POLITIQUE

Les liens entre Lavallée et Accurso scrutés par la commission Charbonneau

22/01/2014 09:37 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT
CEIC

L'ex-président de la FTQ-Construction Jean Lavallée admet que Tony Accurso l'a invité à ses frais une vingtaine de fois dans le sud, notamment pour des séjours sur son luxueux yacht, le Touch. Un ancien membre du C.A. de la SOLIM, Louis Bolduc, et l'ex-directeur général de la Ville de Montréal Robert Abdallah ont aussi bénéficié à plusieurs reprises de la générosité de M. Accurso.

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Les photos de Jean Lavallée en vacances

« Il payait tout », dit l'ex-président du C.A. de la SOLIM Jean Lavallée, qui ajoute que l'entrepreneur faisait de même lorsqu'il venait accompagné de sa femme ou d'autres membres de sa famille.

M. Accurso était un ami au « grand coeur » qui insistait pour payer, a plaidé M. Lavallée, ajoutant qu'il se rattrapait alors avec des cadeaux, comme une bouteille de cognac à 2000 $.

« C'est comme un frère pour moi, je fais partie de sa famille! »

— Jean Lavallée

Mais l'ancien membre du C.A du Fonds de solidarité FTQ soutient que l'entrepreneur, qui était alors un important partenaire du Fonds et de son bras immobilier, n'exigeait aucune faveur en échange. Jean Lavallée affirme qu'ils étaient tout simplement deux amis qui souhaitaient passer leurs vacances ensemble.

Il ajoute que si plusieurs autres membres de la FTQ ont aussi été dans le sud avec eux dans les années 2000, notamment sur le Touch - comme Louis Bolduc, Eddy Brandone, Bernard Girard - il ne peut dire si leur présence pouvait être liée à un échange de faveurs : « C'est pas moi qui invitais le monde ».

Abdallah et Bolduc étaient des habitués

Parmi les individus fréquemment invités en vacances par M. Accurso que l'on voit sur les photos présentées par la commission, outre Jean Lavallée, on retrouve notamment Robert Abdallah.

M. Abdallah a été directeur principal des projets de construction à Hydro-Québec jusqu'en 2003, avant de devenir directeur général de la Ville de Montréal jusqu'à sa démission, en mai 2006. « C'est un ami de Tony », a précisé l'ex-président du C.A. de la SOLIM, qui ajoute que la FTQ-Construction avait beaucoup de contrats avec Hydro-Québec.

Robert Abdallah apparaît sur de nombreuses photos de voyage avec MM. Lavallée et Accurso, dont une prise aux Bahamas en mars 2002 et d'autres sur le Touch, le yacht de Tony Accurso, mis à l'eau à l'été 2004.

Pour sa part, Louis Bolduc, qui a longtemps été directeur québécois des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) et membre des C.A. du Fonds et de la SOLIM, s'est lui aussi fait payer par Tony Accurso des séjours dans le sud, notamment sur le Touch. Il a quitté ces fonctions cet automne.

Selon l'ex-président de la FTQ-Construction, M. Bolduc était son ami, mais il est vite « devenu ami avec M. Accurso ».

M. Lavallée a expliqué avoir rencontré Tony Accurso il y a une trentaine d'années par l'entremise de l'ancien président de la FTQ Louis Laberge, que l'on retrouve d'ailleurs en compagnie des deux hommes sur plusieurs photos. Ils apparaissent notamment ensemble avec Yves Paré, le prédécesseur de Jocelyn Dupuis à la tête de la FTQ-Construction.

L'ex-président de la FTQ-Construction admet aussi avoir été avec Tony Accurso en Allemagne trois fois, à ses frais, pour des cures d'amaigrissement, comme l'avait déjà révélé Enquête. La commission soutient que MM. Accurso et Lavallée auraient en fait voyagé ensemble 27 fois à l'étranger entre 2001 et 2010, mais M. Lavallée ne pense pas en avoir fait autant, sans pour autant insister : « J'essaie pas de rien camoufler! »

Des photos déposées en preuve montrent aussi qu'Eddy Brandone, qui a longtemps été secrétaire-trésorier de la FTQ-Construction, et Rénald Grondin, directeur général du local de l'Association des manoeuvres inter-provinciaux, ont aussi fait une cure d'amaigrissement en Allemagne avec M. Accurso.

