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M. Erdogan en visite à Bruxelles devra rendre des comptes à l'UE

21/01/2014 06:05 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, empêtré dans une crise politique plombant la relance en cours des relations avec l'UE, va devoir mardi rendre des comptes aux Européens sur le risque de dérive autoritaire de son régime.

A Bruxelles, l'expectative prédominait sur ses intentions. D'autant que le dirigeant islamo-conservateur s'est offert lundi soir une démonstration de force à l'intention de ses hôtes, en se faisant accueillir à son hôtel, et longuement ovationner par près de 3.000 partisans.

"Nous ne savons pas quelle sera la dynamique" reconnaissait une source européenne, juste avant les entretiens de M. Erdogan. Sa visite à Bruxelles, la première depuis cinq ans, était pourtant censée consacrer la relance des relations UE-Turquie décidée en novembre.

Notamment accompagné de ses ministres des Affaires étrangères et européennes et de l'Economie, le dirigeant islamo-conservateur a été accueilli dans la matinée par le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy.

Les entretiens devaient se poursuivre lors d'un déjeuner de travail en présence des présidents de la Commission européenne, José Manuel Barroso et du Parlement européen, Martin Schulz, avant une conférence de presse commune.

Côté européen, l'enjeu est de maintenir la Turquie sur la voie de la modernisation et de la démocratisation, dégagée par M. Erdogan pendant une décennie d'hégémonie politique, désormais contestée.

Car les responsables européens veulent conjurer tout risque de rupture avec un voisin considéré comme un allié précieux pour circonscrire le conflit syrien et tarir les flux d'immigration irrégulière vers l'UE.

Priorité à l'Etat de droit

Accusé de dérive autoritaire en réponse à l'implication de son pouvoir dans des scandales de corruption, M. Erdogan devrait en particulier se voir prier de renoncer à toute tentation de reprendre en main le système judiciaire.

Il devrait, pour ce faire, amender le projet de réforme de la justice qu'il a lancée pour réformer le Haut-conseil des juges et procureurs (HSYK)

La Turquie a fini par communiquer ce projet de loi vendredi à la Commission européenne, un geste jugé positif, quoique tardif, alors que le parlement turc doit commencer à examiner le texte en plénière dans la journée.

Le ministre turc aux Affaires européennes, Mevlüt Cavusoglu, a joué l'apaisement lundi, en disant souhaiter que ce projet "ne provoque pas de grave crise avec l'UE".

"Nous comprenons que l'initiative ait suscité certaines discussions, mais nous allons en expliquer le bien-fondé", a-t-il affirmé au quotidien turc libéral Milliyet.

M. Erdogan a procédé ces dernières semaines à une purge sans précédent dans la police et la justice, accusées d'abriter le coeur d'un "complot" ourdi par son ex-mentor, le prédicateur musulman, Fethullah Gülen.

Des dizaines de patrons, hommes d'affaires et élus proches du pouvoir avaient auparavant été inculpés ou incarcérés pour corruption, fraude et blanchiment d'argent dans une série d'enquêtes ayant aussi provoqué la démission de trois ministres

Quelle que soit la nature de cette crise, "l'Etat de droit doit prévaloir" conformément aux engagements pris par le pays pour adhérer à l'UE, insistent les Européens.

Une telle concession dégagerait la voie à des discussions centrées sur les droits fondamentaux et la justice, en préalable à l'ouverture, souhaitée par la commission, de nouveaux chapitres dans les négociations d'adhésion.

De quoi redonner de l'élan à un processus entamé en 2005 mais freiné par l'absence de règlement à Chypre et les réticences des Européens à ouvrir leur porte à un grand pays à majorité musulmane.

D'autant que la France a aussi affiché sa volonté de lever son blocus des années Sarkozy à la candidature turque. Le président français François Hollande est ainsi attendu à Ankara les 27 et 28 janvier, pour une visite qui s'annonce comme le prochain test des intentions turques.

cb/aje/abk

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