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Syrie: l'opposition se rend à Genève divisée

21/01/2014 08:39 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

La Coalition de l'opposition syrienne se rend à la conférence de Genève II divisée et avec des doutes quant à sa capacité à appliquer un éventuel accord pour régler un conflit qui a déjà fait plus de 130.000 morts en près de trois ans.

Basée à Istanbul, la Coalition -qui rassemble plusieurs groupes de l'opposition- est considérée comme l'un de plus importants représentants de l'opposition syrienne, mais elle peine à présenter un front uni, et a du mal à faire reconnaître sa légitimité sur le terrain.

Samedi, la Coalition a voté par 58 voix contre 14 et deux abstentions en faveur d'une participation à la conférence internationale qui s'ouvre mercredi à Montreux, les négociations entre régime et opposition devant se poursuivre à Genève.

Mais 45 de ses membres ont refusé de participer au vote et le Conseil national syrien (CNS), sa plus importante composante, a finalement annoncé à la veille de l'ouverture de la conférence de paix qu'il ne se rendrait pas en Suisse.

"Toute l'idée de Genève est une erreur", avait récemment déclaré à l'AFP le membre du CNS Samir Nashar. Selon lui, Genève II "cherche à rapprocher les positions du régime syrien et celles de l'opposition, les plaçant sur un pied d'égalité". "La communauté internationale n'a rien à offrir qui nous ferait changer de position", avait-il également assuré.

Pour Salam Shaikh, directeur du Brookings Doha Center, le retrait du CNS est stratégique et lui permettrait de se protéger en cas d'échec du dialogue.

"Si la Coalition se casse la figure, il y a différents groupes qui manoeuvrent pour prendre la tête", a-t-il indiqué.

"C'est une des raisons principales de la position adoptée par le CNS", estime-t-il.

Selon lui, le CNS, et les Frères musulmans qui en font partie, ont gardé quelques membres au sein de la Coalition, ce qui leur permet de ne pas être exclus si les discussions conduisaient à un véritable dialogue.

Le retrait du CNS n'est pas une grande surprise en raison de son opposition de longue date à la tenue de la conférence.

L'obstacle majeur dans les négociations de paix sera vraisemblablement les divergences de points de vue entre l'opposition et le régime sur l'avenir de Bachar al-Assad.

Le gouvernement syrien a affirmé qu'il n'était pas question d'envisager le départ du président, mais pour le chef de la Coalition Ahmad Jarba la conférence marquera un "tournant" dans la guerre pour la chute du président.

"Les négociations de Genève II ont comme unique but de satisfaire les demandes de la révolution (...) et avant tout de retirer au boucher (Assad) tous ses pouvoirs", avait-il déclaré samedi.

Mais la Coalition se rend à Genève sans avoir obtenu aucune des concessions qu'elle avait réclamées pour participer aux négociations, notamment l'ouverture de couloirs humanitaires et la libération de prisonniers, malgré quelques progrès sur cette dernière question.

Les attentes restent faibles

"Nous avons réclamé que la mise en place d'un gouvernement de transition soit le principal point à l'ordre du jour, et nous avons cela dans la lettre (d'invitation) du secrétaire général de l'ONU", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la Coalition, Louay Safy.

Les attentes concernant Genève II restent faibles au sein de l'opposition qui craint que finalement elle n'aboutisse qu'à accorder plus de légitimité au régime.

Mais, assure M. Safy, "l'opposition ne permettra pas cela".

La Coalition est aussi confrontée à la question de son influence sur le terrain, de nombreux combattants lui reprochant d'être confortablement installée à Istanbul et rejetant son autorité.

La semaine dernière, une source diplomatique avait indiqué que des représentants de quatre formations rebelles s'étaient réunis en Turquie pour des discussions parallèles sur la participation à Genève II.

Samedi, M. Safy avait indiqué que trois d'entre elles avaient accepté de se rendre en Suisse, ajoutant néanmoins que le puissant Front islamique y était toujours opposé, ce qui pourrait menacer la capacité de la Coalition à appliquer tout accord pouvant être conclu à Genève.

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