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La Conférence Genève II se tiendra sans l'Iran, Moscou et Téhéran mécontents

21/01/2014 06:04 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

L'exclusion de l'Iran a sauvé in extremis la tenue mercredi de la Conférence de paix Genève II, mais Moscou considère qu'il s'agit d'une "erreur" et Téhéran annonce par avance un échec des discussions en son absence.

Lundi soir l'hôte de la conférence qui s'ouvre mercredi à Montreux, le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, a dû se rétracter et retirer l'invitation de dernière minute qu'il avait adressée à l'Iran, devant les protestations des Occidentaux et la menace de la délégation de l'opposition syrienne de boycotter la réunion.

Le conflit en Syrie continue à faire des victimes au-delà de ses frontières. Mardi matin, un attentat dans un quartier du sud de Beyrouth, fief du mouvement chiite libanais Hezbollah, a fait quatre morts et 35 blessés.

Cet attentat est le sixième en six mois et le troisième depuis un mois contre le Hezbollah, engagé aux côtés de Damas dans sa guerre contre les rebelles. Il a été revendiqué par le "Front Al-Nosra au Liban", considéré comme une branche d'un groupe syrien lié à Al-Qaida.

Téhéran a exprimé sa déception de ne pas être associé à la Conférence. "Tout le monde sait que sans l'Iran, les chances (de parvenir à) une vraie solution en Syrie ne sont pas si grandes", a commenté le vice-ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi.

Washington, Londres et Paris, qui souhaitent le départ du président Bachar al-Assad, avaient fait d'un soutien iranien à une transition démocratique une condition sine qua non de sa présence en Suisse.

Téhéran est accusé soutenir militairement et financièrement le régime syrien dans le conflit qui a fait plus de 130.000 morts depuis mars 2011.

Autre soutien de Damas, la Russie, qui s'était concertée la semaine dernière à Moscou avec les chefs de la diplomatie syrienne et iranienne, a réagi sobrement. "C'est bien sûr une erreur", a déclaré à la presse Sergueï Lavrov. "Nous avons toujours souligné que tous les acteurs extérieurs devaient être représentés", a-t-il ajouté.

Le ministre iranien des Affaires Etrangères Mohammad Javad Zarif a déploré le manque de "courage" de M. Ban. M. Lavrov, a quant à lui, critiqué les explications données pour son revirement : "Quand le Secrétaire général de l'ONU a dit qu'il était contraint d'annuler son invitation à l'Iran parce que l'Iran ne partage pas les principes du règlement inscrits dans le communiqué de Genève (de juin 2012, ndlr), c'est à mon avis une phrase assez retorse".

"Ceux qui ont exigé que l'on annule l'invitation de l'Iran sont ceux qui affirment que la mise en oeuvre du communiqué de Genève doit aboutir à un changement de régime" en Syrie, a déclaré M. Lavrov. "C'est une interprétation malhonnête de ce dont nous avons convenu à Genève en juin 2012", a-t-il poursuivi.

Cette polémique, avant même la réunion de la Conférence, souligne la fragilité du processus engagé. L'invitation écrite lancée par M. Ban Ki-moon à une trentaine de pays affirme explicitement que le but de la conférence est la "mise en place d'un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs", comme l'avait préconisé Genève I.

Pour ne pas avoir à faire marche arrière, il n'est en principe pas prévu que la réunion de Montreux adopte une nouvelle résolution, indique-t-on de source diplomatique européenne, M. Ban se limitant en fin de soirée mercredi à faire une synthèse des interventions devant la conférence.

A l'abri du Montreux Palace, siège de la Conférence, interdit d'accès à la presse, il devrait surtout y avoir de nombreuses discussions discrètes pour préparer la réunion vendredi à l'ONU, à Genève, impliquant uniquement les deux délégations syriennes et l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue Arabe Lahkdar Brahimi.

Dès mardi soir M. Lavrov doit d'ailleurs s'entretenir à Montreux avec le secrétaire d'Etat John Kerry.

M. Ban Ki-moon, arrivé mardi matin à l'ONU à Genève, a notamment tenu une réunion avec la diplomate en chef de l'Union Européenne Catherine Ashbton et M. Brahimi.

A la veille de la conférence, trois anciens procureurs internationaux accusent la Syrie de massacres à grande échelle et de tortures dans un rapport fondé sur le témoignage et les photos prises par un déserteur. Le rapport a été commandé par le Qatar, pays soutenant les rebelles syriens

Il fait état de 11.000 détenus morts dans les geôles du régime syrien, entre mars 2011 et août 2013. "Ce chiffre provient d'un seul endroit", selon l'un des trois rédacteurs du rapport, Desmond de Silva, à la BBC.

Sur l'ensemble de la Syrie, il y en a "beaucoup plus", a ajouté l'ancien procureur en chef du tribunal spécial pour la Sierra Leone qui a rédigé ce rapport avec Geoffrey Nice, ancien procureur en chef lors du procès de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, et David Crane, qui a inculpé le président libérien Charles Taylor

pjt/abk

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