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Lavallée confirme qu'Arsenault s'est fait offrir un pot-de-vin

21/01/2014 01:32 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

Jean Lavallée confirme que Michel Arsenault s'est fait offrir un pot-de-vin par une personne liée à la firme de décontamination Carboneutre qui souhaitait obtenir du financement du Fonds de solidarité FTQ à l'été 2008. M. Arsenault, qui était alors président de la FTQ et du C.A. du Fonds, a toujours nié cette histoire révélée par les médias en décembre 2011, puis relatée par Ken Pereira devant la commission Charbonneau.

Un texte de François Messier

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M. Lavallée a été interrogé à ce sujet après que le procureur Lussiaà-Berdou lui eut présenté une écoute électronique de l'opération Diligence du 1er décembre 2009 dans laquelle Ken Pereira évoque cet épisode. Lorsque ce dernier lui rappelle que l'homme derrière Carboneutre s'appelle « Raynald », M. Lavallée comprend immédiatement qu'il s'agit du mafieux Raynald Desjardins. « Raynald, y a payé sa dette à la société », répond-il sur-le-champ. 

M. Pereira avait affirmé que cette histoire lui avait été racontée par Michel Arsenault lui-même, en présence de Jean Lavallée et Bernard Girard, en août 2008. Arsenault, avait-il dit, avait affirmé que c'est un « Italien » accompagnant Jocelyn Dupuis qui lui avait offert 300 000 $, et qu'il avait refusé. Il avait ajouté que Michel Arsenault avait ensuite demandé à MM. Lavallée et Girard de signer un affidavit pour nier que cet épisode avait eu lieu.

Michel Arsenault « m'avait parlé qu'il s'était fait offrir de l'argent », a confirmé Jean Lavallée, qui a démenti que l'ex-patron de la FTQ a tenté par la suite de minimiser l'affaire.

« Je l'ai su par le bureau de la FTQ quand le bureau de Michel a appelé pour l'affidavit. Y dit : "Bernard en a signé un; toi en as tu signé?". J'en ai pas signé moi, j'ai jamais signé d'affidavit. [...] Je l'ai jamais vu l'affidavit. »

Jean Lavallée affirme avoir dit à Michel Arsenault que cette offre de pot-de-vin « n'avait pas de bon sens » et que ce dernier lui a confirmé qu'il n'embarquerait pas dans Carboneutre. L'ex-président de la FTQ, dit-il, était « en maudit de s'être fait offrir de l'argent ». 

Le Fonds n'a finalement jamais investi dans Carboneutre, par décision de l'ancien président de la FTQ Michel Arsenault. Des écoutes électroniques présentées plus tôt cet automne ont montré que le président du C.A. du Fonds de solidarité FTQ a avisé Jocelyn Dupuis de ce refus au début de 2009, après que Ken Pereira lui eut prouvé que Raynald Desjardins était derrière Carboneutre.

« J'en connais pas, un sympathisant des Hells » - Jean Lavallée

Une conversation téléphonique entre Jean Lavallée et Michel Arsenault captée par la Sûreté du Québec à la fin du mois d'avril 2009 a permis de comprendre que l'ex-président de la FTQ-Construction était aussi parfaitement au courant des rumeurs selon lesquelles des Hells Angels gravitaient autour de la marina Brousseau, dans laquelle la SOLIM avait investi.

Il s'est néanmoins défendu d'avoir, en tant que président du C.A. de la SOLIM, agi sciemment au profit des motards criminels dans ce dossier ou dans d'autres. « On ne fait pas affaire avec les Hells. Si on a fait affaire [avec eux], on le savait pas », a-t-il assuré à la commission. « On a toujours fait attention pour ne pas embarquer avec du monde que c'était pas correct », a-t-il ajouté.

Jean Lavallée a également assuré n'avoir jamais su que Denis Vincent était considéré par la police comme un individu proche des Hells Angels, un fait bien établi par le témoignage livré par l'enquêteur Michel Comeau à la fin du mois de novembre. M. Comeau avait qualifié M. Vincent de « courtier fantôme » de M. Lavallée. Le promoteur Laurent Gaudreau a affirmé à la commission que M. Vincent lui a déjà demandé « 250 000 $ pour Johnny » dans le cadre du projet Tipi, ce qu'a déjà nié M. Lavallée.

Dans le même ordre d'idée, Jean Lavallée a déclaré n'avoir « jamais entendu dire » que Ronnie Beaulieu, une relation des Hells Angels et de Jocelyn Dupuis, avait un dossier criminel. Il a du coup affirmé que la SOLIM n'avait jamais investi dans le bar de danseuses qu'il gérait, le 10-35. Il a affirmé que l'investissement était « dans un terrain », reprenant du coup la thèse défendue par le Fonds lors de son contre-interrogatoire de l'ex-PDG de Solim, Guy Gionet.

