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Centrafrique: la présidente prête serment, les violences continuent

22/01/2014 09:15 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

La présidente de transition, Catherine Samba Panza, qui a pour priorité la pacification de la Centrafrique, ravagée par des tueries interreligieuses, doit prêter serment jeudi, au lendemain de nouvelles violences ayant fait au moins dix morts à Bangui.

En province, la "majorité" du territoire reste sous la coupe implacable de chefs de guerre, ont rappelé mercredi à Paris l'archevêque et l'imam de Bangui, Dieudonné Nzapalainga et Oumar Kobine Layama, qui depuis des mois appellent leurs concitoyens à la paix.

A Bangui, les violences ont opposé des combattants musulmans ex-Séléka à des civils et à des miliciens chrétiens anti-balaka, ont indiqué à l'AFP des témoins sous couvert d'anonymat.

Les affrontements se sont déroulés près du camp Kasaï, non loin du centre-ville, où sont cantonnés d'ex-rebelles, et de la prison centrale, située dans le même quartier, selon ces témoins.

Ils ont indiqué avoir vu les cadavres de six ex-rebelles Séléka alignés devant la prison centrale et de quatre civils chrétiens aux abords du bâtiment.

"Quatre ex-Séléka, qui se trouvaient dans la prison, ont été tués par des miliciens anti-balaka", a précisé une source diplomatique.

Un journaliste de l'AFP a constaté la mort d'un ex-rebelle, le corps profondément entaillé à coups de machette. Des infirmiers de l'opération Sangaris ont tenté en vain de le sauver.

A sa mort, plus d'une centaine de chrétiens du quartier ont manifesté leur joie, selon ce journaliste.

La résidence de la nouvelle présidente de transition - qui succède officiellement jeudi à Michel Djotodia - se trouve à une centaine de mètres de la prison.

M. Djotodia, qui avait renversé le régime de François Bozizé en mars 2013 à la tête de sa coalition rebelle Séléka, a été contraint à la démission le 10 janvier, sous pression de la communauté internationale excédée par son incapacité à arrêter les tueries entre chrétiens et musulmans.

Le fléau des groupes armés et rébellions qui rançonnent et s'en prennent aux populations dure depuis des années dans un pays où l'administration - y compris la police et la gendarmerie - a disparu de régions entières.

L'archevêque et l'imam de Bangui, qui seront reçus jeudi par le président français François Hollande, l'ont souligné une nouvelle fois à Paris.

"Actuellement, dans le pays, les anti-balaka sont partout, les Séléka sont partout. Les gens sont, surtout à l'intérieur du pays, à la merci de tous ces seigneurs de guerre", a expliqué l'archevêque, en rappelant que la nouvelle présidente "est confrontée à des défis énormes, le désarmement, le cantonnement des milices...".

Dans le nord de la capitale, au PK-13, des pillages de commerces et de maisons ont également eu lieu mercredi, sur fond de manifestations de haine entre chrétiens et musulmans, entraînant l'intervention de soldats rwandais de la Misca pour calmer des esprits chauffés à blanc, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Ces nouvelles violences rappellent que rien n'est réglé en Centrafrique pour l'instant, même si l'élection de Mme Samba Panza a été favorablement accueillie par la population et la communauté internationale.

S'exprimant mardi devant la presse à Bangui, la nouvelle présidente a souligné qu'il y a "des milliers de jeunes qui ont des armes, qui sont soit dans la Séléka, soit anti-balaka. Si on lâche ces jeunes dans la rue, on n'aura pas résolu le problème".

"Le nombre de soldats actuel ne suffit même pas à remettre de l'ordre à Bangui", a-t-elle expliqué dans une interview publiée jeudi par le quotidien français Le Parisien, réagissant aux engagements de l'Union européenne d'envoyer des troupes en Centrafrique.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a de son côté nommé mercredi les membres d'une commission internationale d'enquête sur les violations des droits de l'homme commises dans le pays.

Conformément à une résolution adoptée le 5 décembre 2013 par le Conseil de sécurité des Nations unies, cette commission sera chargée pendant une période initiale d'un an d'enquêter sur les exactions commises depuis le 1er janvier 2013 en RCA et d'en traquer les responsables.

La commission sera composée d'un secrétariat et de trois experts dans le domaine des droits de l'homme: Jorge Castaneda (Mexique), Fatimata M'Baye (Mauritanie) et Bernard Acho Muna (Cameroun). Ce dernier présidera la commission.

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