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Centrafrique: l'espoir renaît avec la nouvelle présidente, la peur des tueries demeure

21/01/2014 05:25 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

Au lendemain de son élection, la présidente centrafricaine de transition Catherine Samba Panza s'attelait mardi à sa première priorité: pacifier un pays où la peur de nouvelles tueries taraude toujours les centaines de milliers de déplacés des violences.

A Bangui, sillonnée par les soldats français de l'opération Sangaris et africains de la Misca, aucun incident n'a été signalé dans la journée, selon des habitants et des sources de sécurité.

En province, aucune violence à grande échelle n'a non plus été signalée mardi après-midi. Mais lundi encore, l'armée camerounaise a tué trois combattants, deux ex-Séléka et un anti-balaka, après un accrochage à la frontière entre les deux pays, selon Yaoundé.

Que ce soit par la population ou par la classe politique, l'élection de Mme Samba Panza - la première femme accédant à ce poste dans l'histoire de la Centrafrique - a été bien accueillie, tout comme son appel à déposer les armes lancé aux miliciens chrétiens anti-balaka et aux combattants musulmans ex-Séléka.

Un représentant de la mouvance anti-balaka, Lévi Yakété, a ainsi assuré à l'AFP "réitérer l'appel au cessez-le-feu à nos combattants et qui est suivi jusqu'à présent".

"Nous avions un objectif (...) qui était le départ" de l'ex-président de transition Michel Djotodia, a-t-il ajouté. M. Djotodia, qui avait renversé le régime de François Bozizé en mars 2013 à la tête de sa coalition rebelle Séléka, a été contraint à la démission le 10 janvier, sous pression de la communauté internationale excédée par son incapacité à arrêter les tueries interreligieuses.

"Maintenant nous attendons le cantonnement de nos combattants, pour un retour véritable à la paix", a affirmé M. Yakété.

L'attentisme dominait mardi à Bangui. Chacun attendait des actes, d'abord un désarmement et une neutralisation des hommes en arme et des pillards.

C'est le cas au camp de déplacés de l'aéroport de la capitale, où s'entassent depuis des semaines 100.000 personnes.

"Forte probité morale"

"Moi, je ne bouge pas", dit à l'AFP une déplacée, Nathalie Kossimou: "je n'ai plus rien, ma maison a été pillée, j'ai peur, et tant que les Séléka ne sont pas désarmés, je reste ici".

Elle a écouté lundi les premières paroles de Mme Samba Panza. "Elle a bien parlé, c'est vrai. Mais cette dame, on ne la connaît pas vraiment, on attend de voir ce qu'elle va faire", ajoute Mme Kossimou, résumant le discours ambiant.

Consciente de l'urgence et de la crise humanitaire sans précédent en cours, la présidente, qui doit organiser des élections auxquelles elle ne sera pas candidate d'ici février 2015 au plus tard, a annoncé sa volonté d'agir vite.

Le nouveau Premier ministre "sera nommé d'ici deux ou trois jours", "mercredi ou jeudi", a-t-elle déclaré dans un entretien à RFI.

La Cour constitutionnelle provisoire n'avait pas annoncé mardi la date de sa prestation de serment. Elle aura cependant lieu très vraisemblablement jeudi, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius ayant indiqué qu'il serait "à ses côtés jeudi lorsqu'elle sera installée".

"Mme Catherine Samba Panza est une femme remarquable, je serai à ses côtés jeudi lorsqu'elle sera installée. Sa tâche est immense mais elle doit savoir qu'elle peut compter sur le soutien de la France", a déclaré M. Fabius à l'Assemblée nationale à Paris.

Pour s'atteler à la pacification et au redressement d'un pays dévasté, la présidente a dit vouloir "un gouvernement de technocrates, avec une forte probité morale".

Dans un pays également miné par la corruption depuis des décennies, la communauté internationale, qui a promis un soutien militaire - avec l'envoi prochain d'une force européenne à Bangui - et financier massifs, veut en effet des interlocuteurs crédibles avant de débloquer des fonds.

Quant à la question religieuse, la présidente - une chrétienne qui ne met pas en avant ses convictions - la juge secondaire pour choisir des hommes et des femmes compétents.

"Je cherche des compétences, je veux un gouvernement de technocrates, avec une forte probité morale. Si j'ai un Premier ministre qui répond à ces critères et qui a une religion musulmane, je ne vois pas pourquoi je ne le nommerais pas", a-telle expliqué.

Sur la durée de la transition, Mme Samba Panza juge que "le calendrier initialement prévu de février 2015 est tenable".

Mais "toute précipitation pourrait être préjudiciable en raison (des risques) de contestation des résultats", a-t-elle prévenu, alors que la France souhaite officiellement des élections avant la fin 2014.

bur-mc/sba

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