La réputation de la SOLIM entre les mains d'une secrétaire

L'ex-président de la FTQ-Construction a affirmé à la commission qu'il ne savait pas que les bilans sociaux préparés par le Fonds au sujet de ses partenaires investisseurs ne s'attardaient aucunement au risque réputationnel qu'ils pouvaient présenter. Il a dit n'avoir aucun souvenir que Guy Gionet lui avait demandé de procéder à des enquêtes plus approfondies à ce sujet.

Selon une conversation téléphonique entre Michel Arsenault et Louis Bolduc captée par la Sûreté du Québec en février 2009, la secrétaire administrative de M. Lavallée, Lise Kinkead, était personnellement impliquée dans la préparation de ses bilans sociaux. M. Arsenault semble trouver cette situation anormale, contrairement à M. Bolduc, alors membre du C.A. du Fonds. Ce dernier note d'ailleurs que les bilans sociaux servent à s'assurer qu'un partenaire est en règle avec la CSST et la CCQ. 

« C'est que soit Yves Paré, soit Aubin D'Amours m'appelaient et me disaient: "essaie donc de checker tel employeur ou tel employeur, s'ils respectent les normes. Ils nous avaient demandé de faire ça. [...] C'était ma secrétaire qui checkait ça avec Robert Paul de la FTQ-Construction. Et par la suite, ils appelaient Aubin D'Amours et Yves Paré pour y donner le résultat de l'enquête, et c'est le Fonds - Aubin D'Amours ou Yves Paré - qui faisait les écrits du bilan social », a expliqué Jean Lavallée. 

En après-midi, le procureur Lussiaà-Berdou a présenté une écoute électronique de janvier 2009 dans laquelle Michel Arsenault tente de résoudre le conflit entre les clans Dupuis et Lavallée. Il a fait ressortir qu'il avait été convenu que Jean Lavallée garderait la SOLIM lors des négociations entourant son départ et celui de Jocelyn Dupuis de la FTQ-Construction.

« C'é tabarnak-là y vont tout faire sauter, ostie » en faisant référence à Jocelyn Dupuis et à son dauphin, Richard Goyette, alors directeur général de la FTQ-Construction, qui menacent de révéler des informations troublantes sur la gestion de la SOLIM.

Le président de la FTQ ajoute ensuite, en parlant de Richard Goyette : « y dit "j't'avais donné ma parole que, y aurait pas de trouble, que Johnny préside SOLIM pis Québec-Alberta, mais si ça continue de même, câlisse, on va mettre notre veto dans la FTQ-Construction là-dessus" ».

Jean Lavallée a admis qu'il avait été convenu qu'il resterait à la FIPOE et à la SOLIM lors des négociations avec Jocelyn Dupuis. 

Portrait de Lavallée en homme vindicatif

En après-midi, le procureur Lussiaà-Berdou a contesté les dires de Jean Lavallée selon lesquels tous les membres du C.A. de la Solim avaient approuvé tous les dossiers qu'il avait présentés.

Il a présenté une écoute électronique remontant à 2008, dans laquelle Jean Lavallée dit à Jocelyn Dupuis qu'il a réussi à faire passer le dossier de la marina Brousseau et celui du projet 10-35, derrière lequel se trouvait Ronnie Beaulieu.

M. Lavallée dit avoir mis sa « tête sur la bûche » pour ce dernier dossier puisque René Roy, membre du C.A. de la Solim, s'est interrogé à ce sujet. « J'ai dit : « heille là, c'est à moi ça, pis tabarnak arrête d'écoeurer, là, stie. »

« Dison que je me rappelle pas de ça, mais si c'est écrit, je dois l'avoir dit », a commenté M. Lavallée par la suite. 

La commission a également présenté deux écoutes électroniques montrant le rôle qu'a joué Jean Lavallée dans la foulée du départ de Guy Gionet, en mai 2009, en raison de l'investissement effectué par la Solim dans le projet 10-35.

Il s'agit en fait de deux messages laissés à Michel Arsenault et à son prédécesseur, Henri Massé, dans lesquels il menace clairement de faire une sortie médiatique pour dénoncer le fait que Guy Gionet a été traité comme « un vulgaire bandit » par le Fonds de solidarité.

« Je m'aperçois que c'est un ostie d'arnaque que vous faites-là, pis je le prends pas », dit-il dans le message laissé à M. Arsenault. « Je t'avertis, t'as besoin de régler les affaires de façon correcte, sinon, tu vas voir que je suis en train de me préparer pour dénoncer des affaires que je prends pas. »

Le message laissé à Henri Massé est du même ordre. Jean Lavallée y précise en outre que Guy Gionet n'est coupable de rien.

« Je voulais donner une conférence de presse là-dessus », a admis Jean Lavallée. Il soutient que le tout s'est réglé lorsque Guy Gionet s'est fait offrir 1,3 million dollars par le Fonds, montant qui comprenait son indemnité de départ et des services à venir.

