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La lettre de Dutroux, une provocation accueillie avec mépris en Belgique

21/01/2014 07:47 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

La lettre adressée par le tueur et pédophile belge Marc Dutroux au père d'une de ses victimes est perçue en Belgique comme une nouvelle provocation d'un pervers narcissique qui n'apporte rien à la vérité, et a été traitée par le mépris mardi par la presse.

Les responsables politiques n'ont pas réagi, et des journaux de référence comme De Standaard en Flandre ou La Libre Belgique côté francophone ont choisi de ne consacrer qu'un bref article à la lettre de 44 pages dans laquelle Dutroux, 58 ans, prétend livrer sa vérité depuis sa cellule.

Il a été condamné en 2004 à la réclusion à perpétuité pour l'enlèvement, la séquestration et le viol, entre juin 1995 et août 1996, de six fillettes et adolescentes belges, ainsi que la mort de quatre d'entre elles.

Le quotidien Le Soir qualifie de "salmigondis" et de "délires" les écrits de Marc Dutroux, qui tente à nouveau d'atténuer ses responsabilités en chargeant son ex-femme et ses ex-complices et en se disant victime d'un gigantesque complot politico-judiciaire.

Il n'y a "aucun élément qui aurait la double particularité d'être à la fois inédit et vérifiable", souligne le journaliste indépendant Michel Bouffioux. "Le psychopathe continue de manipuler les faits pour alimenter la confusion autour de l'affaire qui porte son nom", ajoute-t-il.

Le procès, qui a duré cinq mois, avait balayé la théorie de l'existence d'un vaste réseau ayant commandité les enlèvements de jeunes filles, et au contraire jugé que Dutroux avait agi comme un "prédateur" entouré d'un nombre limité de complices.

"Dix-huit ans après les faits et 10 ans après son procès, Dutroux écrit 44 pages remplies de mensonges", tranche Het Laatste Nieuws, le plus gros tirage de la presse flamande.

Psychopathe et violeur d'enfants

Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, enlevée à l'âge de 8 ans en juin 1995 puis retrouvée morte, à qui Dutroux a adressé sa lettre, a refusé de réagir, fidèle à sa décision prise fin 2012 de tourner "définitivement" la page de cette affaire.

Paul Marchal, le père d'une autre victime, a estimé que Dutroux, "en tant que psychopathe, n'a d'empathie que pour lui-même" et qu'il cherche avant tout à attirer "l'attention sur lui, pour se présenter sous un jour favorable".

Le quotidien populaire La Dernière Heure, qui a révélé lundi l'existence de la lettre et qui la publie entièrement mardi, estime que Marc Dutroux, "ne livre aucun élément nouveau qui permettrait d'accréditer le moindre de ses fantasmes".

Alors que son ex-épouse et complice Michelle Martin a obtenu en août 2012 une libération conditionnelle, Marc Dutroux travaille depuis des mois à sa propre demande de libération anticipée, qu'il n'a cependant pratiquement aucune chance d'obtenir.

Pour La Dernière Heure, "la diffusion de ce document doit faire définitivement comprendre que cet homme restera toujours l'immonde psychopathe et violeur d'enfants que la Belgique a découvert dans les années 90. Qu'il est tout simplement inadmissible d'émettre la moindre hypothèse sur une éventuelle sortie de prison à son sujet".

La presse belge souligne toutefois les dangers de récupération de la lettre par un petit groupe de partisans acharnés de la "théorie du complot", pointant en particulier le député populiste Laurent Louis, qui a reconnu avoir reçu une copie de la lettre et être à l'origine de sa transmission à la presse.

Laurent Louis a comparu mardi matin devant la justice pour outrage au Premier ministre Elio Di Rupo, qu'il avait accusé de pédophilie, et pour "recel" de pièces du dossier Dutroux. Il avait fait scandale il y a quelques années en diffusant des photos de l'autopsie de deux victimes du pédophile mortes de faim.

Lors d'une audience à l'issue de laquelle les juges devaient décider de le renvoyer ou non devant un tribunal correctionnel, M. Louis, citant la lettre de Dutroux, a réclamé une "réouverture de l'enquête sur les réseaux pédophiles en Belgique".

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