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Centrafrique: l'imam et l'archevêque de Bangui demandent plus de soutien international

22/01/2014 01:38 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

L'archevêque et l'imam de Bangui ont appelé mercredi, ensemble à Paris, la communauté internationale à accroître son soutien aux nouvelles autorités de transition en Centrafrique pour désarmer les chefs de guerre qui continuent d'imposer leur loi sur la majorité du pays.

"Actuellement, dans le pays, les +antibalaka+ (milices chrétiennes) sont partout, les Séléka (ex-rébellion à majorité musulmane) sont partout. Les gens sont, surtout à l'intérieur du pays, à la merci de tous ces seigneurs de guerre", a déclaré à l'AFP l'archevêque de Bangui, Dieudonné Nzapalainga, qui, avec l'imam Oumar Kobine Layama, était cette semaine à Bruxelles, avant Paris, où les deux hommes seront reçus jeudi par le président François Hollande, puis Londres.

Se félicitant de l'élection lundi de Catherine Samba-Panza à la présidence de transition --"une bonne nouvelle"--, les deux responsables religieux ont exhorté la communauté internationale à la soutenir. "Tous doivent être derrière elle pour que la transition devienne une réalité, il faut la soutenir, l'encourager, l'aider", a déclaré Mgr Nzapalainga.

"Nous ne doutons pas de sa capacité", a relevé l'imam Kobine Layama, président de la communauté islamique de Centrafrique. "Elle est connue comme une femme de fer qui travaille et ne recule pas devant les difficultés" mais, a-t-il souligné, "elle est confrontée à des défis énormes, le désarmement, le cantonnement des milices...".

"Au plan humanitaire, la situation est dramatique, les gens dorment dans la brousse, cela fait deux campagnes qu'ils n'ont pas pu planter, nous craignons la famine", a ajouté l'archevêque.

Selon des sources humanitaires, sur les 4,6 millions de Centrafricains, un million ont été déplacés par les violences et la moitié de la population est directement touchée par la crise.

Par ailleurs, explique Mgr Nzapalainga, "cela fait des mois et des mois que les fonctionnaires ne sont pas payés". "L'Etat a fait faillite. Il va falloir aussi reconstruire l'administration avec des hommes, des moyens pour qu'elle puisse se redéployer et permettre à ce pays d'être un Etat", a-t-il insisté.

Pas d'élections avec des armes en mains

"Il faut aider la présidente pour préparer tôt ou tard les élections mais, pour cela, il faut un redéploiement rapide des administrations de l'Etat à l'intérieur du pays", a insisté l'archevêque, rappelant que "tout a été brûlé, les états-civils détruits".

"L'élection ne pourra jamais s'organiser tant que les hommes auront des armes en mains, la majorité de nos forêts sont encore sous l'autorité des officiers des Séléka, ils font douaniers, préfets, tout...", a insisté l'imam Kobine Layama.

Comme ils l'avaient déjà fait en décembre, les deux hommes ont de nouveau appelé au déploiement d'une force de maintien de la paix de l'ONU en Centrafrique.

"Nous pensons qu'il faut rapidement une force onusienne", a déclaré Mgr Nzapalainga. "La France est venue, l'Europe arrive aussi mais le pays ne se réduit pas à Bangui et ce n'est pas avec 6.000 hommes qu'on pourra couvrir un pays grand comme la France et le Luxembourg" a-t-il estimé.

La France a déployé depuis le 10 janvier 1.600 hommes en Centrafrique, en soutien à une force de l'Union africaine (Misca), qui compte actuellement quelque 4.400 hommes, plus 850 soldats rwandais en cours de déploiement. L'Union européenne a promis lundi de dépêcher 500 hommes en renfort. Le secrétaire général de l'ONU doit rédiger "au plus tard" début mars un rapport sur la transformation éventuelle de la Misca en une opération de Casques bleus.

"Avec des forces onusiennes, la Centrafrique ne sera plus une affaire africaine ou européenne, mais mondiale", a estimé l'archevêque, qui devant les députés français s'est fait l'écho de l'inquiétude des populations face à l'"ambiguïté" du contingent tchadien de la Misca vis-à-vis des anciens rebelles.

"Nous avons vu des scènes de fraternisation alors qu'ils étaient supposés venir les cantonner, ils sont ensemble! Si vous êtes avec mon bourreau, vous êtes mon bourreau", a-t-il accusé.

Figures emblématiques de la paix en Centrafrique, les deux responsables religieux prêchent depuis des mois et souvent ensemble dans les églises, les mosquées ou les camps de déplacés pour la réconciliation entre communautés musulmane et chrétienne.

"Maintenant nous habitons même ensemble", confie Mgr Nzapalainga qui, depuis les violences anti-musulmanes du 5 décembre à Bangui, héberge son "ami" l'imam en son archevêché.

alc/thm/de

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