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Hongrie : les organisations juives pourraient boycotter les commémorations de la Shoah

21/01/2014 02:32 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

La communauté juive hongroise, qui accuse le gouvernement de blanchir la Hongrie de ses responsabilités dans la Shoah, pourrait boycotter les commémorations de la tragédie prévues cette année, a déclaré mardi un responsable.

"Il y a une limite, et si elle était franchie par les événements officiels, cela forcerait les organisations juives à retirer leur participation", a affirmé à des journalistes Andras Heisler, président de Mazsihisz, la première organisation communautaire du pays.

Le gouvernement avait annoncé l'an dernier une série de manifestations marquant le 70e anniversaire des déportations qui ont abouti à la mort de quelque 600.000 juifs de Hongrie, dont 450.000 pendant l'occupation nazie, du 19 mars 1944 au printemps 1945.

Un monument commémorant cette dernière phase cristallise la crispation de la communauté. Voulu par le gouvernement conservateur de Viktor Orban, il doit être inauguré le 19 mars sur une place du centre de Budapest.

Il doit évoquer l'ensemble des victimes, y compris juives, de l'occupation allemande de la Hongrie.

Mais selon Mazsihisz, le monument est symbolique des efforts de la droite au pouvoir pour exonérer la Hongrie de ses propres responsabilités dans l'extermination des juifs.

La semaine dernière, Sandor Szakaly, un historien nommé en octobre 2013 par le gouvernement Orban pour diriger un nouvel institut d'histoire, avait ainsi qualifié de "procédure administrative pour des citoyens étrangers" la déportation d'environ 10.000 juifs en 1941 vers des territoires occupés par l'Allemagne en Union soviétique. Presque tous avaient été tués.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2010, Viktor Orban et son parti Fidesz ont été souvent accusés d'encourager tacitement le souvenir de l'autocrate Miklos Horthy, homme fort de la Hongrie de 1920 à 1944, qui fit en son temps allégeance aux nazis.

La communauté juive de Hongrie est l'une des plus importantes en Europe, avec quelque 120.000 membres. Elle est aussi la plus inquiète d'une montée du préjugé antisémite, selon une enquête récente de l'Agence des droits fondamentaux (FRA) de l'Union européenne.

"Nous sommes des optimistes", a toutefois assuré mardi Andras Heisler, pour évoquer son espoir de voir le gouvernement renoncer au monument prévu.

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