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Maroc: le gouvernement attaqué sur sa politique économique

21/01/2014 08:10 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

Le gouvernement marocain, emmené par les islamistes, fait l'objet de vives critiques de partis d'opposition pour avoir décidé, au nom de la lutte contre le déficit, de réduire drastiquement la subvention des produits pétroliers, une responsable parlementaire l'accusant mardi de "débilité économique".

Le ministère chargé des Affaires générales et de la Gouvernance a annoncé vendredi que l'essence, entre autres, ne serait plus du tout subventionnée au titre de la compensation.

Le diesel doit aussi être progressivement touché par la réforme, qui vise à réduire le coût de cette caisse subventionnant des produits de grande consommation: en 2012, elle a englouti près de 55 milliards de dirhams (5 mds d'euros).

"Dans une période marquée par une baisse des taux de croissance et des difficultés à créer de la richesse et de l'emploi, décompenser, rétrécir le pouvoir d'achat des citoyens et affaiblir la compétitivité des entreprises relève de la débilité économique", a asséné mardi dans le quotidien L'Economiste Mounia Rhoulam, dirigeante de l'Istiqlal (conservateur) et membre de la commission des Finances au Parlement.

"Le gouvernement se lance dans une réelle destruction du pouvoir d'achat" et cette décision "dénote (son) incapacité à assurer une gestion saine des affaires économiques du pays", a-t-elle ajouté.

Selon Mme Rhoulam, "2014 s'annonce difficile. Les tensions sociales, en l'absence d'un véritable dialogue, sont de plus en plus exacerbées".

La veille, Habib Malki, un responsable de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), avait fustigé des mesures s'inscrivant "dans une logique purement comptable".

Interrogé par l'AFP, l'économiste Najib Akesbi a pour sa part déploré une "navigation à vue, sous contrainte des organisations financières internationales".

"Le gouvernement semble avoir fait le deuil de la réforme qui faisait consensus --à savoir un remplacement du système actuel de compensation par un ciblage selon les revenus-- et compter sur la docilité de la population", a-t-il avancé.

L'explosion du coût de la caisse de compensation, qui subventionne les carburants mais aussi des produits comme la farine ou le sucre, avait entraîné fin 2012 un creusement du déficit à plus de 7% du PIB.

En 2013, le gouvernement --emmené par le Parti justice et développement (PJD, islamiste)-- est parvenu à réduire ce coût à 45 mds de dirhams (environ 4 mds EUR), à la faveur notamment d'une première mesure visant à désindexer partiellement les prix des carburants. Quant au déficit public, il est désormais évalué à 5,5% du PIB et doit être ramené à 3,5% en 2016.

"La force de ce gouvernement est de prendre une décision qui n'est pas populaire mais doit être prise", avait alors fait valoir l'ancien ministre des Affaires générales, Najib Boulif.

Quelques semaines plus tard, plusieurs milliers de personnes avaient défilé à Rabat "contre la vie chère", à l'appel de l'Istiqlal, qui vient de passer dans l'opposition.

Le Maroc, qui s'est vu octroyer en 2012 une ligne de crédit "de précaution" de 6,2 mds de dollars par le Fonds monétaire international (FMI), est pressé de mener des réformes économiques et sociales sensibles, dont celles de la compensation et des retraites.

Sur la seconde, plusieurs syndicats réfléchissent à une action commune, a affirmé mardi le quotidien Aujourd'hui Le Maroc. Le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, a lui répété durant le week-end être "là pour mener la réforme, pas pour préserver (sa) popularité", d'après Akhbar al-Youm.

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