POLITIQUE

Signes religieux : le PLQ dit non au tchador

21/01/2014 01:33 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT
PC

Le port de signes religieux par certains employés de l'État en position d'autorité devra « passer le test des accommodements religieux », a expliqué mardi le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, qui dévoilait la position du PLQ en matière de neutralité religieuse de l'État.

Les gardiens de prison et les policiers, qui doivent suivre un code vestimentaire, devront par exemple « prouver » qu'ils font les « efforts nécessaires pour s'intégrer dans [leur] milieu de travail » pour qu'un accommodement leur soit accordé, a expliqué le chef libéral en conférence de presse à Québec.

La mesure ne serait pas rétroactive. Pas question, donc, de forcer un employé à retirer le signe religieux qu'il porterait déjà au moment de l'adoption d'un projet de loi sur cette question.

Ce « test des accommodements religieux » ne s'appliquerait toutefois pas aux employés portant la kippa ou le hidjab, a précisé M. Couillard. « Ça, ça ne va jamais arriver. C'est une interdiction que je ne vais jamais accepter. Ce n'est pas une question d'accommodements », a-t-il affirmé.

Interdiction du niqab, de la burqa et du tchador

Cependant, le PLQ prône l'interdiction du niqab, de la burqa et du tchador dans la fonction publique. Les deux premiers vêtements contreviennent au principe de la prestation de services à visage découvert, a dit M. Couillard.

Pour ce qui est du tchador, ce vêtement est un « symbole d'oppression et de retrait de la société » pour la femme, ce qui justifie son interdiction.

« La neutralité de l'État ne veut pas dire la neutralité de l'apparence de ses employés. Mais l'exercice des droits doit être encadré. Il faut fixer des balises et respecter l'autonomie des organisations, qui nous disent "nous sommes capables de gérer ces problèmes" », affirme Philippe Couillard, ajoutant que ces principes sont ceux en vigueur dans la plupart des sociétés démocratiques.

Ainsi, un accommodement devra respecter le critère de l'égalité homme-femme et ne devra pas contrevenir aux exigences de l'emploi - il ne faudra pas que le signe religieux empêche la communication ou l'identification de la personne ni ne nuise à la sécurité.

Les libéraux craignent surtout qu'une interdiction complète des signes religieux, telle que proposée dans le projet de loi 60 du gouvernement péquiste, bloque l'accès à l'emploi pour plusieurs femmes immigrantes.

« Aucune femme ne devrait être menacée de perdre son emploi » à cause du port d'un symbole religieux, a dit M. Couillard.

Le PLQ abandonne ainsi une position strictement légaliste, qui était semblable à celle du Barreau du Québec, sur l'interdiction du port de signes religieux.

Par ailleurs, le PLQ soutient que la présence du crucifix à l'Assemblée nationale se justifie, parce qu'il s'agit d'un élément du patrimoine religieux du Québec, qui ne contrevient pas à la neutralité de l'État.

Concernant la lutte contre l'intégrisme religieux, le parti cible particulièrement les mariages forcés et les crimes d'honneur, et veut donner plus de pouvoirs aux corps policiers et à la Direction de la protection de la jeunesse pour agir à cet égard.

Départ de Fatima Houda-Pepin

Les députés libéraux se sont réunis pendant de longues heures lundi pour tenter de dégager une position consensuelle sur cette question qui a déchiré le parti dans la foulée du débat sur le projet de loi sur la charte des valeurs. La réflexion se faisait sur la base du rapport d'un comité présidé par le député et ex-bâtonnier du Québec Gilles Ouimet.

Insatisfaite, la députée de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, a quitté la rencontre tout en annonçant son départ du caucus libéral. Elle a déploré que M. Couillard ne lui donne plus « la liberté d'action » pour continuer sa lutte contre l'intégrisme religieux.

Pour elle, le PLQ fait fausse route en adoptant une position qui est « la meilleure recette pour la perte de la prochaine élection ».

Questionné mardi au sujet du départ de la députée, M. Couillard a dit qu'il demeure convaincu que Mme Houda-Pepin a une contribution à faire concernant la lutte contre l'intégrisme et qu'il aurait souhaité qu'elle demeure au PLQ. « D'ailleurs, plusieurs de ses propositions se retrouvent dans ce que je vous ai présenté aujourd'hui », a-t-il dit.

Québec solidaire aimerait d'ailleurs que Mme Houda-Pepin participe à la commission parlementaire sur le projet de loi 60 pour discuter de ses idées.

Il est à noter que Fatima Houda-Pepin n'a pas besoin d'invitation pour siéger à la commission parlementaire. Les députés indépendants sont libres d'y siéger, mais n'ont que trois minutes de droit de parole à l'heure.

La semaine dernière, les libéraux ont notamment fait savoir qu'ils étaient contre le port du tchador - voile qui recouvre tout le corps sauf le visage - par les enseignantes et les éducatrices, mais pas nécessairement pour les autres employées de l'État. Une position en demi-ton qui a placé le PLQ en porte-à-faux face au gouvernement Marois, qui défend son projet de charte des valeurs interdisant le port de signes religieux dans la fonction publique.

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