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Alzheimer: des chercheurs tirent les leçons de l'échec de deux anticorps

22/01/2014 05:00 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

L'échec de deux anticorps contre la maladie d'Alzheimer lors d'essais cliniques ont conduit des chercheurs à en tirer les leçons et à suggérer, entre autres, un traitement plus précoce pour vaincre cette pathologie incurable.

Ces deux anticorps, le Bapineuzumab des laboratoires américains Johnson and Johnson et Pfizer, et le Solanezumab de l'américain Eli Lilly, ont fait l'objet de deux essais cliniques, chacun de phase 3 (final). Les résultats décevants de ces essais sont entièrement publiés mercredi dans le New England Journal of Medicine.

Ces deux agents ciblent la protéine bêta-amyloïde, dont l'accumulation dans le cerveau paraît jouer un rôle déterminant dans le développement d'Alzheimer.

Mais des leçons importantes ont été tirées de ces études cliniques, souligne Stephen Salloway, professeur à l'université Brown (Rhode Island, nord-est) et principal responsable des deux essais sur le Bapineuzumab.

En premier lieu, il suggère de tester ces molécules uniquement chez des patients qui montrent des signes de formation de plaques de bêta-amyloïde.

"Nous avons été surpris de constater que 20% des participants aux essais du Bapineuzumab et du Solanezumab ne montraient pas un niveau suffisant d'accumulation de bêta-amyloïdes. En d'autres termes, ils souffraient probablement d'autres formes de démence qu'Alzheimer", a-t-il relevé. "Cette proportion était encore plus élevée chez ceux qui n'étaient pas porteurs du gène ApoE4" qui prédispose à la maladie.

Le neurologue note également qu'un traitement plus précoce devrait s'avérer plus efficace. La formation des plaques de bêta-amyloïdes jouent en effet un rôle décisif au tout début de la maladie.

Selon lui, il faudrait également utiliser une combinaison de médicaments comme le Bapineuzumab avec d'autres inhibiteurs de bêta-amyloïdes pour optimiser la réduction de la protéine dans le cerveau.

On ignore encore les éventuels effets néfastes de telles combinaisons, note le neurologue, qui suggère néanmoins de procéder à des tests de façon prudente.

"Sans prendre de risques, nous ne ferons pas de progrès", a encore jugé le Dr Salloway. Des essais cliniques avec des traitements combinés nécessiteraient, selon lui, la mise en commun des ressources et des données cliniques des laboratoires pharmaceutiques, une approche le plus souvent rejetée par les firmes concurrentes.

Dans un éditorial publié dans le New England Journal of Medicine, Eric Karran et John Hardy, de l'University College de Londres, estiment également que ces essais cliniques ont "fourni des informations utiles".

Et même si l'échec de ces essais soulève des questions quant au rôle joué par la protéine bêta-amyloïde dans Alzheimer, les recherches devraient se poursuivre dans cette direction, estiment-ils.

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