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Brésil: le malaise social s'invite dans les centres d'achat

21/01/2014 12:45 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT
AP
A torched commuter bus is surrounded by police tape in a suburb of Sao Paulo, Brazil, Monday, Nov. 12, 2012. Bus burnings were part of a wave of violence that left 31 dead over the weekend in Sao Paulo, according to police. (AP Photo/Andre Penner)

Après les jeunes brésiliens de la classe moyenne en 2013, ce sont les adolescents des favelas et faubourgs de déshérités qui défraient désormais la chronique dans le pays avec leurs rassemblements diabolisés dans les centres commerciaux des nantis.

Au fil des fermetures préventives de shopping centers ou interdictions judiciaires, les "rozelinhos" sont en train de passer du statut de curiosité sociologique à celui d'affaire nationale. Les groupes de défense des Noirs sont montés au créneau ce week-end pour dénoncer une "ségrégation" qui ne dit pas son nom.

Au point que l'Association brésilienne des commerçants des centres commerciaux (Alshop) a réclamé lundi une réunion avec la présidente de gauche Dilma Rousseff pour lui demander de l'"aide" aux déshérités.

Par crainte de débordements, trois shoppings de luxe de Sao Paulo et Rio de Janeiro, où des rassemblements de jeunes avaient été convoqués sur les réseaux sociaux, ont préféré fermer leur portes ce week-end. Quitte à perdre des fortunes en pleine période de soldes et vacances d'été.

Interdit aux noirs?

Le phénomène est né en décembre à Sao Paulo, la mégalopole industrielle et capitale économique du Brésil, avant de s'étendre à une poignée de grandes villes, en particulier Rio et Campinas.

Des centaines de jeunes déshérités, en majorité des Noirs, se donnent rendez-vous via Facebook dans les temples climatisés et immaculés du consumérisme brésilien à l'Américaine, abritant à la fois boutiques, cinémas, restaurants et salles de jeu.

Leur objectif: y faire la fête, draguer, danser au son du "funk" des favelas, en frimant avec des vêtements ou casquettes de marques.

Contrairement à la révolte menée en en 2013 par les jeunes des classes moyennes pour de meilleurs services publics et contre la corruption, ils n'expriment aucune revendication sociale, sinon sans doute, indirectement, un rêve d'accès à la consommation.

Il aura suffi de quelques débordements et scènes de pillages isolés pour que la panique s'empare des commerçants et habitués. D'autant que ces "malls" gardés par d'imposants services de vigiles sont considérés par les Brésiliens des classes aisées comme des havres de sécurité au milieu de jungles urbaines à forts indices de criminalité.

Des militants de mouvements de défense des Noirs ont protesté ce week-end devant les établissements concernés pour dénoncer un racisme qui ne dirait pas son nom.

"Peur irrationnelle"

"Au pays de la Coupe du Monde de football, les centres commerciaux racistes interdisent d'entrée les pauvres et les Noirs", dénonçait samedi une de leurs banderoles.

L'attitude des centres commerciaux démontre "la nature fondamentalement raciste et ségrégationniste de la société brésilienne", a déclaré à l'AFP Joselicino Junias, membre de l'organisation anti-raciste Parmarinho.

"Il existe une peur profonde, irrationnelle, lorsque des pauvres, des jeunes noirs se réunissent quelque part, qu'ils vont faire quelque chose de mal", analyse Ignacio Cano, professeur de Sciences sociales à l'Université d'Etat de Rio de Janeiro.

Eduardo Alves, un responsable de l'Observatoire des favelas de Rio, estime que les "rolezinhos" sont "une façon pour les gosses les plus défavorisés d'exprimer leur créativité et leur énergie".

"Ils essaient de dire que la ville appartient à tous, qu'ils ont le droit de se réunir n'importe où, même dans les lieux fréquentés par la bourgeoisie et la classe moyenne, ajoute M. Alves. Ils ne veulent pas vivre confinés dans les favelas".

L'affaire plonge dans l'embarras les élus locaux. Ils se sont bien gardés d'interdire ces rassemblements. Mais ils ne peuvent empêcher ces centres privés de fermer, ni un juge d'interdire un rassemblement.

Le gouverneur de Sao Paulo, Geraldo Ackmin, a promis que la police n'interviendrait que si les flash-mobs dégénéraient en violences et vandalisme.

Les pouvoirs publics tentent d'organiser des rencontres entre les deux parties pour trouver des compromis acceptables, dont la mise à disposition d'espace pour des activités récréatives.

Toute la classe politique n'est pas sur la même longueur d'onde: "Quand je vais au centre commercial avec mon petit fils", a déclaré le sénateur pauliste Nunes Ferreira (PSDB, centre), ce n'est pas pour être dérangé dans mes loisirs par des grands gosses qui protestent contre je ne sais quoi"...

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