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La Syrie, théâtre de luttes d'influence entre Russes, Américains, Arabes et Iraniens

21/01/2014 03:20 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

Théâtre d'une contestation qui a dégénéré en guerre civile d'une rare violence, la Syrie est devenue en trois ans un terrain miné où Américains, Russes, monarchies du Golfe et Iraniens s'affrontent à distance.

Livraisons d'armes, soutien financier, luttes diplomatiques secrètes: jamais depuis la guerre au Liban dans les années 80, un pays n'avait concentré en même temps un tel niveau de violences et de luttes d'influence par les puissances régionales et internationales.

Dans ces jeux diplomatiques à géométrie variable, des pays jouent depuis le début une partition inchangée à l'instar de l'Iran. Certains ont gagné en influence comme la Russie. D'autres ont perdu du terrain au contraire et semblent se désengager du dossier comme les Etats-Unis.

ETATS-UNIS: De la tentation des frappes militaires à un retrait progressif.

L'administration américaine a longtemps réclamé à corps et à cris le départ du président Bachar al-Assad. Elle a même semblé envisager l'envoi d'armes aux rebelles syriens, à l'instar du soutien aux combattants afghans dans les années 80. La pression occidentale, Paris, Washington et Londres en tête, s'est faite crescendo. Et a culminé au lendemain de l'attaque chimique meurtrière d'août 2013 près de Damas.

Jamais depuis le début de la crise, les Occidentaux n'ont-ils été aussi prêts de frapper Damas.

Mais au pied du mur, le président Barack Obama a préféré reculer. Depuis, il semble avoir abandonné l'option militaire et tempère ses critiques à l'égard du président Bachar al-Assad. Ce dernier, remis en selle, envoie en Suisse une délégation qui arrive en force.

RUSSIE: Le grand retour d'influence au Proche-Orient

La crise syrienne a permis à Moscou son grand retour sur la scène internationale. Fragilisée depuis la chute de l'URSS en 1991, rarement capable de s'opposer aux velléités des Occidentaux, la Russie de Vladimir Poutine a patiemment joué sa partition: blocage de toute intervention militaire sous mandat de l'ONU et poursuite des livraisons d'armes dans ce pays stratégiquement crucial pour son accès au Proche-Orient.

Au paroxysme de la crise, quand les Occidentaux ont été à deux doigts de lancer leurs missiles sur Damas, Vladimir Poutine a pu imposer à tous en septembre 2013 un accord pour un démantèlement de l'arsenal chimique syrien sous l'égide de l'ONU et a mis en sourdine les velléités occidentales d'intervention. Une stratégie qui a permis à Moscou de devenir le maître du jeu.

MONARCHIES DU GOLFE: En pointe dans le soutien à l'opposition, les Arabes s'affrontent par groupes rebelles interposés.

Grands financiers de l'opposition syrienne à coups de pétro-dollars, les monarchies sunnites d'Arabie saoudite, du Qatar et du Koweït, ont été les plus promptes à organiser la fronde arabe, notamment au sein de la Ligue arabe, contre Bachar al-Assad. Leur soutien à la rébellion est autant politique, confessionnel que géopolitique. Il s'agit de soutenir la majorité sunnite contre la minorité alaouite, une secte chiite, au pouvoir. Mais également de contrer au Proche-Orient l'influence de l'Iran.

Les monarchies pétrolières se livrent par ailleurs entre elles une guerre d'influence. A l'extérieur de la Syrie pour le contrôle des instances de représentation de l'opposition (Qatar contre Arabie saoudite), mais également sur le terrain, entre rebelles et jihadistes, proches des Frères musulmans ou des salafistes.

Le Qatar a longtemps été le plus en vue. Mais après trois ans de crise, c'est l'Arabie saoudite qui a repris la main.

IRAN: Le "parrain" chiite du régime de Bachar al-Assad

Importante puissance régionale et allié de Moscou, l'Iran, dont l'invitation à Genève II a provoqué la colère de l'opposition, est le "parrain" du régime syrien.

L'Iran a fait de la Syrie une clé de voûte de l'arc chiite au Proche-Orient. La famille Assad, le père Hafez comme le fils Bachar, ont permis à l'Iran de mettre le pied au Liban où la très puissante milice chiite du Hezbollah est son principal cheval de Troie. Les combattants du Hezbollah prêtent d'ailleurs main-forte à l'armée syrienne engagée contre les rebelles et les jihadistes.

Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a mis en garde les Occidentaux avant la conférence: Ceux qui cherchent à écarter l'Iran, invité puis désinvité en Suisse, le "regretteront".

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