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Climat: Bruxelles propose à l'UE un nouveau cap pour 2030, les Etats louvoient

22/01/2014 09:17 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

La Commission européenne a appelé mercredi l'UE à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% d'ici 2030 mais la partie s'annonce difficile car les Etats défendent leur compétitivité industrielle et craignent une montée des coûts de l'électricité.

L'objectif de réduction du CO2 et des autres gaz à effet de serre (GES) pour lutter contre le réchauffement climatique,est assorti d'un objectif de 27% contraignant au niveau européen pour la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique de l'UE et par un objectif indicatif de 25% pour les économies d'énergies, à finaliser à l'automne.

La Commission laisse aux Etats la faculté de décider s'ils veulent exploiter leurs réserves de gaz de schiste. Elle propose enfin de renforcer le marché des quotas d'émissions (ETS), principal instrument de la politique climatique de l'UE, avec la constitution en 2021 d'un mécanisme de réserve permanent représentant 12% des certificats en circulation à cette période.

"Nous proposons un cap à long terme ambitieux et réalisable", a soutenu le président de l'exécutif bruxellois, José Manuel Barroso.

Les dirigeants européens doivent se prononcer sur ces propositions lors d'un sommet les 20 et 21 mars à Bruxelles.

L'UE, qui émet près de 11% des GES dans le monde, sera ainsi la première à indiquer ses objectifs de réduction d'émissions après 2020.

Tous les autres pollueurs, dont les deux plus grands sont la Chine et les Etats-Unis, doivent le faire d'ici la conférence de Paris en 2015, date à laquelle la communauté internationale s'est donné comme objectif de sceller l'accord le plus ambitieux jamais conclu pour lutter contre le réchauffement.

La responsable de l'ONU pour le climat, Christiana Figueres, a salué un "signal positif" pour le rendez-vous de 2015 à Paris où un accord international doit être scellé."La Commission européenne met l'Union sur le bon chemin", a-t-elle tweeté.

Mais ces objectifs sont jugés insuffisants par les défenseurs de l'environnement. L'UE a réduit ses émissions de 18% en 2012 et sans nouvel effort, elle les aura réduites de 32% en 2030, selon les estimations de la Commission.

Nicolas Hulot, envoyé spécial du président français François Hollande pour la protection de la planète, a dénoncé "la manque d'ambition" de l'UE. Greenpeace et le Réseau Action pour le Climat réclament une réduction d'au moins 55% par rapport à 1990 si l'UE veut tenir son engagement d'une baisse de 85 à 90% pour 2050.

Négociations difficiles

Ces critiques irritent la Commission européenne. "Cette proposition est crédible et réalisable, si tout le monde fait un effort sérieux. Elle fait la part des choses entre ceux qui veulent bâtir des châteaux en Espagne et ceux qui ne veulent rien faire, car les autres grands pollueurs ne font rien", a confié à l'AFP un membre de l'exécutif bruxellois.

"Il est très important que les dirigeants européens acceptent l'objectif proposé par la Commission de 40% comme l'ambition minimum" que peut se fixer l'UE, a plaidé Lord Nicholas Stern, auteur du célèbre rapport sur l'économie du réchauffement climatique.

Les négociations s'annoncent difficiles au vu des pressions exercées sur les commissaires. M. Barroso a dû batailler jusqu'à mardi soir pour imposer la position prônée par la commissaire au Climat Connie Hedegaard.

Plusieurs de ses collègues, --l'Allemand Günther Oettinger (Energie), l'Italien Antonio Tajani (Industrie), le Polonais Janusz Lewandowski (Budget), le Roumain Dacian Ciolos (Agriculture) et le Slovaque Maros Sefcovic (Administration)-- voulaient un objectif de seulement 35% pour protéger la compétitivité industrielle.

L'objectif proposé par la Commission n'est "réaliste que si un accord contraignant sur le climat peut être conclu en 2015 (...) pour que l'Europe ne se retrouve pas seule en première ligne" a d'ailleurs mis en garde l'association Business Europe qui représente le patronat européen.

Les pressions ont également été intenses de la part du Royaume-Uni et de l'Espagne pour refuser toute contrainte nationale sur les énergies renouvelables et la plupart des pays de l'UE freinent leurs soutiens au solaire et à l'éolien, jugés responsables de l'augmentation des factures d'électricité.

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