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A Montreux, premier face à face tendu entre régime et opposants syriens

22/01/2014 11:27 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

Ils se sont évités du regard, ne se sont pas serré la main et n'ont jamais été aussi proches physiquement: à Montreux, régime et opposants syriens se sont affrontés à coups d'accusations, séparés d'une dizaine de mètres seulement.

Assis à chaque extrémité d'une grande table où siégeaient l'ONU, les Etats-Unis, alliés de l'opposition, et la Russie, soutien du pouvoir, les deux délégations ont évité tout contact durant la session inaugurale de la conférence sur la Syrie qui s'est ouverte dans la ville suisse et a duré près de quatre heures dans la matinée avant de poursuivre dans l'après-midi.

Le chef de la Coalition de l'opposition syrienne, Ahmad Jarba, avait la plupart du temps les yeux rivés sur ses papiers, portant des écouteurs pour suivre la traduction des discours.

Face à lui, Walid Mouallem, le visage fermé, a provoqué un incident en dépassant de loin le temps alloué aux allocutions: 35 minutes contre 10 accordés aux deux délégations syriennes.

Le ministre a ignoré les sonnettes qui ont retenti à plusieurs reprises pour lui signaler son dépassement de temps de parole.

M. Ban a fini par interrompre le ministre syrien dans sa violente diatribe contre l'opposition qualifiée par la suite de "rhétorique incendiaire" par la porte parole du Département d'Etat américain.

Mais M. Mouallem, homme politique chevronné connu pour son grand sang-froid, a aussitôt répliqué, sans se démonter,: "Vous avez parlé pendant 25 minutes", demandant "cinq à dix minutes" supplémentaires.

Cette réponse a provoqué un éclat de rire général parmi les journalistes qui suivaient les discours dans le centre de presse situé à quelques mètres de l'hôtel Petit Palais où s'ouvrait la conférence.

"Vous vivez à New York et moi je vis en Syrie, j'ai le droit de donner la version syrienne ici devant ce forum", a encore dit Walid Mouallem.

Dix minutes plus tard, M. Mouallem a réagi à une nouvelle objection, en promettant de "juste finir une phrase". M. Ban l'a autorisé à poursuivre en ajoutant qu'il espérait qu'il allait tenir sa promesse.

"La Syrie tient toujours ses promesses", a rétorqué M. Mouallem, une remarque qui n'a pas eu l'air de plaire à M. Ban.

A l'issue du discours, le secrétaire général de l'ONU a indiqué que cette intervention était contraire à "l'atmosphère constructive" qu'il avait appelée de ses voeux à l'ouverture de la conférence.

"J'espère que cela ne se répètera pas", a déclaré M. Ban en donnant la parole à Ahmad Jarba, qui répondu par un sourire. Lui s'en est tenu à ses 10 minutes.

Comme s'il pressentait la tension très palpable au moment des discours, M. Ban avait affirmé que "les émotions étaient vives", appelant les parties présentes à faire "preuve de retenue".

Par la suite, son porte-parole a réagi au discours de Walid Mouallem en affirmant, non sans humour, "ne faisons pas une montagne suisse d'une souris".

Avant les discours, l'ambiance était relativement détendue, avec un Ban Ki-moon souriant, serrant la main des membres des délégations, plusieurs chefs de la diplomatie discutant à bâtons rompus avec leurs collègues.

Interrogée par l'AFP sur son sentiment d'avoir été pour la première fois dans la même salle que l'opposition, la conseillère politique et médiatique du président syrien, Bouthaina Chaabane, a affirmé qu'elle avait ressenti une "tristesse" car "certaines parties présentes n'avaient rien à voir avec le peuple syrien".

Les membres de la délégation du régime ont accordé des interviews aux médias, avec notamment une apparition remarquée du ministre de l'Information Omrane al-Zohbi qui a lancé aux multiples journalistes qui l'entouraient "Assad ne partira pas", le sort du président était au coeur des débat de la conférence. En revanche, ceux de l'opposition s'est fait plus discrète.

Moins de deux cent partisans du régime, brandissant des portraits d'Assad, des drapeaux syriens mais aussi un drapeau iranien et des portraits du chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, allié de Damas, venus en cars, ont manifesté en ville, encadrés par la police suisse.

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