M. Lavallée admet aussi, à contrecœur, avoir croisé l'homme d'affaires Louis-Pierre Lafortune aux Bahamas, entre la fin de 2007 et le début de 2008, lors d'un autre de ses voyages payés par M. Accurso. Il a plaidé qu'il s'agissait d'un hasard, l'homme d'affaires ne voyageant pas avec M. Accurso et lui.

M. Lafortune, qui a été depuis accusé de gangstérisme dans le cadre de l'opération Diligence, tout comme le Hells Angel Normand « Casper » Ouimet, travaillait à l'époque chez Grues Guay, une entreprise dirigée par Jean-Marc Baronet, un ami de M. Lavallée : « C'est un ami, on se voit à l'occasion, on a été à la pêche ensemble ».

L'ex-maire de Mascouche Richard Marcotte et l'entrepreneur Normand Trudel, tous deux arrêtés en 2012 dans le cadre du projet Gravier, avec Tony Accurso, ont aussi séjourné sur le Touch, confirme Jean Lavallée. Ce projet de l'UPAC visait à démanteler un réseau de partage de contrats municipaux sur la Rive-Nord de Montréal.

Michel Arsenault et son conseiller Gilles Audette ont aussi effectué un séjour sur le Touch.

Jean Lavallée reconnaît aussi avoir été, vers 2003, dans une pourvoirie de Rapid Lake, aux frais de M. Baronet. Étaient aussi présents Tony Accurso, le président de la FTQ Henri Massé, Denis Vincent et Louis Bolduc.

Il connaissait alors depuis peu M. Baronet, soutient-il, pour l'avoir rencontré lorsque Grues Guay avait acheté Fortier Transfert à Louis-Pierre Lafortune. Le Fonds avait en effet investi dans cette dernière compagnie.

M. Lavallée a aussi présenté Denis Vincent, dont il est lui-même proche, comme un ami de M. Baronet.

La commission a aussi présenté deux factures téléphoniques de la FIPOE (électriciens), le local que dirigeait Jean Lavallée. Elles ont permis d'établir que M. Lavallée parlait à Denis Vincent, soupçonné d'avoir été son « courtier fantôme », alors qu'il était en voyage avec M. Accurso.

Denis Vincent n'est pas lié aux Hells, soutient Lavallée

Jean Lavallée a défendu avec vigueur son ami Denis Vincent. L'ex-président de la FTQ-Construction ne croit pas du tout que ce dernier soit proche des Hells Angel, comme l'a notamment soutenu devant la commission l'enquêteur Michel Comeau.

« Je l'ai jamais vu avec des gens qui peuvent être dans le crime organisé », a fait valoir Jean Lavallée, qui a plutôt vanté ses qualités d'homme d'affaires.

« C'est pas quelqu'un qui est avec les Hells, j'en suis convaincu. »

— Jean Lavallée

L'ex-président du C.A de la SOLIM reconnaît qu'il discutait parfois avec lui de son travail et de ses dossiers au bras immobilier du Fonds de solidarité, mais sans plus. Il n'est pas non plus surpris qu'il ait été proche de l'ex-PDG de la SOLIM, Guy Gionet, puisqu'il les a lui-même présentés.

Selon Jean Lavallée, Denis Vincent avait apporté au plus trois dossiers à la SOLIM, soit TIPI, place Telus et celui des terrains de Lévis. Ils ont tous été abordés précédemment par la commission, notamment par l'entremise d'écoutes électroniques.

Selon l'enquêteur Comeau, Denis Vincent, Tony Accurso, Guy Gionet et Jean Lavallée faisaient partie de ce que la procureure en chef Sonia LeBel a appelé la « filière à Johnny », une cellule soupçonnée d'avoir bénéficié de passe-droits pour obtenir une aide financière du Fonds de solidarité FTQ ou de la SOLIM.

