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La conférence de Genève II se présente sous de bons auspices pour Assad

21/01/2014 04:15 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

La conférence de Genève II se présente sous de meilleurs auspices qu'en juin 2012, lors des premières négociations de paix, pour le président syrien Bachar al-Assad qui a annoncé son intention de briguer un nouveau mandat.

"Assad est plus fort qu'il ne l'était en 2012 car l'opposition n'est pas capable de le vaincre, elle est désunie tout comme les pays qui la soutiennent", note Volker Perthes, directeur de l'Institut allemand de politique étrangère et des questions de sécurité basé à Berlin.

En outre, ajoute-t-il, "la montée en puissance d'Al-Qaïda joue en faveur du régime car elle fait monter la crainte de l'islam radical parmi les citoyens attachés à une Syrie multi-confessionnelle".

Enfin, ajoute l'auteur de la "Syrie sous Bachar", "la Russie a réussi à faire du gouvernement d'Assad un partenaire acceptable pour la communauté internationale, notamment à la suite du dossier des armes chimiques".

Car l'année 2012, fut pour le chef de l'Etat syrien "l'annus horribilis". Sur le plan international, les appels des Occidentaux à son départ se multiplient et les résolutions de l'ONU sur des sanctions ont été bloquées par un veto russe et chinois.

Sur le plan intérieur, les rebelles tentent de s'emparer de Damas et s'installent durablement dans les quartiers périphériques, quatre hauts responsables de la sécurité, dont son beau-frère, sont tués dans un attentat et les insurgés s'emparent d'une partie d'Alep, capitale économique du pays. De plus, la Coalition de l'opposition voit le jour avec la bénédiction des pays arabes et des Occidentaux.

C'est dans ce contexte que le "Groupe d'action sur la Syrie", qui regroupe les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU ainsi que la Turquie et des pays arabes se mettent d'accord à Genève sur un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs sans évoquer toutefois le départ de Bachar al-Assad.

Si à l'époque, l'opposition répétait que les jours d'Assad étaient comptés, deux ans plus tard le chef de l'Etat savoure sa revanche.

"Pour Assad, le plus important à Genève c'est d'empêcher un consensus international pour lui faire quitter le pouvoir et il peut réussir grâce notamment à la position russe", souligne M. Perthes.

"Je considère que rien n'empêche que je me porte candidat (...) et si l'opinion le souhaite, je n'hésiterai pas une seconde à le faire. Bref, on peut dire qu'il y a de fortes chances que je me porte candidat", a déclaré M. Assad, qui est apparu souriant et décontracté lors d'une interview accordée à l'AFP, quelques jours avant Genève II.

Agé de 48 ans, M. Assad est arrivé au pouvoir après le décès de son père, Hafez al-Assad. Elu par référendum en juillet 2000, il a été reconduit en 2007 pour un nouveau mandat de sept ans. La prochaine présidentielle est prévue en juin 2014.

Assad veut être un interlocuteur reconnu

Quant à l'opposition, dont l'unique objectif est de se débarrasser de lui, il lui a dénié toute représentativité, estimant qu'elle était "fabriquée" par les renseignements étrangers

Aujourd'hui, tout lui sourit. Ses ennemis, rebelles ou jihadistes, se déchirent dans une guerre sans pitié, son armée avance dans les régions de Damas et d'Alep avec l'aide du Hezbollah libanais et des combattants chiites irakiens.

De plus, les deux principaux parrains de la rébellion, le Qatar et l'Arabie se font des coups bas, la Turquie est empêtrée dans des problèmes intérieurs et l'opposition est plus divisée que jamais.

Ironie de l'histoire, c'est l'attaque chimique, le 21 août 2013 dans la banlieue de Damas, attribuée par l'opposition syrienne et les pays occidentaux au président Assad, qui marque un tournant pour lui.

Au lieu de sonner le glas du régime, cela va le remettre en selle car il va accepter, sous la pression de son allié russe, de remettre ses armes chimiques.

"La crise des armes chimiques a été une chance inespérée pour Assad. Alors qu'il allait subir une intervention militaire occidentale qui l'aurait inévitablement fortement affaibli, il est rentré dans le jeu diplomatique international en redevenant l'interlocuteur agréé de la communauté internationale", note Xavier Baron, un spécialiste du Moyen-Orient.

Pour l'auteur du livre "Aux origines du drame syrien 1918-2013", Bachar al Assad "attend d'abord d'être reconnu à la Conférence, par les pays occidentaux et les Etats du Golfe, comme un interlocuteur de plein droit, ce qui n'est plus le cas depuis 2011. Le fait d'être un interlocuteur reconnu lors de la conférence de Montreux, sera pour lui une victoire"

Pour l'ancien diplomate hollandais Nikolaos van Dam, auteur de "La lutte pour le pouvoir en Syrie", "aujourd'hui non seulement les Russes, mais les Occidentaux en général, commencent à accepter la réalité qu'Assad doit être impliqué dans une solution réaliste et pour cela rester au pouvoir un certain temps".

sk/sw

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