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Genève II, la conférence de paix sur le conflit syrien s'ouvre mercredi

21/01/2014 11:59 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

Genève II, la conférence de paix sur le conflit syrien qui s'ouvre mercredi à Montreux, réunit pour la première fois l'opposition et le régime de Damas, à qui les grandes puissances demanderont d'abord des avancées dans le domaine humanitaire.

"Nous devons être mesurés dans nos attentes. On ne va pas voir triompher la paix pendant ces discussions", a prédit mardi le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier, en soulignant la nécessité d'"opter pour une politique des petits pas", notamment dans l'humanitaire.

Pour son homologue français Laurent Fabius qui le recevait à Paris, "l'idéal c'est d'aller vers la paix, ça passe par une solution politique", qui "passe par discuter" en Suisse. L'objectif, c'est "des avancées vers la paix", en restant "fidèle" à la lettre d'invitation de l'ONU qui parle de bâtir sur la base d'un consentement mutuel "un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs".

"Une conférence réussie, c'est une conférence qui réunira ces deux approches", établir un gouvernement transitoire et améliorer la situation humanitaire des Syriens, a précisé M. Fabius.

L'exclusion de l'Iran a sauvé in extremis la tenue de la conférence mercredi mais Moscou considère qu'il s'agit d'une "erreur" et Téhéran annonce par avance un échec des discussions en son absence.

Lundi soir, l'hôte de la conférence, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, a dû se rétracter et retirer l'invitation de dernière minute qu'il avait adressée à l'Iran, devant les protestations des Occidentaux et la menace de la délégation de l'opposition syrienne de boycotter la réunion.

Washington, Londres et Paris, qui souhaitent le départ du président Bachar al-Assad, avaient fait d'un soutien iranien à une transition démocratique une condition sine qua non de sa présence en Suisse.

Téhéran est accusé de soutenir militairement et financièrement le régime syrien dans le conflit qui a fait plus de 130.000 morts depuis mars 2011.

Autre soutien de Damas, la Russie, qui s'était concertée la semaine dernière à Moscou avec les chefs de la diplomatie syrienne et iranienne, a réagi sobrement. "C'est bien sûr une erreur", a déclaré à la presse Sergueï Lavrov. "Nous avons toujours souligné que tous les acteurs extérieurs devaient être représentés", a-t-il ajouté.

Le conflit en Syrie a continué à faire des victimes au-delà de ses frontières. Mardi matin, un attentat dans un quartier du sud de Beyrouth, fief du mouvement chiite libanais Hezbollah, a fait quatre morts et 35 blessés.

Cet attentat est le sixième en six mois et le troisième depuis un mois contre le Hezbollah, engagé aux côtés de Damas dans sa guerre contre les rebelles. Il a été revendiqué par le "Front Al-Nosra au Liban", considéré comme une branche d'un groupe syrien lié à Al-Qaïda.

La polémique autour de la position iranienne, avant même la réunion de la conférence, souligne la fragilité du processus engagé. L'invitation écrite lancée par M. Ban Ki-moon à une trentaine de pays affirme explicitement que le but de la conférence est la "mise en place d'un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs", comme l'avait préconisé Genève I.

Pour ne pas avoir à faire marche arrière, il n'est en principe pas prévu que la réunion de Montreux adopte une nouvelle résolution, indique-t-on de source diplomatique européenne, M. Ban se limitant en fin de soirée mercredi à faire une synthèse des interventions.

A l'abri du Montreux Palace, siège de la conférence, interdit d'accès à la presse, il devrait surtout y avoir de nombreuses discussions discrètes pour préparer la réunion vendredi à l'ONU, à Genève, impliquant uniquement les deux délégations syriennes et l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue Arabe Lahkdar Brahimi. Ce devrait être le début d'un long processus, de sept à dix jours dans une première étape, selon un membre de la délégation russe cité par l'agence Interfax.

Des "experts" russes et américains aideraient à l'avancée des discussions, selon cette source.

A Washington, un haut responsable a mis en garde contre un excès d'optimisme. "Je ne pense pas que quiconque ayant traité avec des officiels syriens ait de fausses attentes quant à des progrès rapides", a-t-il dit.

"Tout le monde doit comprendre que c'est le début d'un processus. Cela ne sera pas rapide (...) et nous aurons besoin de patience et d'obstination", a-t-il ajouté.

Dès mardi soir M. Lavrov doit d'ailleurs s'entretenir à Montreux avec le secrétaire d'Etat John Kerry.

A la veille de la conférence, trois anciens procureurs internationaux ont accusé la Syrie de massacres à grande échelle et de tortures dans un rapport fondé sur les photos prises par un déserteur et sur son témoignage. Le rapport a été commandé par le Qatar, pays soutenant les rebelles syriens

Il fait état de 11.000 détenus morts dans les geôles du régime syrien, entre mars 2011 et août 2013. "Ce chiffre provient d'un seul endroit", a dit l'un des trois rédacteurs du rapport, Desmond de Silva, à la BBC.

Sur l'ensemble de la Syrie, il y en a "beaucoup plus", a ajouté l'ancien procureur en chef du tribunal spécial pour la Sierra Leone.

pjt/via

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