La commission a présenté de nombreuses écoutes qui témoignaient du désarroi qui s'était emparé de Tony Accurso, Denis Vincent Jean Lavallée et Guy Gionet lorsqu'au printemps 2009, les président du Fonds et de la FTQ avaient décidé de se dissocier des « dossiers toxiques ».

« Il est passé du King Tony avec le meilleur rendement à une persone non grata. »

— Guy Gionet à Denis Vincent, écoute électronique, 1er mai 2009

Selon l'enquêteur Michel Comeau, Denis Vincent a notamment organisé le transport par hélicoptère de Hells Angels en 1999 pour une fête au local des Blatnois à Grand-Mère, un club-école des Hells. C'était « un ami invité », dit l'enquêteur Comeau. M. Vincent a aussi organisé en juin 2000 le transport de Rowdy Crew vers le local des Hells de Trois-Rivières. Il est aussi ami avec Pyramide Pronovost, qui a été membre des Blatnois.

Le promoteur de TIPI « ment », soutient Lavallée

Selon Jean Lavallée, Laurent Gaudreau aurait inventé de toutes pièces une histoire de pot-de-vin par rancune envers lui et la SOLIM.

Devant la commission Charbonneau, le promoteur du projet TIPI, une salle multimédia qui devait voir le jour au pied des chutes Montmorency, a soutenu cet automne que Denis Vincent lui aurait demandé en 2007 une somme de 250 000 $ pour Jean Lavallée afin que son projet aille de l'avant.

Jean Lavallée a soutenu un nouvelle fois n'avoir jamais fait une telle demande et estime que Laurent Gaudreau « ment ». Selon l'ex-président du C.A. de la SOLIM, Denis Vincent lui a juré « dur comme fer qu'il n'avait pas fait ça ».

« J'ai jamais demandé une cenne noire! »

— Jean Lavallée

Selon Jean Lavallée, Laurent Gaudreau devait être « en maudit » parce que son projet ne passait pas. Mais selon les faits présentés cet automne à la commission, TIPI a commencé à battre de l'aile après que la demande présumée de pot-de-vin ait eu lieu.

Mais les explications de M. Lavallée ont été loin de convaincre le commissaire Renaud Lachance :

« Il y a un menteur : c'est un de vous trois (...) et dans ces trois là, c'est vous qui avez la meilleure raison pour mentir. »

— Le commissaire Renaud Lachance

« Je suis pas un menteur », a rétorqué M. Lavallée, « Insinuez-vous que je suis coupable dans ça ? Je suis pas un bum, j'ai travaillé toute ma vie ! »

Lavallée nie ce qu'il dit dans une écoute électronique

En début de journée, Jean Lavallée s'est ouvertement contredit lorsqu'il a été interrogé une fois de plus sur le projet 10-35, qui s'est soldé par un prêt de 1,1 million de dollars consenti par la Solim à un prête-nom de Ronnie Beaulieu, une relation des Hells Angels.

« C'est Jocelyn qui essayait » de faire approuver le dossier, a déclaré l'ex-président de la FTQ-Construction. « Moi j'ai jamais voulu me mêler de ça ».

M. Lavallée disait pourtant le contraire dans une conversation téléphonique avec l'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis qui a été interceptée par la Sûreté du Québec dans le cadre de l'opération Diligence le 8 avril 2008.

M. Lavallée disait alors avoir mis sa « tête sur la bûche » pour faire accepter le projet 10-35 puisque René Roy, membre du C.A. de la Solim, s'est interrogé à ce sujet. « J'ai dit : « heille là, c'est à moi ça, pis tabarnak arrête d'écoeurer, là, stie. »

La commission a aussi présenté une écoute électronique de mai 2009, dans laquelle Michel Arsenault s'enquiert avec insistance de la nature de la transaction conclue dans le dossier 10-35 auprès de Guy Gionet, alors PDG de la Solim.

« J'avais peur [...] d'être dans le club de danseuses comme j'ai peur d'aller en enfer un jour », dit Arsenault à Gionet, qui l'assure que la Solim « n'est pas dans le bar ». L'ex-PDG de la Solim admet cependant qu'il se doutait bien que l'argent octroyé par la Solim allait permettre l'achat du bar.

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