« Ça a l'air d'avoir fonctionné », a conclu M. Lavallée

Dans une écoute électronique présentée précédemment, on avait pu entendre Jean Lavallée dire à Denis Vincent que le départ de Guy Gionet de la Solim pouvait sonner le glas des prêts mezzanines de la Solim auxquels la FIPOE participait. 

« Ça aurait pu arriver qu'un autre [PDG de Solim] dise non », a commenté l'ex-président de son conseil d'administration. Le commissaire Renaud Lachance n'a pas manqué de lui souligner qu'il avait plutôt dit mardi que tous les membres du C.A. étaient d'accord avec cette approche. 

« On va se faire notre propre SOLIM »

Inquiet que le successeur de Guy Gionet à la SOLIM ne souhaite plus s'associer à la FIPOE pour faire des prêts-mezzanines, Jean Lavallée a accueilli avec intérêt l'idée de ce dernier de mettre sur pied leur propre SOLIM.

Le président déchu du C.A de la SOLIM a confié en effet à sa secrétaire administrative, Lise Kinkead, que Guy Gionet avait un projet en ce sens dans lequel la FIPOE pourrait embarquer avec Tony Accurso et Denis Vincent, avec l'aide d'Européens non identifiés.

« Toi tu pourrais embarquer dans ça, pis Tony pis d'autres (...) on peut aller chercher un 100 millions $ (...) j'ai tous les contacts », lui aurait dit Guy Gionet. Les deux hommes estiment alors que la FIPOE pourrait mettre 10 millions, Tony Accurso 7 ou 8 millions et Denis Vincent 5 millions.

Mais, devant la commission, Jean Lavallée insiste : « Il n'y a rien qui s'est produit », « C'était une discussion comme ça ».

Lavallée conteste le témoignage de Richard Marion

M. Lavallée a par ailleurs démenti la version des faits qu'a donné l'ex-PDG de la Solim Richard Marion concernant son congédiement, en 2004. Il a soutenu que c'était M. Marion qui avait voulu sa tête, une information que lui avait donné Tony Accurso.

Il dit avoir confronté Richard Marion à ce sujet, avant d'aller voir Henri Massé, alors président de la FTQ, pour lui dire : « je ne travaille plus avec ce gars-là ». « C'est à cause de ça qu'il est parti », a assuré Jean Lavallée.

Richard Marion avait plutôt affirmé qu'il avait été congédié pour avoir refusé de défendre le dossier de la marina Brousseau au C.A. de la SOLIM. Jean Lavallée assure que M. Marion ne l'a jamais informé qu'il était contre ce projet.

Le commissaire Renaud Lachance a jugé cette version « totalement illogique » étant donné les rôles qu'occupaient les deux hommes à l'époque. M. Lavallée a soutenu que ce que disait « ne tenait pas debout », mais il a maintenu sa version des faits.

M. Lavallée a aussi démenti avoir été responsable de l'embauche de Guy Gionet après le départ de M. Marion. Cette décision, a-t-il dit, était celle de l'ensemble du conseil d'administration de la Solim.

Colère du tandem Lavallée-Vincent contre le « red tape »

Les changements apportés à la gouvernance de la SOLIM et du Fonds dans la foulée de la crise des « dossiers toxiques » qui a coûté leur place à son PDG Guy Gionet et au président de son C.A. Jean Lavallée a provoqué la colère des deux hommes et de Denis Vincent.

Dans des conversations téléphoniques déposées en preuve, les trois hommes déplorent que siègent dorénavant aux conseils d'administration de la SOLIM et du Fonds une majorité de personnes de l'externe ainsi que l'ajout de règles pour l'adoption de dossiers.

À cause de tout le « red tape » « y'a plus personne qui va vouloir aller là, ça va être trop complexe », déplore Denis Vincent à M. Lavallée qui acquiesce.

Devant la commission, cependant, Jean Lavallée précise que ce qui le heurtait, c'est que les syndiqués perdent leur majorité sur ces C.A. : « C'est un fonds syndical! », s'emporte l'ex-président de la FTQ-Construction, qui reconnaît tout de même que le Fonds reçoit une aide des gouvernements. 

Il soutient par ailleurs que si certains dossiers de Denis Vincent ont été acceptés par le Fonds et la SOLIM, c'est parce qu'ils étaient bons et qu'ils avaient reçu l'aval des membres du C.A. Ces derniers n'était pas des « yes men », a-t-il assuré. 

Selon l'enquêteur Comeau, Denis Vincent, Tony Accurso, Guy Gionet et Jean Lavallée faisaient partie de ce que la procureure en chef Sonia LeBel a appelé la « filière à Johnny », une cellule soupçonnée d'avoir bénéficié de passe-droits pour obtenir une aide financière du Fonds de solidarité FTQ ou de la SOLIM.

Les liens étroits entre M. Lavallée et Tony Accurso n'ont pas fait jusqu'ici l'objet d'un interrogatoire serré, l'ex-syndicaliste ayant tout simplement précisé au passage que l'influent entrepreneur était un ami personnel « depuis 32 ans ».

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