-t-il ajouté.

"traîtres et agents à la solde de l'ennemi"

Le discours de Walid Mouallem a aussi été l'occasion d'une vive passe d'armes entre le secrétaire général de l'ONU et le ministre syrien des affaires étrangères.

Le responsable syrien, à l'instar du chef de l'opposition, avait dix minutes de temps de parole. Mais après 20 minutes de discours, Ban Ki-moon s'est décidé à interrompre M. Mouallem qui restait sourd aux sonnettes répétées lui demandant de conclure.

"Vous vivez à New York et moi je vis en Syrie, j'ai le droit de donner la version syrienne ici devant ce forum", a lancé M. Mouallem au patron des Nations unies.

La remarque n'a pas plu au secrétaire général de l'ONU qui rappellera à M. Mouallem, enfin silencieux après 35 minutes de discours, que son intervention était contraire à "l'atmosphère constructive" qu'il avait appelée de ses voeux à l'ouverture de la conférence.

Le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem a également qualifié les représentants de l'opposition assis en face de lui de "traîtres" et d'"agents à la solde des ennemis" de la Syrie.

Le choix de cette "réthorique incendiaire" par le régime syrien a été rapidement dénoncé par un communiqué de la porte-parole du Département d'Etat, Jen Paski.

Pour sa part le chef de la délégation de l'opposition, Ahmad Jabra, a appelé le président Bachar al-Assad à remettre son pouvoir à un gouvernement de transition conformément à la déclaration de Genève I.

La réunion de Montreux devrait en tout cas aider à préparer la réunion vendredi à l'ONU, à Genève, impliquant uniquement les deux délégations syriennes et l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue Arabe Lakhdar Brahimi.

Ce devrait être le début d'un long processus, de sept à dix jours dans une première étape, selon un membre de la délégation russe cité par l'agence Interfax.

kat-pjt/phv

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