NOUVELLES

Moscou et Téhéran critiquent l'exclusion de l'Iran à la conférence sur la Syrie

21/01/2014 09:52 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

GENÈVE - Moscou et Téhéran ont critiqué mardi la décision du secrétaire général de l'ONU de retirer son invitation à l'Iran en vue de la conférence de paix sur la Syrie, alors que les délégués commençaient à arriver en Suisse pour les discussions longuement attendues visant à mettre fin au bain de sang syrien.

L'invitation de dernière minute lancée à l'Iran par Ban Ki-moon a menacé de faire dérailler l'ensemble de la conférence «Genève II», forçant le secrétaire général à retirer son offre lundi sous la pression des États-Unis, et après que la principale coalition de l'opposition syrienne eut menacé de boycotter les négociations.

La Coalition nationale syrienne a finalement annoncé, après le retrait de l'invitation, qu'elle participerait à la conférence à Montreux dans le but de trouver une issue à la guerre qui a fait 130 000 morts et des millions de déplacés depuis trois ans. L'opposition estime que la conférence devrait viser la mise sur pied d'un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs «auquel les tueurs et les criminels ne participeront pas».

Les négociations devraient donc s'ouvrir comme prévu mercredi, en présence des délégations de haut niveau représentant les États-Unis, la Russie et une quarantaine d'autres pays. Des négociations directes entre le gouvernement syrien et ses opposants, les premières depuis le début du soulèvement, sont prévues vendredi à Genève.

Les attentes quant à l'issue de la conférence sont basses. Les lignes de front de la guerre n'ont presque pas bougé depuis un an, et malgré des pertes significatives, ni le gouvernement ni l'opposition ne semblent prêts à faire des compromis et à céder du terrain.

On ne sait pas non plus comment la Coalition nationale syrienne, un rassemblement fragile de groupes d'opposition qui n'a presque aucune influence sur les rebelles les plus puissants sur le terrain, pourrait faire respecter un éventuel accord conclu à Genève.

Certains des quelque deux millions de réfugiés syriens répartis dans plusieurs pays de la région entretiennent peu d'espoir quant aux résultats de la conférence.

«Nous avons perdu confiance envers la communauté internationale. Nous n'avons rien à faire de la conférence de Genève et cela nous importe peu qu'elle ait lieu ou non», a déclaré Ibrahim Qaddah, un ancien combattant de l'opposition maintenant réfugié dans l'immense camp de Zaatari, en Jordanie.

«Nous avons perdu des proches, des amis et des membres de notre famille dans les combats, et nous avons aussi perdu notre pays. Nous ne souhaitons pas la réconciliation avec (le président) Bachar el-Assad», a ajouté M. Qaddah, dont le bras gauche a été amputé après avoir été grièvement blessé dans la guerre.

La Syrie est dirigée par la famille du président Bachar el-Assad depuis les années 1970, et l'Iran est le plus important allié régional du régime syrien. La République islamique a fourni au gouvernement syrien des conseillers, de l'argent et du matériel depuis le début du soulèvement, en mars 2011. Les alliés de l'Iran, principalement le Hezbollah chiite libanais, ont aussi renforcé les rangs de l'armée syrienne sur le terrain. L'implication de l'Iran dans la guerre exaspère les forces de l'opposition, qui accusent Téhéran d'envahir la Syrie.

La controverse entourant la participation de l'Iran à la conférence a souligné les différences fondamentales entre les États-Unis et la Russie, qui a protégé le régime syrien de sanctions à l'ONU et continue de lui fournir des armes.

À Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a estimé que la décision de M. Ban de retirer son invitation à l'Iran était une erreur, mais que le Kremlin tenterait de faire des négociations un succès.

«Ce n'est pas une catastrophe, nous ferons pression en vue d'un dialogue entre les parties syriennes sans conditions préalables», a affirmé M. Lavrov mardi devant les journalistes.

Dans le même temps, le chef de la diplomatie russe a critiqué le secrétaire général des Nations unies, affirmant que sa décision sur l'Iran n'avait «pas aidé à renforcer l'autorité de l'ONU» et qu'une nouvelle invitation semblait «déplacée».

M. Lavrov a réaffirmé la position de la Russie selon laquelle la présence de l'Iran est essentielle au succès des discussions, estimant que l'absence de représentants iraniens «n'aiderait pas à renforcer l'unité des musulmans du monde».

À Téhéran, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères a critiqué sans détour le revirement diplomatique de Ban Ki-moon.

«De notre point de vue, ce retrait est déplorable», a déclaré Marzieh Afkham, estimant que le secrétaire général avait agi ainsi sous une forte pression.

Mme Afkham a dit espérer que M. Ban explique «les véritables raisons» derrière le retrait de son invitation.

PLUS:pc